Je n’ai rien à dire… mais je le dis quand même
Christina Schwab
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En croisant Olenka ce matin, nous échangeons quelques mots sur ces « personnages » qui sont en train de conclure des marchés juteux, juste en face, là, de l’autre côté du lac (Évian). Deux mois qu’on nous bassine avec ça et à voir les précautions qu’ils prennent pour se protéger, au détriment du quotidien de toute une population, interne et frontalière, nul doute qu’ils ne doivent pas avoir la conscience bien tranquille. Je mime une bombe qui tomberait sur le lot et qui nous en débarrasserait d’un coup… Hélas, me dit notre amie, comme partout, ils seraient immédiatement remplacés par d’autres, plus jeunes sans doute, moins séniles peut-être… avant qu’ils ne soient eux-mêmes remplacés par une IA générative d’autant plus dangereuse qu’elle serait hors de contrôle. Exit mes rêves d’un monde meilleur.
On a tellement glosé sur la marche du monde que je ne vois pas trop ce que je pourrais en dire de neuf. Parler de la politique de mon pays ? Moi qui suis tellement écœurée que je ne vote plus depuis bien longtemps… tant je sais que sous cette démocratie fantoche se cache une hypocrisie à sa hauteur et que de toute façon, un jour ou l’autre, ce qui a été décidé par les vrais décideurs : banques, assurance, industries, multinationales… nous sera imposé, votes contraires du peuple ou pas. Exit la politique de mes préoccupations.
J’ai passé mon week-end entre espoir, désespoir et crises d’angoisse. J’aurais tellement voulu partager, en ligne, ces trésors de films – plusieurs milliers − que j’ai accumulés au cours de ces 23 dernières années. De Tarkovski à Zvieguintsev en passant par Kaurismaki et Guédiguian (entre autres). Et Dieu m’est témoin que j’ai essayé ! J’ai lu et relu la marche à suivre du site et les consignes. J’ai remué ciel et terre… et demandé de l’aide partout. Dix fois j’ai raté mon coup, à la onzième, j’ai réussi et crié Victoire ! J’ai voulu faire la même chose avec le film suivant, pendant que tout était encore bien ancré dans ma mémoire… et voilà que NIET. Refus de la bête. La mécanique s’est enrayée. Tout ce qui avait fini par fonctionner la première fois me lâche lamentablement la deuxième, à actions égales et équivalentes. Le diable s’est caché dans mon Linux. Alors… à bout de nerfs et d’arguments, cette fois, j’ai bâché. Contrairement à d’autres occurrences similaires, à peine quelques années plus tôt, je n’ai pas insisté avec ténacité, pugnacité, voire opiniâtreté. J’ai enfin privilégié les limites de mon âge, pire de mes compétences, au détriment de la mise en avant de mon expérience et décidé, en mon âme et conscience que, laissant la suprématie informatique à mes petits camarades, tous plus jeunes que moi, du moins, je l’espère, j’allais désormais savourer, en bonne égoïste, de saines lectures sur mon balcon. Après tout, autres temps, autres mœurs, les petits vieux d’autrefois étaient heureux au soleil, eux, sur le banc devant la maison et ils étaient souvent plus jeunes que moi aujourd’hui. Et tant pis pour le partage raté. Je continuerai à envoyer des films à mes amis, en privé, sur demande (adresse mail disponible chez Pierre - ABE*). Exit l’altruisme généralisé de mes ambitions.
Et maintenant, que vais-je faire ♫♬♪♩de mes vieux jours ? Je vous lis, tous, sur ce blog et j’admire tous ces engagements que vous prenez. Tout ce travail que vous abattez. Que ce soit pour l’APA ou ailleurs. Toujours au taquet pour une cause ou une autre. Un scandale ou un autre. Contre une injustice ou une autre. Je n’ai jamais été militante. Non, je ne peux pas dire ça. Disons que je n’ai jamais milité dans un groupe, c’est vrai, mais j’ai « aidé » tout ce que j’ai pu partout où je le pouvais. À mon niveau. Anonymement. Aussi, vous ne cessez d’écrire et d’y prendre plaisir. Et je l’ai fait aussi, sur 2000 pages. Le bilan de ma vie bien remplie. Avec l’impression d’avoir tout dit. Je n’ai plus le feu sacré. Il faut laisser la place aux autres. Ils le font tellement mieux que moi. Exit l’écriture de mes aspirations.
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Mais je n’ai quand même pas tout lâché. J’ai mis à jour notre photothèque. Résumé sur deux classeurs la généalogie de nos deux familles depuis les années 1920 (tout en gardant, à la demande de mon époux, les autres photos dans des boîtes à chaussures). Depuis nos arrières, arrière-grands-parents. Bien m’en a pris d’avoir mené ce travail titanesque à bout après des années de prochristination, parce que notre fille, pas plus tard qu’avant-hier, a demandé à mon cher et tendre de lui fournir quelques photos de moi par décennie de vie, dans le but, sans doute, d’en faire un album pour mes 70 ans, qui me rattraperont dans quelques mois. Comme le dit Jean-Paul, il va falloir la jouer fine parce que, chez nous, c’est moi qui gère l’archivage familial. Mais je sais garder un secret et même – on me donne le bon Dieu sans confession – très bien mentir en regardant l’autre droit dans les yeux (comme les politiciens en fait). L’avantage, malgré le fait que c’est moi qui écope du boulot, rechercher, scanner, envoyer depuis son adresse à lui, c’est que je vais au moins pouvoir choisir les photos que je veux. De deux maux, il faut choisir le moindre, ainsi, mon bonheur ne sera pas entièrement feint le jour J !
*ABE = à bon entendeur.