Chroniq’hebdo | Du journal personnel, des agressions sexuelles et de la nature
Pierre Kobel
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J’écoute en replay une émission consacrée à l’artiste de rue Miss Tic qui fit les beaux murs de la capitale avec ses pochoirs et ses aphorismes aussi poétiques qu’imparables. L’un d’eux me touche particulièrement qui me dit que l’écriture de soi n’est pas un repli sur soi : « Ce qui me sépare de moi m’éloigne des autres ».
Je lis dans Le Monde quelques articles consacrés à la pratique du journal personnel. Le « Journaling » qu’ils disent ! On fait entrer cela dans la valse des pratiques de bien-être à la mode au même titre que la méditation, les régimes sans gluten ou la méthode Pilates. En 2020, sept % des Français déclaraient avoir une activité d’écriture personnelle. A-t-on besoin de cahiers thématique, « livre de voyage », « livre de lecture », etc., de coachs et autres ateliers d’écriture pour se livrer à cela ? J’écris, nous écrivons parce que nous en éprouvons le besoin, parce que nos existences ont des failles, des blessures, parce qu’elles ne suffisent pas en chair et en os ! J’écris, nous écrivons pour échapper au temps, si possible à l’espace, pour outrepasser les douleurs, les manques, les absences. J’écris, nous écrivons pour tenter désespérément de vivre, dans la caresse d’un espoir, dans la folie d’une utopie. Pour habiller un réel trop lourd à porter. Rappelons-nous la phrase de Fernando Pessoa : « La littérature est la preuve que la vie ne suffit pas. »
La légèreté de l’écriture, c’est la magie d’un possible perpétué malgré le poids des jours. Aucune pratique institutionnalisée, commercialisée n’a rien de comparable avec cette magie.
Mort d’Edgar Morin à l’âge de 104 ans. Et l’esprit vif jusqu’au bout, la curiosité aiguisée, la réflexion incessante. À chacun d’en tirer une leçon pour ne pas laisser partir son existence à vau-l’eau.
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Nouvelle réussite d’Agnès Jaoui avec son film L’objet du délit. Comédie certes, mais sans se limiter au rire quand le scénario met sur la table le sujet du machisme et du harcèlement dans le milieu de l’opéra. Un sujet qui me poursuit tant je ne cesse de voir, de lire, d’entendre des œuvres et des discours qui s’y rapportent. Mon travail pour un futur cahier m’y rend sensible, mais je mesure de plus en plus l’ampleur du problème et j’en suis parfois accablé. Je l’ai évoqué dans ma chronique précédente au risque de lasser les lecteurs. Car c’est bien là un risque. Les agressions sexuelles sont un sujet grave, gênant et souvent culpabilisant. Y revenir sans arrêt, c’est un choix difficile et incertain.
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La collecte thématique, La nature et moi, dans Grains de sel, augmente de semaine en semaine. Mais quid de tous ses éléments, quid des nuages, du feu, des animaux, de l’écologie au quotidien, de la montagne et des rochers, de la mer et des glaciers ? À vos claviers !
Et pour accompagner mon propos, ce poème de mon ami Benjamin Guérin, alors que va se tenir le 43e Marché de la Poésie dans les jours à venir.
Nous avons rejeté au loin le sauvage
ouvrant des champs comme des villes
alignant des ruelles où l’on plante de l’herbe
la meilleure pour les vaches toujours la même
la plus verte et la plus efficace
il ne reste d’arbres que des friches
et des champs de bois alignés
en rang comme des vignes
ils attendent l’appel
pour être fusillés
au jour dernier
de la coupe franche
on a mis les forêts en ordre et en ligne
comme des places de parkings
à durée limitée
oubliant le temps des arbres
on a exproprié les fantômes et les fées
on a disséqué
la nature enchantée
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Même les loups ont fini par apprendre
à marcher sur des ponts
dans l’ombre des caméras
de télésurveillance
ils se retrouvent le soir
aux sorties d’autoroute
traversent le monde
sans jamais se faire voir
en retrait sur les bandes
aux arrêts d’urgence
invisibles et présents
ils ramènent la mémoire
des libertés sans âge
dans les recoins bitumés
là où fleurissent encore
les dernières fleurs sauvages
In Quand nous étions des loups, © Revue la forge | éditions de Corlevour, 2024
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« Mais pourquoi je vous raconte tout ça ? » (ELC)