Ma camarade
Nadpic
Voilà, c’est fini !
Je sais que c’est très différent de la perte d’un proche, ça me semble cependant près de celle d’un gentil animal domestique qu’on a cajolé longtemps, entre complicité, confidences sans retour ou presque.
J’ai versé quelques larmes ce matin en y songeant, tant d’années de partage nous liant.
Voilà, c’est fini !
À quelle occasion aurais-je encore cette douce connivence, ce respect de mes attentes ? En quelle autre occasion, mes jurons libérateurs pourront couvrir les affronts ? Ceux que nous subissions, elle toujours à mes côtés.
Tout un symbole, notre dernière balade commune aura été sur mes traces de vie avec C., mon amie venue pour la première fois chez moi. Elle et sa belle écoute, sa douceur, offrant l’envie de remonter le temps ensemble toutes les trois. Nous avons parcouru les chemins de mon enfance entre « mes » maisons, mon école, la rivière et les villages, mes proches dans les petits cimetières sous leur pierre allongée, portées par les couleurs de la campagne bourguignonne.
Voilà, c’est bien fini !
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Lundi je vais déposer ma voiture à la casse et je suis plus triste de notre séparation qu’angoissée pour la perte d’autonomie que cela va engendrer. Je ne peux en racheter une, cette fois ce n’est pas l’affectif adressé à des boulons et tôle qui m’en empêche comme une trahison possible non, quand même pas. Ce sont mes moyens, tout bêtement. Les transports en commun sont déjà le moyen de locomotion que je privilégie, ce sera toujours le cas et pour aller plus loin à présent ; louer une voiture ponctuellement, je le ferai si je peux, plus respectueux pour la planète j’y songe aussi. Mais finies les balades imprévues, fini le réveil avec un : « On » va où ce dimanche, ma belle ? Il faudra prévoir et ce n’est pas ce que je préfère.
Sachant que ma « Titine » roule encore, j’ai des envies de campagne ensoleillée, de Jura tortueux, d’ami(e)s à revoir dans l’urgence ce week-end avant que… Mais le garagiste a été clair : conduire encore sans faire auparavant les réparations (montant 3000 € au bas mot), ce n’est pas sage du tout.
Sagesse n’est pas mon deuxième prénom, mais irresponsable non plus.
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Voilà, c’est fini !
Je vais abandonner ma camarade à une recyclerie de métaux.
Ils ne sauront pas, eux. L’autobiographie n’est sans doute pas leur quotidien, mais je le sais, moi. Je laisse une part de mes joies, mes peines, mes heures meublées de souvenirs depuis tant d’années dans cet habitable.
Camper avec le moindre besoin coincé dans le coffre, dormir à l’arrière sur une aire d’autoroute ma petite taille comme atout du confort, prendre des piétons pressés pour les déposer en faisant un détour, fuir la ville pour s’aérer, il y a tant à dire. Même fuir le mari violent, elle était là. Elle m’a tant offert !
Voilà, je parlerai dans quelques jours d’elle à l’imparfait à moins que, j’y songe en écrivant… Je pourrais la déposer à l’APA avec tout ce qu’elle a à raconter. Toutefois, pas sûre qu’elle rentre dans les cases, dans tous les sens du terme.