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Grains de sel
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Blog créé par l'Association pour l'autobiographie (APA) pour accueillir les contributions au jour le jour de vos vécus, de vos expériences et de vos découvertes culturelles.
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29 avril 2026

NOM DE NOM !

Gabrielle De Conti

 

Rêve intéressant cette nuit : j’entre avec François dans une salle d’attente médicale. Il y a une douzaine de personnes assises en rond. Une voix annonce : De Conti ! Une dame s’étonne : « De Conti ? Pourquoi ce nom ? » J’ai beaucoup à dire là-dessus, et comme François n’aime pas parler, je vais me lancer, mais un homme me coupe la parole pour parler de tout autre chose. Dommage, j’aime beaucoup répondre aux questions que l’on me pose. Je serais intarissable sur le sujet, mais je vois bien que je n’intéresse personne à mon âge… Donc ce type parle, il n’est pas bête, mais ce qu’il dit ne m’intéresse pas. Un autre intervient et parle d’autre chose. Ce ne sont pas des gens du commun, non, ils parlent de choses intéressantes, mais moi, la frustration m’empêche de me concentrer pour les écouter. Vais-je interrompre ces gens pour dire ce que j’avais à dire ? Non, je suis trop polie et n’ai plus envie de parler, à quoi bon… Le rêve s’arrête.

Voilà ce que j’avais à dire : De Conti, les princes de Conti, mon mari descend-il de cette lignée ? Indirectement sûrement, car c’est un nom italien. Une branche cadette ? Non noble ? Sûrement. Mais notre « de » est majuscule : De. Donc pas noble. Mais beaucoup de gens ne connaissant pas cette nuance nous prennent pour des nobles. La plupart du temps ce sont des gens de gauche qui ne tardent pas à nous montrer leur jalousie et même leur haine, oui, haine carrément ! Comme mon ancienne partenaire de tennis, cégétiste à la RATP : elle se crispait quand elle entendait mon nom, alors elle m’appelait Conti. Ces réactionnaires s’imaginent-ils que nous sommes riches et possédons des châteaux ? Mon mari : famille de petits commerçants, moi famille d’ouvriers italiens. Nous sommes partis de rien tous les deux et ce que nous avons acquis est le résultat d’un dur travail pour moi et pour mon mari d’un long travail. S’ils savaient que je touche le minimum retraite… Oui : 900 € par mois ! Je viens de loin : mère infirme, père abandonneur, j’ai dû lutter très tôt et n’ai eu l’aide de personne. J’ai survécu économiquement grâce à ma sagesse : privations de toutes sortes.

Mais il arrive quelquefois que nous soyons respectés par des gens qui ont, eux, la vraie particule de noblesse ou qui font partie de la haute caste politique. Nous avions fait des recherches en Italie à ce sujet. Les registres des églises s’arrêtent vers 1870. Nous avons écrit à un certain bureau à Florence, où le dernier Prince de Conti s’est réfugié pendant la révolution, et n’avons jamais eu de réponse.

Le prix à payer injustement pour porter ce nom : lorsque nous demandons un devis pour des travaux, les prix sont beaucoup plus élevés que ceux qui seraient appliqués à un pauvre ouvrier. De plus nous habitons maintenant à Barbizon (pas un château, mais une maison de classe moyenne des années 70), et là : les prix des devis triplent ! Sans compter que tous les jours dans la boite aux lettres, je trouve des demandes d’argent d’associations diverses.

Par ailleurs, lorsqu’on porte un nom pareil, vu l’effet qu’il peut avoir sur les autres, on est obligé de se tenir, d’être respectueux et surtout très polis, ponctuels, vertueux, quoi. C’est ainsi que nous avons élevé nos deux enfants et Dieu sait qu’ils sont plus polis que leurs parents !

 

Comment lutter contre les préjugés ? Quand j’adressais mes textes à des éditeurs, il m’est arrivé de joindre le De à Conti (Deconti) pour ne pas heurter ceux qui font une paranoïa concernant l’ancien régime et ils sont nombreux dans le monde littéraire. D’autres fois j’ai pensé reprendre mon nom de jeune fille (Besson) ou bien signer de mon prénom : Gabrielle. Mais finalement je n’en ai jamais rien fait, car, lorsqu’on est édité, il faudra bien se montrer à un moment donné (laissez-moi rêver…). J’ai pensé aussi prendre un pseudonyme comme Romain Gary, mais je n’ai pas son talent pour espérer remporter deux fois un prix littéraire… Du coup, j’assume de porter ce nom illustre qui me met à l’écart de bien des choses et de bien des gens. Dommage…

                                                                          Ai-je besoin de signer mon texte ?

Commentaires
A
J'ai souri à votre texte et vous vous tirez très bien de votre inconfort dans la salle d'attente ou plutôt de votre rêve de salle d'attente et de nom! Je comprends tout à fait et votre fierté de vos origines et votre irritation aux réactions des autres. Qui n'a pas eu des déboires à l'annonce de son nom? Le mien, prononcé à l'Allemande en pleine guerre et en Lorraine, n'était pas facile à porter et sa traduction en Français était plutôt réductrice!
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C
hahaha ! Italienne de 3 ou 4ème génération en Suisse... lorsque j'ai connu mon père (j'avais 18 ans) il avait épousé en seconde noces une française adorable qui s'amusait encore à mettre De Antoni sur la boîte aux lettres tout comme mon demi-frère et ma demi-soeur. Ma mère, avec laquelle j'avais grandi, m'avais expliqué que la famille avait vendu la particule faute d'argent comme cela se faisait souvent à l'époque. Je devais donc l'écrire en attaché : Deantoni. A l'adolescence j'ai été douchée par un prof lorsque essayant orgueilleusement de dissocier De Antoni... il m'a répondu : de Antoni, de-main matin, de bonne heure... de bonne humeur ! toute la classe a explosé de rire et je n'ai plus jamais recommencé. Beaucoup plus tard j'ai étudié notre généalogie... nous étions originaires de Vicence (si on regarde l'annuaire c'est truffé de Deantoni) et dans notre lignée il y avait des cardinaux, des usuriers (gérants de mont de piété), un fondateur d'école militaire et deux "président de la république" (entre autres) et quand j'ai regardé de plus près la taille des "républiques" en question, je me suis rendu compte que c'était tout petit petit... bref, ça devait équivaloir à un titre de Maire à la rigueur... en tous les cas, contrairement à vous, du simple fait que la particule était accolée, je n'ai jamais souffert de la situation.
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A
Ce rêve t'a permis d'écrire ce texte sympathique, chère Gabrielle ! J'aime que nos nuits débordent sur nos jours... Figure-toi que j'ai découvert tout récemment (honte à moi !) qu'on ne mettait pas de majuscule à la particule. Je lutte beaucoup avec les lycéens d'aujourd'hui afin qu'ils distinguent minuscules et lettres plus importantes, notamment sur leur propre identité ou pour le nom des auteurs. "baudelaire" me fait frémir... (surtout qu'en plus il est souvent BEAU !) Une maman, furieuse, m'a signalé il y a deux ans que jamais on n'en mettait une devant leur aristocratique nom, commençant comme le tien par "de". J'avais vexé toute une filiation, à l'inverse de ce que tu vis parfois, en suggérant sur une copie l'utilisation de la MAJUSCULE, car il s'agissait d'un nom propre. (Il est vrai que le prénom de cette demoiselle n'avait eu droit lui aussi qu'à une toute petite lettre minuscule.) C'est en tout cas ton propre nom, ton identité et je trouve que GABRIELLE DE CONTI te va bien. Sans tralala ni chichi, avec deux "i" qui se font écho, comme en une douce rime intérieure ! Et puis, tu as su donner leurs lettres de noblesse à ces syllabes, par tes écrits... chère Cascadeuse ! (J'ajoute au passage une majuscule !!!) Belle journée à toi...
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K
Très beau texte. Je compatis. J’ai l’impression que la jalousie, l’irrespect doublés d’une nullité crasse en langue française prend le dessus alors que le simple respect de la personne devrait être la règle. Tenez bon. Je subis un peu ce même problème par certaines personnes qui connaissent mon nom de jeune fille. Tous ces gens sont méprisables. <br /> Bien à vous.
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N
Quelle tristesse ces agressions autour d'un nom ! Quelle betise l'être humain est-il capable de reproduire, encore et encore. C'est fou.<br /> Il est beau ce nom, il est doux à prononcer. Prenez en soin car il est vôtre.
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