Belle journée et sombres temps…
Bernard M.
J’écris ce matin sur la terrasse face à la verdure du jardin, exubérante en cette saison. Pour l’instant il fait encore un temps délicieux, il y a « un peu d’air », comme on dit ici, c’est-à-dire une légère brise de nord-ouest, l’air est encore frais. Je suis allé tôt au marché : à cette saison les commerçants sont en place dès sept heures, je suis allé faire mes achats de la semaine dès mon petit déjeuner pris et j’étais de retour avant neuf heures, il n’y a pas de queue aux étals lorsqu’on y va tôt…
Et maintenant sur la terrasse. Plaisir d’écrire alors, de laisser les doigts courir sur le clavier, paisiblement, en prenant les mots comme ils viennent, en respirant les parfums légers des plantes du jardin, en écoutant les chants d’oiseaux qui se mêlent à la rumeur du marché qui passe par-dessus la maison…
Bref tout cela est bien, c’est « la vie bonne », un quotidien plutôt harmonieux et bien entouré, une santé satisfaisante même si s’invitent désormais quelques désagréments inévitables apportés par l’âge. Il faut se nourrir de ces plaisirs simples du quotidien et savoir admirer ce qui est plaisant juste devant nos yeux. Mais peut-on les fermer, ces yeux, sur ce qui se passe un peu plus loin sur cette terre qui est la nôtre, notre seule et unique terre ? Et pour le coup, la situation n’est pas encourageante pour ne pas dire complètement flippante.
Rien ne s’arrange des conflits en cours. Je suis particulièrement atterré par ce qui se passe au Moyen-Orient. Comment en est-on arrivé là, à cette politique funeste de l’actuel gouvernement israélien dans lequel s’impose la ligne des deux ministres les plus extrémistes, visant à procéder au nettoyage ethnique des populations palestiniennes de Gaza et de Cisjordanie ? J’avais une sympathie de toujours pour le petit État d’Israël, précieux foyer national pour un peuple martyrisé par la monstruosité nazie, d’autant qu’il est apparu longtemps comme un phare démocratique dans la région, le pays des kibboutz politiquement plutôt progressiste. Sans doute avais-je sous-estimé le fait que cet état, tout démocratique et progressiste qu’il fut, était néanmoins un fait colonial, établi au détriment des populations antérieures de son territoire. Mais cette situation pouvait se dépasser pacifiquement par des compromis, que ce soit par la solution à deux états ou par celle d’un état confédéré. Ces solutions semblent aujourd’hui hors de portée tant les oppositions se sont radicalisées, tant en raison des massacres criminels perpétrés par le Hamas que des représailles totalement disproportionnées de l’État d’Israël. Et la société israélienne presque tout entière semble glisser vers la radicalité anti-palestinienne, les organismes et militants favorables à une réconciliation devenant de plus en plus marginaux. Quel gâchis !
Cette évolution est hélas cohérente à ce qui se perçoit presque partout dans le monde, un vaste mouvement à droite des opinions, vers le repli sur soi, la peur de l’autre, la fermeture des frontières et des esprits… On ne s’abrutira pas à en multiplier les exemples dans divers pays. Qu’il suffise de penser à cela même qui nous menace en France lors des prochaines élections présidentielles. Mais je veux croire encore qu’un sursaut est possible et que les sondages inquiétants qui ne cessent de s’accumuler se révéleront infondés…
Ces menaces géopolitiques s’inscrivent dans un contexte général encore plus inquiétant, celui du réchauffement climatique, qui semble avoir été sous-estimé. On estime maintenant que la hausse générale des températures de 1,5 degré à laquelle l’accord de Paris espérait limiter le réchauffement sera atteint dans les toutes prochaines années. L’été qui vient menace d’être caniculaire avec une activité redoublée du courant El Niño. Et dès aujourd’hui un nouveau dôme de chaleur s’installe à nos latitudes. Ça va chauffer ! La relative et jolie fraîcheur que j’évoquais ce matin lorsque j’ai débuté l’écriture de ce billet n’est plus de mise à l’heure où je l’ai repris cet après-midi…
On va filer au lac tout à l’heure, mais cette petite échappatoire personnelle, hélas ne lève en rien l’inquiétude que nous ne pouvons manquer d’avoir, surtout en pensant à nos enfants et petits-enfants…