Au bonheur du lac
Bernard M.
Depuis quelques jours la chaleur est montée d’un cran, et d’un très gros cran ! Nous en sommes à des maximales de 34, 35°, ce qui est vraiment beaucoup. D’autant que l’on est encore très tôt dans la saison, on se sent en été, mais non, nous sommes toujours au printemps !
La nuit on ouvre les fenêtres pour faire entrer la très relative fraîcheur, dès le matin on ferme volets et fenêtres pour tenter de garder la maison fraîche le plus longtemps possible. Heureusement c’est une maison ancienne aux murs très épais. Et l’an dernier nous avons fait changer les fenêtres qui sont désormais bien plus jointives et dotées de double vitrage. Ça nous a coûté bonbon, mais l’amélioration du confort est sensible et les notes de chauffage l’hiver s’en trouveront allégées.
Et bien sûr nous montons quotidiennement au lac. C’est un bonheur d’avoir ce vaste plan d’eau à quatre kilomètres de la maison. Depuis plusieurs années il n’avait pas été aussi rempli. Il est beaucoup plus beau ainsi, sans les étendues grises de pierrailles qui l’enserrent lorsqu’il est plus bas. Cette année, le bleu de l’eau rencontre directement le vert des prairies et des bois qui le surplombe. Quelques buissons et quelques arbres ont même les pieds dans l’eau. Du moins maintenant. Le niveau du lac va progressivement baisser à mesure que la saison va s’avancer.
La température de l’eau est tout à fait agréable. Sensation de fraîcheur quand on entre, mais qui ne persiste pas dès qu’on nage. Je pense qu’elle doit être à 19, 20°. On peut nager longtemps sans se refroidir contrairement à ce qui se passe lors de nos baignades estivales bretonnes où le froid nous pénètre immanquablement au bout de dix minutes dans l’eau. Du moins jusqu’à maintenant, peut-être la chaleur de ce printemps, y compris en Bretagne va-t-elle réchauffer la mer. Éventuel petit avantage, mais qui est loin de compenser les multiples effets délétères du réchauffement !
Petit exemple de l’absurdité administrative à la française : à l’accès principal du lac, de grands panneaux indiquent « baignade interdite par arrêtés préfectoraux et municipaux », sans même indiquer que cette interdiction serait levée en juillet et en août dans la zone de baignade officielle lorsque les maîtres-nageurs seraient présents. Bien entendu cette interdiction n’est absolument pas respectée dès que le beau temps est là et aucun cerbère ne s’est jamais présenté pour la faire appliquer sans même parler de verbaliser. Plus, le site de la mairie vantant les riches ressources en loisirs du lac n’omet pas d’évoquer, en sus de la promenade et des jeux sportifs, les plaisirs de la baignade, sans y mettre aucune restriction ! Et les pédalos que l’on peut louer pour une ou deux heures sont équipés de toboggans permettant d’effectuer de plaisantes glissades dans le lac.
La baignade a un effet particulièrement agréable sur le corps et partant sur le mental. On flotte, on cesse de peser, arrachés que nous sommes alors à la pesanteur. Ce bien-être vient-il d’une sorte de souvenir archaïque au fond de nos cellules du temps où la vie s’est développée dans la mer d’abord ? Ou de notre propre développement individuel au sein du liquide amniotique ? Cela dit, tout cela est mon propre ressenti, il est sans doute majoritaire, mais il existe aussi des personnes qui, pour diverses raisons, ont développé une véritable phobie de l’eau.
Mon père, en tout cas, partageait avec moi ce plaisir de l’immersion. Arrivé dans le grand âge, il aimait toujours beaucoup se baigner. Il avait la chance de disposer en haut de son immeuble à Paris d’une agréable piscine dont il a profité presque jusqu’à sa dernière année. Je me souviens de sa venue chez nous l’été 2020, au sortir du Covid. Il avait 95 ans et marchait déjà bien laborieusement en s’aidant d’une canne. Nous montions au lac en fin d’après-midi, nous marchions deux-trois cent mètres pour nous éloigner un peu du parking et rejoindre un lieu agréable de baignade dans la prairie (bien loin de la zone surveillée !), nous portions un siège pliant sur lequel il pouvait s’installer à l’ombre d’un bel arbre. Puis il descendait, accroché à mon bras, jusqu’à l’eau, nous avancions précautionneusement jusqu’à ce qu’il puisse s’immerger suffisamment pour nager, alors il me lâchait et s’élançait soit en brasse, soit sur le dos. Il ne s’éloignait pas beaucoup, ne nageait plus très longtemps, mais il réclamait chaque jour sa baignade et nous disait toujours en sortant : « Ah, ça me régénère, ça me régénère ! »…
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