Chroniq’hebdo | De l’info, de l’écriture de soi, du masculinisme, de Marc Bloch
Pierre Kobel
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« On nous cache tout, on nous dit rien/Plus on apprend plus on ne sait rien/On nous informe vraiment sur rien ». Vous connaissez la chanson de Dutronc sur les paroles de Jacques Lanzmann. Quand je navigue sur Internet, comme tout le monde, je suis parasité par nombre d’infos complètement inutiles, mais qui ne sont jamais là par hasard. Cela va du plus anecdotique : « Comment déboucher son évier ?/Quelle est la longueur maximale d’un ver de terre ?/Combien d’amants a eu Madonna ? », aux drames énoncés, décortiqués, surjoués jusqu’à l’overdose. J’en passe et des meilleures ! Vous me direz, ça ne fait de mal à personne. Quoique. Je réponds « panem et circenses », rien n’est innocent. Pendant que circulent de telles infos, pendant qu’on s’attarde à tout et à rien, on ne réfléchit pas à ce qui est le plus important, on ne s’inquiète plus, on s’aveugle.
Retour de la kermesse quadriennale du foot. Tout va bien, les Bleus ont gagné leur premier match. À Washington, le ploutocrate fête son anniversaire avec les jeux du cirque nouvelle manière. Et vas-y que je te cogne, que je t’éclate, que je te saigne ! MMA, Mes Mains Assassinent. Tout va bien, je vous dis. Il fait beau (ça brûle partout déjà, ça inonde ailleurs), je touche ma retraite (mes enfants et mes petits-fils paieront), je m’exprime librement (puisque je ne dérange personne sauf ceux que j’agace à force de me répéter), j’ai un chez-moi à ma convenance (un vrai b… pour les autres), une vie associative riche et amicale, quelques milliers de poèmes sur les étagères (chacun sa béquille pour se tenir debout).
Bon, qu’est-ce qui me prend ? Est-ce que j’ai besoin de casser les pieds d’autrui avec mes divagations ? Et si, comme l’écrit Christina, « Je n’ai rien à dire… mais je le dis quand même », si, comme elle, je n’ai pas d’illusions sur le poids de mon opinion, dans une urne électorale ou dans cette tribune, je ne peux m’empêcher de croire à la force des mots, ne serait-ce que pour moi-même.
J’ai besoin d’écrire. J’y pensais en terminant la lecture du livre que Michel et Philippe Lejeune consacrèrent en d’autres temps à leur grand-père et arrière-grand-père, Xavier-Édouard, Calicot. Ils enquêtent pour retracer l’itinéraire de cet homme lambda que fut leur ancêtre dans un XIXe siècle traversé de misère et de combat. Lambda, nous le sommes tous ou presque à l’APA, c’est ce qui fait notre force commune, qui donne de la valeur à notre travail et puis – faut-il l’écrire –, à quoi bon nos noms sur un fronton quand cela est si illusoire ? Le vouloir, ce serait paraître au lieu de vivre vraiment et c’est ensemble que nous avons quelque chose à dire.
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Dans la même journée, je vois Loin du paradis de Todd Haynes et Love me tender adapté du livre éponyme de Constance Debré, par Anna Cazenave Cambet, deux films qui disent, chacun à sa façon, l’opprobre sociale à laquelle une femme est confrontée parce qu’elle ne suit pas les codes de la bienséance morale et dérange l’ordre établi, celui des hommes, celui de la soumission féminine. Homme, je le suis, je le reste, mais j’en suis à un point de mon existence où je ne sais plus toujours ce que cela veut dire. J’en suis à ce point où je comprends que les bons sentiments ne suffisent plus, qu’aucun homme ne peut être dédouané de son attitude tant que les luttes féministes ne suffiront pas à changer l’état de la société et les rapports de force entre les sexes.
Le meurtre de la jeune Lyhanna provoque une colère populaire compréhensible, qui dit le rejet des violences sexuelles contre les enfants. Que dit-on de ce qui a conduit à cela ? Que dit-on du masculinisme régnant ? Que dit-on de l’éducation des garçons et des filles qui reproduisent encore du machisme de façon atavique ? Que dit-on des modifications nécessaires en profondeur de cette éducation et de ce que cela implique ? J’en viens à me dire que nous sommes à un point de rupture et que la reconstruction des esprits qui s’ouvre devant nous va encore faire des dégâts parce qu’elle ne doit pas seulement modifier des codes sociaux et moraux, mais elle doit, en amont, modifier le désir, une part animale de notre personne que certains ne savent pas maîtriser et que d’autres traduisent en idéologie et/ou en actes. Je ne sais plus sur quel plateau télévisuel, j’ai entendu un intervenant dire : « Un homme, ça s’empêche ! »
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Demain la France va célébrer au Panthéon un personnage relativement méconnu. Un ami, féru d’histoire depuis toujours, me racontait, il y a peu, qui fut Marc Bloch et quels mérites conduisent à sa reconnaissance. Et je mesure combien certains individus sortent du lot pour entrer dans un patrimoine historique qui va au-delà de leur personne. Après tout, qui était Marc Bloch ? Un ancien combattant de 14-18, marqué par les épreuves, un historien et médiéviste réputé, un intellectuel à la conscience aiguë. Il fut aussi un homme d’honneur qui ne plia jamais devant l’adversité, ne renia jamais ses convictions. Savons-nous encore ce que cela veut dire ?
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« Mais pourquoi je vous raconte tout ça ? » (ELC)
Internet
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Wikipédia | Marc Bloch
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France TV | Marc Bloch, au nom de la France
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Allociné | Loin du paradis
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Allociné | Love me tender