Réflexions sur le 1er mai
Kata
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« En mai, fais ce qu’il te plait » Est-ce pour démontrer l’exactitude de cet adage que le mois commence par une manifestation en l’honneur d’une journée fériée chômée et payée ?
Et si on allait plus loin en affirmant qu’on fait ce qu’on veut pendant tout le mois ?
Bon, ne rêvons pas, revenons sur terre.
D’où vient cette tradition du jour chômé et payé qui déplait tant à nos gouvernants et à pas mal d’instances patronales ? Nous entendons souvent « tout travail mérite salaire », mais toucher un salaire sans travailler ? Est-ce acceptable ?
Comment les travailleurs sont-ils arrivés à consacrer cette journée au farniente ? Petite histoire en raccourci.
Il faut remonter en 1886 aux USA. Une énorme mobilisation des salariés demandant la journée de huit heures avec grèves et manifestations. Répression et bain de sang à Chicago. Cet évènement marque le début des revendications des salariés du monde entier sur l’amélioration de leurs conditions de travail.
En 1889 la deuxième internationale socialiste décide que le 1er mai serait une journée spéciale revendications.
En 1891 en France à Fourmies, la manifestation est violemment réprimée par les forces dites de l’ordre. 9 morts et 35 blessés.
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Ce n’est qu’en 1919 que le Sénat ratifie la journée de huit heures et que le 1er mai sera une journée chômée.
Mais qui arrive avec son slogan « Travail Famille Patrie » ? Le Maréchal Pétain en personne. Il décide donc que le Travail mérite bien une fête et la Concorde aussi. C’est vrai que, vu le contexte, la population en avait bien besoin. Ça tombe bien, le 1er mai, c’est aussi sa fête, la Saint-Philippe et, pour fêter tout ça, son ministre Belin fait de ce jour un jour férié, chômé et payé. L’églantine, la fleur du jour, est quand même un peu trop rouge à son goût. Elle est remplacée par une fleur bien blanche, le muguet.
À la Libération, la fête du 1er mai est condamnée en même temps que son initiateur. Il faut attendre la fameuse révolte des étudiants rejoints par la CGT et d’autres syndicats en 1968 pour reprendre officiellement les manifestations sur le droit du travail, comme dans d’autres pays, même si elles avaient toujours eu lieu. Reprise des bonnes habitudes, énormes manifestations le 1er mai dans tout le pays et, finalement, ce jour redevient férié, chômé, payé. Merci 68.
Je ne parle pas du FN, qui a aussi choisi le 1er mai pour célébrer… Jeanne d’Arc, la pucelle d’Orléans. Chacun ses goûts et ses combats.
Et cahin-caha, nous arrivons à notre année 2026 et au 140e anniversaire des massacres de Chicago.
Les syndicats sont unanimes, contre le sarkozysme et sa phrase fétiche « travailler plus pour gagner plus », reprise par tout ce qui compte d’accrocs au travail des autres, comme les patrons du CAC 40, dont les bénéfices n’ont pas augmenté, mais qui touchent en moyenne 6,5 millions d’Euros par an… une paille… Il ne faut surtout pas augmenter les salaires, mais abolir les 35 heures et si les salariés veulent gagner plus, eh bien, qu’ils travaillent plus ! C’est ainsi qu’avec le gouvernement, ils veulent ouvrir les magasins de bouche et les fleuristes le 1er mai et les patrons auront le droit de demander à leurs salariés s’ils veulent travailler ou pas. Vous pensez que beaucoup oseront dire « non » à leur employeur ? Et l’année prochaine, les autres patrons, jaloux, vont exiger de pouvoir aussi l’ouvrir… leurs boutiques, enseignes, usines, etc.
En ce moment, c’est la tendance « comment dé-tricoter le droit du travail » ? La sociologue Dominique Meda avait pressenti déjà tout ça en 1995 dans son livre, toujours d’actualité « Le travail, une valeur en voie de disparition ? ». Elle écrit aussi qu’il est faux de dire que les Français travaillent moins que les salariés des autres pays. D’après une étude de l’OCDE, les Français travaillent plus sur la durée annuelle, plus que les Allemands, plus que les Danois, les Hollandais, les Finlandais, Norvégiens, Suédois ou les Islandais » Cf l’article de Julie Lescamontier paru dans Charlie Hebdo « Premier mai, fin des 35 heures… L’arnaque du “travailler plus pour gagner plus” est de retour. »
À l’exception des services de sécurité obligatoirement ouverts, comme les hôpitaux, où les salariés travaillent obligatoirement, faut-il accepter que les « volontaires » travaillent ? Ne vaut-il pas mieux garder le 1er mai férié, chômé, payé pour toutes et tous, comme une journée de revendications ? C’est bien ce que demandent les syndicats, tous unis.
Allez bon 1er mai à toutes et tous et bonne marche derrière une banderole sympa à celles et ceux qui manifesteront.
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