NOM DE NOM !
Gabrielle De Conti
Rêve intéressant cette nuit : j’entre avec François dans une salle d’attente médicale. Il y a une douzaine de personnes assises en rond. Une voix annonce : De Conti ! Une dame s’étonne : « De Conti ? Pourquoi ce nom ? » J’ai beaucoup à dire là-dessus, et comme François n’aime pas parler, je vais me lancer, mais un homme me coupe la parole pour parler de tout autre chose. Dommage, j’aime beaucoup répondre aux questions que l’on me pose. Je serais intarissable sur le sujet, mais je vois bien que je n’intéresse personne à mon âge… Donc ce type parle, il n’est pas bête, mais ce qu’il dit ne m’intéresse pas. Un autre intervient et parle d’autre chose. Ce ne sont pas des gens du commun, non, ils parlent de choses intéressantes, mais moi, la frustration m’empêche de me concentrer pour les écouter. Vais-je interrompre ces gens pour dire ce que j’avais à dire ? Non, je suis trop polie et n’ai plus envie de parler, à quoi bon… Le rêve s’arrête.
Voilà ce que j’avais à dire : De Conti, les princes de Conti, mon mari descend-il de cette lignée ? Indirectement sûrement, car c’est un nom italien. Une branche cadette ? Non noble ? Sûrement. Mais notre « de » est majuscule : De. Donc pas noble. Mais beaucoup de gens ne connaissant pas cette nuance nous prennent pour des nobles. La plupart du temps ce sont des gens de gauche qui ne tardent pas à nous montrer leur jalousie et même leur haine, oui, haine carrément ! Comme mon ancienne partenaire de tennis, cégétiste à la RATP : elle se crispait quand elle entendait mon nom, alors elle m’appelait Conti. Ces réactionnaires s’imaginent-ils que nous sommes riches et possédons des châteaux ? Mon mari : famille de petits commerçants, moi famille d’ouvriers italiens. Nous sommes partis de rien tous les deux et ce que nous avons acquis est le résultat d’un dur travail pour moi et pour mon mari d’un long travail. S’ils savaient que je touche le minimum retraite… Oui : 900 € par mois ! Je viens de loin : mère infirme, père abandonneur, j’ai dû lutter très tôt et n’ai eu l’aide de personne. J’ai survécu économiquement grâce à ma sagesse : privations de toutes sortes.
Mais il arrive quelquefois que nous soyons respectés par des gens qui ont, eux, la vraie particule de noblesse ou qui font partie de la haute caste politique. Nous avions fait des recherches en Italie à ce sujet. Les registres des églises s’arrêtent vers 1870. Nous avons écrit à un certain bureau à Florence, où le dernier Prince de Conti s’est réfugié pendant la révolution, et n’avons jamais eu de réponse.
Le prix à payer injustement pour porter ce nom : lorsque nous demandons un devis pour des travaux, les prix sont beaucoup plus élevés que ceux qui seraient appliqués à un pauvre ouvrier. De plus nous habitons maintenant à Barbizon (pas un château, mais une maison de classe moyenne des années 70), et là : les prix des devis triplent ! Sans compter que tous les jours dans la boite aux lettres, je trouve des demandes d’argent d’associations diverses.
Par ailleurs, lorsqu’on porte un nom pareil, vu l’effet qu’il peut avoir sur les autres, on est obligé de se tenir, d’être respectueux et surtout très polis, ponctuels, vertueux, quoi. C’est ainsi que nous avons élevé nos deux enfants et Dieu sait qu’ils sont plus polis que leurs parents !
Comment lutter contre les préjugés ? Quand j’adressais mes textes à des éditeurs, il m’est arrivé de joindre le De à Conti (Deconti) pour ne pas heurter ceux qui font une paranoïa concernant l’ancien régime et ils sont nombreux dans le monde littéraire. D’autres fois j’ai pensé reprendre mon nom de jeune fille (Besson) ou bien signer de mon prénom : Gabrielle. Mais finalement je n’en ai jamais rien fait, car, lorsqu’on est édité, il faudra bien se montrer à un moment donné (laissez-moi rêver…). J’ai pensé aussi prendre un pseudonyme comme Romain Gary, mais je n’ai pas son talent pour espérer remporter deux fois un prix littéraire… Du coup, j’assume de porter ce nom illustre qui me met à l’écart de bien des choses et de bien des gens. Dommage…
Ai-je besoin de signer mon texte ?