Du temps à ne rien faire
Nadpic
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Il y a quelques jours, j’opte pour la télévision en journée, 40° sur le balcon, 32° dans l’appartement. Après la lecture d’un roman Les vivants, premier d’Ambre Chalumeau, que j’ai lu en quelques heures et que j’ai bien apprécié, je change donc d’activité si je peux le dire ainsi.
Mon ex-mari, que j’héberge plusieurs jours peut, lui, rester sans rien faire. Rien ! Regard dans le vague, immobile, en contemplation ou méditation sans le savoir ? Toujours est-il qu’il sait faire ça et bien, moi pas.
Un petit jeu, un livre, un café à déguster doucement en faisant quelques pas, oui, mais rien du tout ? Je tiens sans doute cela de ma mère qui, dès qu’on baillait aux corneilles, nous secouait. Même la lecture n’était pas une activité assez dynamique pour elle.
J’en reviens à la télévision. Proposition sur Arte, je fais mon intello du jour qui ne regarde que les choses faites pour, c’est loin d’être le cas !
Miss Daisy et son chauffeur, de quoi oublier les rideaux tirés. Curieusement, je ne l’avais encore jamais vu. Peut-être pour ne pas pleurer d’émotion à la fin ? J’ai beaucoup aimé.
J’ai délaissé l’émission diffusée juste avant. J’ai des pratiques anciennes qui consistent à regarder la télévision sur un poste de… télévision, incroyable !
L’émission, délaissée en partie, était autour de Valéry Giscard d’Estaing. Homme dont on vante là l’humour et la modernité.
Aussitôt je me rappelle l’album de Renaud privé d’antenne, la chanson Hexagone censurée, car trop subversive ; je me souviens de cette chape de plomb qu’était cette ère où nous, jeunes, sentions évidemment qu’un autre monde était possible. Loin, bien loin de ce qu’on montre de ce personnage dans son château d’Estaing.
Ces temps derniers, des émissions autour de Jacques Chirac m’interpellent également. Un homme présenté comme adorable, bon vivant, rieur, coureur de jupons, mais on en rit.
Là encore, à part manger des pommes, seul conseil drolatique à retenir, les qualificatifs qui me viennent ne sont pas de ceux-là ! D’autres… oui !
Je ne nomme qu’eux et pourtant, il y en a bien d’autres ! Des exemples multiples, personnes qui disparaissent et dont on prône les louanges, après. Des êtres affreux parfois ou justes minables pour d’autres, qui deviennent exceptionnels et à honorer sans retenue.
Est-ce finalement ce que je fais avec mes anciens ? Mon père en premier, dont j’ai tant souffert des travers et dont je loue cependant le souvenir d’un être quasi parfait.
Ma grand-mère, peste devant l’éternel et dont l’éternité n’a pas voulu, a désormais pour moi l’image de cette dame ronde au tablier bleu permanent et au rire sonore.
Protège-t-on les souvenirs et reflets doux seuls gardés des membres de la famille, d’amis, d’illustres personnages pour en faire un monde plus acceptable ?
La pénible grand-mère Daisy ne laisse-t-elle pas après le mot Fin du film, l’empreinte d’une gentille femme à qui on pardonne tout ?
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J’écris ce billet. Je tourne la tête, B. est à la même place dans mon fauteuil confortable qu’il a adopté dès son arrivée, il ne bouge pas. Il pense, ou pas ?
Je ne résiste pas longtemps. « Ça va ? Tu es bien ? Tu as l’habitude de rester au calme sans rien faire ? »
Réponse « Pas vraiment. » Décryptage, quand il répond ça : il ne sait pas. Il poursuit « Je prends un livre ou je dessine. Mais je ne peux plus lire alors… »
Tant pis pour La Faute à Rousseau bien accueillie dernièrement chez moi, des livres avec Images, j’en ai plein.
La peine m’envahit quand il reste de longues minutes sur la même page.
Même s’il était très flegmatique le temps de notre vie commune, la maladie de Parkinson réduit son énergie à néant. Je veille sur lui quelque temps, une amitié particulière a remplacé nos amours.
Quand il partira pour toujours, s’il part le premier, je sais déjà que j’oublierai ses travers, nos heurts passés, j’en suis certaine, car c’est déjà le cas.