Échos, échos, échos…
Maëlle
En écho au texte de Mireille Podchlebnik du 20 juin 2026, “Rencontres et récits”, et à un certain nombre d’autres. Tout va si vite…
Sur fond d’antisémitisme en constant renouvellement, il est indispensable de ne jamais cesser de rappeler et de dénoncer l’horreur, l’indicible, l’irreprésentable, voire l’impensable, de la Shoah, par nos lectures et nos billets. Chacun le fait à sa manière et s’attache à transmettre, pour que l’on n’oublie jamais : historiens, panthéonisés ou non, philosophes, biographes, poètes, … ou le contributeur lambda.
Nous lisons Être sans destin d’Imre Kerstész, en regard de Si c’est un homme de Primo Levi, de Maus d’Art Spiegelman, roman graphique des années 1980, ou de Yossel de Joe Kubert, autre roman graphique, de 2003, celui-là. Pour évoquer des genres différents, des auteurs parfois anciens, et n’en citer que quelques-uns. Tous vertigineux.
Le philosophe allemand Theodor Adorno soutenait, en 1949, je crois, qu’écrire un poème après Auschwitz est “barbare”, la culture ayant échoué à empêcher le génocide et étant désormais incapable de le dire. Le débat reste ouvert.
Mais d’aucuns ont tenté la prose : Duras, La Douleur, Antelme, L’Espèce humaine, Semprún, Quel beau dimanche !…
D’autres ont essayé le cinéma, documentaire ou fictionnel : Resnais, Lanzmann, Costa-Gavras, …
pour ne citer qu’eux.
Et le poète Paul Celan (1920-1970), Juif roumain de langue allemande, hanté par la mort de ses parents à Buchenwald, a tenté envers et contre tout la poésie. Todesfuge (1945), en français Fugue de mort, a connu plusieurs traductions. En voici quelques vers, traduits par Jean-Pierre Lefebvre (Éditions Gallimard, Poésie, 1998) :
“(…)
Lait noir de l’aube nous te buvons la nuit
nous te buvons le soir et le matin nous buvons et buvons
(…)
Margerete tes cheveux d’or
tes cheveux de cendre Sulamith”
Chacun pourra juger, en lisant la totalité du texte, la tentative de Paul Celan. S’il s’agit d’un tombeau poétique ou du tombeau de la poésie.
Il importe cependant aussi de rappeler et de dénoncer comment Netanyahou et ses sbires d’extrême droite se sont conduits et se conduisent envers les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie, en prenant pour prétexte l’acte monstrueux du Hamas et pour alibi la Shoah. Ces hommes provoquent ainsi le déshonneur du peuple d’Israël et suscitent la honte chez nombre de Juifs de tous pays.
Comme l’écrit Edgar Morin, Juif lui-même, disparu récemment, dans Y a-t-il des leçons de l’histoire ? (2025) : “Il ne suffit pas d’avoir été persécuté pour ne pas devenir persécuteur”.
Arrive le moment de citer aussi les poètes palestiniens d’aujourd’hui, par exemple Refaat Alareer, tué en décembre 2023, après un dernier poème : “S’il est écrit que je dois mourir, (…) Que ma mort devienne une histoire”, cri jeté contre la mort orchestrée par le régime actuellement au pouvoir en Israël.
Ou le témoignage bouleversant de la photojournaliste Fatma Hassona, Palestinienne vivant, et mourant, à Gaza, à 24 ans, dans le documentaire de Sepideh Farsi, franco-iranienne, Put your soul on your hand and walk (2025).
Tenter de dire l’ineffable est le rôle du poète. C’est un défi terrible. Il y parvient parfois. Voici ce qu’en écrit le modeste Philippe Jaccottet, dans La Semaison, p. 39 de l’édition Gallimard NRF (La Blanche) :
“Toute l’activité poétique se voue à concilier, ou du moins à rapprocher, la limite et l’illimité, le clair et l’obscur, le souffle et la forme. C’est pourquoi le poème nous ramène à notre centre, à notre souci central, à une question métaphysique. Le souffle pousse, monte, s’épanouit, disparaît ; il nous anime et nous échappe ; nous essayons de le saisir sans l’étouffer. Nous inventons à cet effet un langage où se combinent la rigueur et le vague, où la mesure n’empêche pas le mouvement de se poursuivre, mais le montre, donc ne le laisse pas entièrement se perdre.”
Or tout peut être objet de poésie. Même l’horreur.
Il me semble que tant qu’il y aura des gens pour tenter de dire l’indicible et de le transmettre, tout ne sera peut-être pas perdu.
Ce texte, au style moins fleuri que les deux précédents, espère être une minuscule contribution à la mémoire des peuples martyrs, en tout lieu, en tout temps. Il n’en manque pas.
Il s’expose, et m’expose.
Quel que soit mon faible pour les fleurs sauvages, je ne m’intéresse pas qu’aux coquelicots et aux bleuets.
/image%2F1169248%2F20260623%2Fob_5a49af_20260624gds-maelle-echos-echos-echos.jpg)