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Grains de sel
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Blog créé par l'Association pour l'autobiographie (APA) pour accueillir les contributions au jour le jour de vos vécus, de vos expériences et de vos découvertes culturelles.
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22 juin 2026

Chroniq’hebdo | De l’info, de l’écriture de soi, du masculinisme, de Marc Bloch

Pierre Kobel


 

« On nous cache tout, on nous dit rien/Plus on apprend plus on ne sait rien/On nous informe vraiment sur rien ». Vous connaissez la chanson de Dutronc sur les paroles de Jacques Lanzmann. Quand je navigue sur Internet, comme tout le monde, je suis parasité par nombre d’infos complètement inutiles, mais qui ne sont jamais là par hasard. Cela va du plus anecdotique : « Comment déboucher son évier ?/Quelle est la longueur maximale d’un ver de terre ?/Combien d’amants a eu Madonna ? », aux drames énoncés, décortiqués, surjoués jusqu’à l’overdose. J’en passe et des meilleures ! Vous me direz, ça ne fait de mal à personne. Quoique. Je réponds « panem et circenses », rien n’est innocent. Pendant que circulent de telles infos, pendant qu’on s’attarde à tout et à rien, on ne réfléchit pas à ce qui est le plus important, on ne s’inquiète plus, on s’aveugle.

Retour de la kermesse quadriennale du foot. Tout va bien, les Bleus ont gagné leur premier match. À Washington, le ploutocrate fête son anniversaire avec les jeux du cirque nouvelle manière. Et vas-y que je te cogne, que je t’éclate, que je te saigne ! MMA, Mes Mains Assassinent. Tout va bien, je vous dis. Il fait beau (ça brûle partout déjà, ça inonde ailleurs), je touche ma retraite (mes enfants et mes petits-fils paieront), je m’exprime librement (puisque je ne dérange personne sauf ceux que j’agace à force de me répéter), j’ai un chez-moi à ma convenance (un vrai b… pour les autres), une vie associative riche et amicale, quelques milliers de poèmes sur les étagères (chacun sa béquille pour se tenir debout).

Bon, qu’est-ce qui me prend ? Est-ce que j’ai besoin de casser les pieds d’autrui avec mes divagations ? Et si, comme l’écrit Christina, « Je n’ai rien à dire… mais je le dis quand même », si, comme elle, je n’ai pas d’illusions sur le poids de mon opinion, dans une urne électorale ou dans cette tribune, je ne peux m’empêcher de croire à la force des mots, ne serait-ce que pour moi-même.

J’ai besoin d’écrire. J’y pensais en terminant la lecture du livre que Michel et Philippe Lejeune consacrèrent en d’autres temps à leur grand-père et arrière-grand-père, Xavier-Édouard, Calicot. Ils enquêtent pour retracer l’itinéraire de cet homme lambda que fut leur ancêtre dans un XIXe siècle traversé de misère et de combat. Lambda, nous le sommes tous ou presque à l’APA, c’est ce qui fait notre force commune, qui donne de la valeur à notre travail et puis – faut-il l’écrire –, à quoi bon nos noms sur un fronton quand cela est si illusoire ? Le vouloir, ce serait paraître au lieu de vivre vraiment et c’est ensemble que nous avons quelque chose à dire.

*

Photo personnelle transformée par IA

Dans la même journée, je vois Loin du paradis de Todd Haynes et Love me tender adapté du livre éponyme de Constance Debré, par Anna Cazenave Cambet, deux films qui disent, chacun à sa façon, l’opprobre sociale à laquelle une femme est confrontée parce qu’elle ne suit pas les codes de la bienséance morale et dérange l’ordre établi, celui des hommes, celui de la soumission féminine. Homme, je le suis, je le reste, mais j’en suis à un point de mon existence où je ne sais plus toujours ce que cela veut dire. J’en suis à ce point où je comprends que les bons sentiments ne suffisent plus, qu’aucun homme ne peut être dédouané de son attitude tant que les luttes féministes ne suffiront pas à changer l’état de la société et les rapports de force entre les sexes.

Le meurtre de la jeune Lyhanna provoque une colère populaire compréhensible, qui dit le rejet des violences sexuelles contre les enfants. Que dit-on de ce qui a conduit à cela ? Que dit-on du masculinisme régnant ? Que dit-on de l’éducation des garçons et des filles qui reproduisent encore du machisme de façon atavique ? Que dit-on des modifications nécessaires en profondeur de cette éducation et de ce que cela implique ? J’en viens à me dire que nous sommes à un point de rupture et que la reconstruction des esprits qui s’ouvre devant nous va encore faire des dégâts parce qu’elle ne doit pas seulement modifier des codes sociaux et moraux, mais elle doit, en amont, modifier le désir, une part animale de notre personne que certains ne savent pas maîtriser et que d’autres traduisent en idéologie et/ou en actes. Je ne sais plus sur quel plateau télévisuel, j’ai entendu un intervenant dire : « Un homme, ça s’empêche ! »

 

*

Demain la France va célébrer au Panthéon un personnage relativement méconnu. Un ami, féru d’histoire depuis toujours, me racontait, il y a peu, qui fut Marc Bloch et quels mérites conduisent à sa reconnaissance. Et je mesure combien certains individus sortent du lot pour entrer dans un patrimoine historique qui va au-delà de leur personne. Après tout, qui était Marc Bloch ? Un ancien combattant de 14-18, marqué par les épreuves, un historien et médiéviste réputé, un intellectuel à la conscience aiguë. Il fut aussi un homme d’honneur qui ne plia jamais devant l’adversité, ne renia jamais ses convictions. Savons-nous encore ce que cela veut dire ?

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« Mais pourquoi je vous raconte tout ça ? » (ELC)

 

Internet

Commentaires
M
Réponse à Kata, si c’est possible… <br /> D’accord pour le basket, le hand, le volley et les équipes multicolores. Et pourquoi pas les sports de glace : avec la température ambiante, cette seule pensée rafraîchit ! Mais je ne suis décidément pas à l’aise avec les sports de ballon. Enfant, j’aimais bien “la balle aux prisonniers”. Maintenant je rêve aux montgolfières, qui offrent un autre point de vue sur le monde, et à ces ballons légers qu’on lâche et qui s’envolent…<br /> Ravie que votre petite fille s’appelle Maëlle. Cela veut dire “princesse”, rien que ça ! Petite satisfaction narcissique…
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M
“Je ne sais plus sur quel plateau télévisuel, j’ai entendu un intervenant dire : «Un homme, ça s’empêche ! »”<br /> On peut en effet appliquer cette phrase aux masculinistes triomphants incapables de maîtriser leurs pulsions, mais la phrase peut être interprétée dans un sens encore plus large. Elle est extraite du livre d’A. Camus, “Le premier homme”. <br /> Voici le passage : “Dans certaines circonstances, un homme doit tout se permettre et tout détruire. Mais Comery avait crié comme pris de folie furieuse : «Non, un homme ça s’empêche. Voilà ce que c’est un homme, ou sinon…» Et puis il s’était calmé. «Moi, avait-il dit, d’une voix sourde, je suis pauvre, je sors de l’orphelinat, on me met cet habit, on me traîne à la guerre, mais je m’empêche.»”<br /> C’est toute l’éthique de la responsabilité individuelle qui est derrière cette phrase.<br /> Chacun de nous, homme ou femme, est responsable de ses actes et doit se fixer des limites, voir ce qu’il accepte ou ce qu’il n’accepte pas, et agir en conséquence. C’est l’humanisme selon Camus. Et l’engagement, je crois, y compris dans le refus et le retrait.
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D
Soyons tous devant nos télés pour suivre cette Panthéonisation !
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K
"la kermesse quadriennale du foot" J'ai ri bien que je participe d'une certaine manière à la kermesse. Les Français, disons les Bleus, ont gagné leur 2e match. Oui, internet a du bon, WatsApp nous permet d'échanger nos impressions en direct, depuis la Guyane jusqu'à Grenoble, en passant par Lille ou Paris. Je suis, oui oui oui, sauf hier je n'ai regardé qu'une mi-temps, vu que la pluie s'est installée comme 22e homme (ou 1ère femme) et qu'il fallait attendre qu'elle veuille bien partir pour continuer à jouer (oui, jouer). J'ai rendu ma télécommande pour aller dormir du sommeil d'une juste. Ca, c'est pour parler de Marc Bloch, j'admire sa vie et son courage. Le fait qu'on lui rende hommage en le Panthéonisant est super important en ces temps troublés par l'ansémitisme qui ne se cache même plus. Merci d'en avoir parlé.
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K
Réponse à Maëlle ici puisqu'il n'y a pas la possibilité de répondre sous son com.<br /> Il y a d'autres jeux de ballon que le foot ou le rugby, chez nous pas encore pourris, comme le basket au USA où jouent d'extraordinaires français. Il n'y a pas que Wembanyama. Et le volley ou le hand ? on a bien proposé à ma petite fille, prénommée Maëlle aussi, de passer pro, mais elle a refusé, les femmes pros ne gagnent pas assez pour vivre de leur sport. Tous les sports ne sont pas pourris. Je pense au hockey sur glace tellement populaire à Grenoble.<br /> En ce moment, il faut que le sport aide à lutter contre le racisme. Je riais en voyant les joueurs de foot anglais ou français. Si les extrêmes droites gagnent et expulsent les "gens de couleurs", il n'y aura plus d'équipes française ou anglaise sur les terrains internationaux. C'est drôle, non ?<br /> Et contre l'antisémitisme, il faudrait trouver aussi quelque chose. Par exemple obliger tout le monde à lire "Etrange défaite" de Marc Block, cité dans le texte plus haut.
M
Moi, je n’aime pas le foot, un univers pourri par le fric. Chez nous, on est rugby, “sport de voyous joué par des gentlemen”, paraît-il. Mais le rugby devient de plus en plus violent, avec des commotions cérébrales en série, certains joueurs commencent à contester les décisions des arbitres, comme les footeux, et à gagner beaucoup d’argent en faisant des publicités. Alors non, le ballon rond ou ovale, je passe mon tour. Pourtant, au départ, c’étaient deux sports collectifs sympas. Jouer au ballon, même avec certaines règles parfois complexes, c’était ludique, c’était un jeu, quoi !<br /> Et puis il y a le côté grand-messe, qui m’agace, et au foot, les “supporters” en délire, qui font n’importe quoi… Et le côté “panem et circenses”, en plus… Et les lobbies… Bref, vive la marche à pied, seul ou en groupe !
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