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Grains de sel
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Blog créé par l'Association pour l'autobiographie (APA) pour accueillir les contributions au jour le jour de vos vécus, de vos expériences et de vos découvertes culturelles.
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27 juin 2026

Du temps à ne rien faire

Nadpic

 

Il y a quelques jours, j’opte pour la télévision en journée, 40° sur le balcon, 32° dans l’appartement. Après la lecture d’un roman Les vivants, premier d’Ambre Chalumeau, que j’ai lu en quelques heures et que j’ai bien apprécié, je change donc d’activité si je peux le dire ainsi.

Mon ex-mari, que j’héberge plusieurs jours peut, lui, rester sans rien faire. Rien ! Regard dans le vague, immobile, en contemplation ou méditation sans le savoir ? Toujours est-il qu’il sait faire ça et bien, moi pas.

Un petit jeu, un livre, un café à déguster doucement en faisant quelques pas, oui, mais rien du tout ? Je tiens sans doute cela de ma mère qui, dès qu’on baillait aux corneilles, nous secouait. Même la lecture n’était pas une activité assez dynamique pour elle.

J’en reviens à la télévision. Proposition sur Arte, je fais mon intello du jour qui ne regarde que les choses faites pour, c’est loin d’être le cas !

Miss Daisy et son chauffeur, de quoi oublier les rideaux tirés. Curieusement, je ne l’avais encore jamais vu. Peut-être pour ne pas pleurer d’émotion à la fin ? J’ai beaucoup aimé.

J’ai délaissé l’émission diffusée juste avant. J’ai des pratiques anciennes qui consistent à regarder la télévision sur un poste de… télévision, incroyable !

L’émission, délaissée en partie, était autour de Valéry Giscard d’Estaing. Homme dont on vante là l’humour et la modernité.

Aussitôt je me rappelle l’album de Renaud privé d’antenne, la chanson Hexagone censurée, car trop subversive ; je me souviens de cette chape de plomb qu’était cette ère où nous, jeunes, sentions évidemment qu’un autre monde était possible. Loin, bien loin de ce qu’on montre de ce personnage dans son château d’Estaing.

Ces temps derniers, des émissions autour de Jacques Chirac m’interpellent également. Un homme présenté comme adorable, bon vivant, rieur, coureur de jupons, mais on en rit.

Là encore, à part manger des pommes, seul conseil drolatique à retenir, les qualificatifs qui me viennent ne sont pas de ceux-là ! D’autres… oui !

 

Je ne nomme qu’eux et pourtant, il y en a bien d’autres ! Des exemples multiples, personnes qui disparaissent et dont on prône les louanges, après. Des êtres affreux parfois ou justes minables pour d’autres, qui deviennent exceptionnels et à honorer sans retenue.

 

Est-ce finalement ce que je fais avec mes anciens ? Mon père en premier, dont j’ai tant souffert des travers et dont je loue cependant le souvenir d’un être quasi parfait.

Ma grand-mère, peste devant l’éternel et dont l’éternité n’a pas voulu, a désormais pour moi l’image de cette dame ronde au tablier bleu permanent et au rire sonore.

Protège-t-on les souvenirs et reflets doux seuls gardés des membres de la famille, d’amis, d’illustres personnages pour en faire un monde plus acceptable ?

La pénible grand-mère Daisy ne laisse-t-elle pas après le mot Fin du film, l’empreinte d’une gentille femme à qui on pardonne tout ?

 

J’écris ce billet. Je tourne la tête, B. est à la même place dans mon fauteuil confortable qu’il a adopté dès son arrivée, il ne bouge pas. Il pense, ou pas ?

Je ne résiste pas longtemps. « Ça va ? Tu es bien ? Tu as l’habitude de rester au calme sans rien faire ? »

Réponse « Pas vraiment. » Décryptage, quand il répond ça : il ne sait pas. Il poursuit « Je prends un livre ou je dessine. Mais je ne peux plus lire alors… »

Tant pis pour La Faute à Rousseau bien accueillie dernièrement chez moi, des livres avec Images, j’en ai plein.

La peine m’envahit quand il reste de longues minutes sur la même page.

Même s’il était très flegmatique le temps de notre vie commune, la maladie de Parkinson réduit son énergie à néant. Je veille sur lui quelque temps, une amitié particulière a remplacé nos amours.

Quand il partira pour toujours, s’il part le premier, je sais déjà que j’oublierai ses travers, nos heurts passés, j’en suis certaine, car c’est déjà le cas.

 

Commentaires
M
En lisant la fin de votre billet, Nadpic, et bien que le contexte soit différent, je pense au poème de Verlaine, dans "Sagesse" : "Écoutez la chanson bien douce", et notamment à ces deux strophes :<br /> <br /> "Et dans les longs plis de son voile<br /> Qui palpite aux brises d’automne<br /> Cache et monte au cœur qui s’étonne<br /> La vérité comme une étoile.<br /> <br /> Elle dit, la voix reconnue,<br /> Que la bonté c’est notre vie,<br /> Que de la haine et de l’envie<br /> Rien ne reste, la mort venue."
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D
Nous avons lu avec un grand intérêt votre article "Comment je ne suis pas devenu historien.." dans La Faute à Rousseau N°102.Le passage "Peu après, un jour radieux" à "C'est fini. Je laisse tomber", est d'inspiration Rimbaldienne ! Beaucoup de Soixante-Huitards se reconnaîtront dans ce texte. Il y a aussi l'influence de Bourdieu : le refus de reproduire la société d'exploitation en devenant un de ses cadres. Cette démarche d'échecs supposés vous a finalement été profitable sur le tard alors que les gens conduisent leurs vies en sens contraire. Le plus heureux, le plus exemplaire semble être vous aujourd'hui. Signé : un ancien Soixante-Huitard du 80.
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N
Ce commentaire n'est pas adressé au bon billet. Je vous le dis pour que l'auteur de l'autre texte puisse en profiter ! Ce serait dommage de l'en priver.
C
Ah cette manipulation médiatique qui veut que les "grands" morts soient parfaits ! Finalement, peut-être que c'est un bien, pour que surtout on les oublie vite et qu'ils ne reviennent pas ! J'aime toutefois ce cadeau magique de la mémoire qui fait que du plus loin qu'il m'en souvienne, je ne retiens que les belles choses de mon passé et des êtres qui l'ont empli. Même les instants tragiques sont transcendés et je n'en garde que les leçons positives. <br /> Merci Nadpic pour ce joli texte bienveillant.
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