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Grains de sel
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Blog créé par l'Association pour l'autobiographie (APA) pour accueillir les contributions au jour le jour de vos vécus, de vos expériences et de vos découvertes culturelles.
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24 juin 2026

Échos, échos, échos…

Maëlle

 

En écho au texte de Mireille Podchlebnik du 20 juin 2026, “Rencontres et récits”, et à un certain nombre d’autres. Tout va si vite…

 

Sur fond d’antisémitisme en constant renouvellement, il est indispensable de ne jamais cesser de rappeler et de dénoncer l’horreur, l’indicible, l’irreprésentable, voire l’impensable, de la Shoah, par nos lectures et nos billets. Chacun le fait à sa manière et s’attache à transmettre, pour que l’on n’oublie jamais : historiens, panthéonisés ou non, philosophes, biographes, poètes, … ou le contributeur lambda.

Nous lisons Être sans destin d’Imre Kerstész, en regard de Si c’est un homme de Primo Levi, de Maus d’Art Spiegelman, roman graphique des années 1980, ou de Yossel de Joe Kubert, autre roman graphique, de 2003, celui-là. Pour évoquer des genres différents, des auteurs parfois anciens, et n’en citer que quelques-uns. Tous vertigineux.

Le philosophe allemand Theodor Adorno soutenait, en 1949, je crois, qu’écrire un poème après Auschwitz est “barbare”, la culture ayant échoué à empêcher le génocide et étant désormais incapable de le dire. Le débat reste ouvert.

Mais d’aucuns ont tenté la prose : Duras, La Douleur, Antelme, L’Espèce humaine, Semprún, Quel beau dimanche !

D’autres ont essayé le cinéma, documentaire ou fictionnel : Resnais, Lanzmann, Costa-Gavras, …

pour ne citer qu’eux.

Et le poète Paul Celan (1920-1970), Juif roumain de langue allemande, hanté par la mort de ses parents à Buchenwald, a tenté envers et contre tout la poésie. Todesfuge (1945), en français Fugue de mort, a connu plusieurs traductions. En voici quelques vers, traduits par Jean-Pierre Lefebvre (Éditions Gallimard, Poésie, 1998) :

 

(…)

Lait noir de l’aube nous te buvons la nuit

nous te buvons le soir et le matin nous buvons et buvons

(…)

Margerete tes cheveux d’or

tes cheveux de cendre Sulamith”

 

Chacun pourra juger, en lisant la totalité du texte, la tentative de Paul Celan. S’il s’agit d’un tombeau poétique ou du tombeau de la poésie.

 

Il importe cependant aussi de rappeler et de dénoncer comment Netanyahou et ses sbires d’extrême droite se sont conduits et se conduisent envers les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie, en prenant pour prétexte l’acte monstrueux du Hamas et pour alibi la Shoah. Ces hommes provoquent ainsi le déshonneur du peuple d’Israël et suscitent la honte chez nombre de Juifs de tous pays.

Comme l’écrit Edgar Morin, Juif lui-même, disparu récemment, dans Y a-t-il des leçons de l’histoire ? (2025) : “Il ne suffit pas d’avoir été persécuté pour ne pas devenir persécuteur”.

 

Arrive le moment de citer aussi les poètes palestiniens d’aujourd’hui, par exemple Refaat Alareer, tué en décembre 2023, après un dernier poème : “S’il est écrit que je dois mourir, (…) Que ma mort devienne une histoire”, cri jeté contre la mort orchestrée par le régime actuellement au pouvoir en Israël.

Ou le témoignage bouleversant de la photojournaliste Fatma Hassona, Palestinienne vivant, et mourant, à Gaza, à 24 ans, dans le documentaire de Sepideh Farsi, franco-iranienne, Put your soul on your hand and walk (2025).

 

Tenter de dire l’ineffable est le rôle du poète. C’est un défi terrible. Il y parvient parfois. Voici ce qu’en écrit le modeste Philippe Jaccottet, dans La Semaison, p. 39 de l’édition Gallimard NRF (La Blanche) :

Toute l’activité poétique se voue à concilier, ou du moins à rapprocher, la limite et l’illimité, le clair et l’obscur, le souffle et la forme. C’est pourquoi le poème nous ramène à notre centre, à notre souci central, à une question métaphysique. Le souffle pousse, monte, s’épanouit, disparaît ; il nous anime et nous échappe ; nous essayons de le saisir sans l’étouffer. Nous inventons à cet effet un langage où se combinent la rigueur et le vague, où la mesure n’empêche pas le mouvement de se poursuivre, mais le montre, donc ne le laisse pas entièrement se perdre.”

 

Or tout peut être objet de poésie. Même l’horreur.

Il me semble que tant qu’il y aura des gens pour tenter de dire l’indicible et de le transmettre, tout ne sera peut-être pas perdu.

 

Ce texte, au style moins fleuri que les deux précédents, espère être une minuscule contribution à la mémoire des peuples martyrs, en tout lieu, en tout temps. Il n’en manque pas.

Il s’expose, et m’expose.

 

Quel que soit mon faible pour les fleurs sauvages, je ne m’intéresse pas qu’aux coquelicots et aux bleuets.


 

Commentaires
A
Merci pour ce billet, nuancé, poétique et intense, qui me bouleverse. J'étais sur le point d'écrire sur l'émouvant "J'ai perdu un Bédouin dans Paris" d'Arthur Essebag (référence autre, mais qui présente aussi de l'intérêt sur ce sujet), et je pensais m'étendre sur l'usage de certains mots et pensées simplistes, glissements dangereux, à cette époque où l'antisémitisme immonde re-surgit un peu partout. Vous ajoutez aux coquelicots (lisez donc M. Essebag, si ce n'est déjà fait). Votre bouquet mérite de continuer à fleurir. Tout n'est pas perdu. Merci Maëlle.
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M
Merci, Anne. Non, je n’ai pas lu le livre cité d’Essebag. Je le mets sur ma liste !<br /> Il faut s’étendre, je crois, sur l’usage des mots, des pensées simplistes, et sur les glissements dangereux. La réalité est si complexe. Il n’y aura pas trop de tous nos billets pour essayer de la cerner et pour dénoncer ce qui doit l’être.<br /> Mais ne me lancez pas trop de fleurs, je pourrais me reposer sur mes lauriers !
M
Merci Maëlle pour votre écho riche de références sur la Shoah, elles sont précieuses et on en découvre toujours davantage..<br /> Pour ma part, je dissocie toujours les questions liées à la Shoah de celles liées au conflit israélo palestinien si complexe et qui génère tant d'incompréhension et de confusion pour beaucoup .....
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M
Je pense que l’attentat du Hamas du 7 octobre 2023 a pu raviver chez certains Israëliens l’inconscient de la Shoah. C’est pourquoi on ne peut pas, à mon avis, dissocier complètement le conflit israëlo-palestinien du génocide ancien dans l’analyse des événements d’aujourd’hui.<br /> Ce qui n’empêche pas la critique politique à mener vis-à-vis du gouvernement israëlien actuel des massacres commis à Gaza et en Cisjordanie.
M
Je pense que l’attentat du Hamas du 7 octobre 2023 a pu raviver chez certains Israëliens l’inconscient de la Shoah. C’est pourquoi on ne peut à mon avis dissocier complètement le conflit israëlo-palestinien du génocide ancien dans l’analyse des événements actuels. <br /> Ce qui n’empêche pas la critique politique à mener vis-à-vis du gouvernement israëlien d’aujourd’hui des massacres commis à Gaza et en Cisjordanie.
D
N'oublions pas le 7 octobre 2023 qui a fait 1221 morts du coté israélien, ça devrait donner à réfléchir à beaucoup !
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M
J’ai nommé dans mon texte "l’acte monstrueux du Hamas” : cela me paraissait clair.<br /> Ne comparons pas le nombre de morts de chaque côté, ce serait indigne et peu pertinent.
K
J'ai l'impression que mon commentaire est parti alors que je ne l'avais pas fini ... je voulais terminer sur la panthéonisation de Marc Bloch, qui arrive à temps dans l'atmosphère antisémite du moment. Fera-t-il réfléchir ? tous les juifs ne s'appellent pas Netanyahou.
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K
Merci beaucoup pour votre texte. Il donne une dimension littéraire à ce que je vis actuellement, bien terre à terre. Bien sûr je défends le peuple palestinien, mais les supporteurs devraient quand même faire attention à ne pas provoquer l'antisémitisme, comme le fait, hélas, Mélenchon en se moquant du CRIF ou de quelques noms à consonance juive. Ici, à Grenoble, ils ont voulu défiler avec les LGBT alors que les LGBT sont interdits dans leur religion. Heureusement, ils ont été tenus à bonne distance. Il y a aussi le fait que, sur leurs slogans, "l'ennemi" (Netanyahou, Israël) n'est jamais nommé. C'est "contre le génocide, le racisme, le fascisme", etc ce qui permet d'inclure tous les juifs. Je ne sais pas comment ça v
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M
Tout à fait d’accord. Tous les Juifs et juifs ne s’appellent pas Netanyahou, et heureusement. C’est bien pourquoi je l’ai nommé ! <br /> Il existe des oppositions en Israël, contre la guerre, et contre la colonisation à peine rampante en Cisjordanie. La “solution à deux États” n’est pas encore tout à fait morte non plus. Mais, pour l’instant, ce sont bien Netanyahou et consorts qui sont au pouvoir, et ils agissent.<br /> <br /> Quant à Mélenchon, il s’est déconsidéré, s’il était encore besoin, avec ses jeux de mots stupides et nauséabonds.<br /> <br /> On peut dénoncer la guerre, le colonialisme, les résurgences inquiétantes de l’antisémitisme, en France et ailleurs, la montée extrêmement dangereuse de l’extrême droite, l’homophobie, et mépriser un Mélenchon…<br /> <br /> L’entrée de Marc Bloch au Panthéon est justice. En plus, il n’y avait pas tant d’historiens parmi les panthéonisés antérieurs.
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