De l’écriture de l’urgence
Michel Stevaert
Hier nous échangions des lettres, désormais de plus en plus de mails ou pire : des SMS. Certains courriers sont nécessaires : de la prise d’un rendez-vous médical à la demande de nouvelles d’un ami, voire même impératifs : plainte officielle, faire-part ; beaucoup sont inutiles, d’autant quand ils ne dépassent pas deux lignes ou sont écrits en texto.
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Et puis, il y a les échanges qui se font prégnants, angoissants, sans certitude qu’ils ne s’interrompront pas dans une semaine, demain, dans une heure. Ainsi de ma participation depuis quelques semaines à un journal-blog tenu par une artiste libanaise, Pamela Chrabieh. Au-delà de ses qualités stylistiques tant graphiques que littéraires, il y a la guerre, là, qu’elle dessine, qu’elle décrit, voire qu’elle filme comme quand sa ville, Beyrouth, se vide une fois de plus parce qu’un nouveau raid aérien est annoncé. Elle continue à vivre, survivre serait le mot, à préparer des réunions d’artistes et, en même temps, elle nous parle du danger d’aller chercher un pain, d’un ami visé par erreur par un missile, de l’angoisse quand un téléphone sonne, jour ou nuit (alerte ? Funeste nouvelle ?) ou de la disparition d’un village familial.
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Quand j’allume mon PC, chaque jour, j’attends, j’espère, un message, une photo, un dessin de Pamela. Jamais je n’ai participé à un groupe de parole où la solidarité, la franchise, sans doute renforcées par la peur, n’ont été aussi fortes. C’est comme si vous receviez un coup au ventre chaque jour et j’ai le ventre fragile.
Légendes des dessins de Pamela joints :
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Un vieil homme revenait tous les jours parmi les ruines de sa maison au Sud-Liban jusqu’à s’y laisser mourir.
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Les tentes abritant les réfugiés du Sud-Liban sur la plage de Beyrouth.
Droits : « Ces dessins sont en libre partage, au Liban comme ailleurs à condition de respecter une règle simple : mentionner clairement mon nom, au nom du respect le plus élémentaire de la propriété intellectuelle et du travail de pensée », Dr Pamela Chrabieh