La tristesse de Marjane Satrapi
Anne Poiré Guallino
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J’ai écrit plusieurs fois ici sur des autrices franco-iraniennes, ces derniers mois, et voilà que j’apprends à l’instant la mort de Marjane Satrapi. Cette grande artiste, courageuse, née en 1969, a osé raconter de façon à la fois réaliste et poétique, parfois même en utilisant l’humour, paradoxalement, son histoire personnelle, associée à la révolution, la chute du régime du Chah, l’instauration de la République islamique, et l’exil, débuté en 1984, avec un séjour compliqué en Autriche. Puis l’existence l’a conduite, après un bref retour en Iran, en France, dix ans plus tard.
Elle a su exprimer ce qu’elle a pu ressentir – face à la répression, et sans oublier la nostalgie pour son pays – avec une justesse remarquable. Je ne suis pas amateur de bandes dessinées en règle générale, mais j’ai vraiment aimé son roman graphique, publié entre 2000 et 2003. C’était jubilatoire, créatif, osé. Je me suis régalée, vraiment. Une œuvre résolument autobiographique : « Persepolis ». Avec Vincent Paronnaud, elle l’a adaptée peu après en un long métrage, lui aussi réussi, émouvant. Avec une puissance très forte, elle témoigne des douloureuses détentions, exécutions, notamment de proches. Elle raconte comment elle-même, insolente fillette, a perdu brusquement sa liberté. Le traumatisme, qu’elle a pu ressentir face aux restrictions, aux privations, transformations subies, imposées.
Le prix du jury du Festival de Cannes, en 2007, la reconnaissance par des Césars ne sont pas usurpés, ni le succès qui a été le sien à l’international, en étant nommée, par exemple pour l’Oscar du meilleur film d’animation.
Il est dit dans la presse que Marjane Satrapi est « morte de tristesse », à l’âge de 56 ans. J’ignorais tout de son existence récente. Les journaux évoquent le décès, il y a un an, de l’homme avec lequel elle a partagé un amour visiblement intense depuis des décennies. Après ce choc, ce veuvage, je crains que l’actualité ne l’ait pas aidé, non plus, à remonter la pente. Son « cœur brisé », c’est certainement hélas aussi dans les nouvelles, comme on dit, que l’on doit pouvoir en chercher la source. Car où trouver de l’espérance, face à ce regret quotidien que de « jeunes Iraniens épris de liberté, des dissidents, des artistes, se voient refuser des visas » ? Soient arrêtés. Torturés. Meurent, jour après jour. Je n’ose dire dans l’indifférence, mais presque.
Elle ne peignait que des femmes, dit-on.
Elle espérait que ces dernières, un jour, puissent vivre autrement.
L’émancipation de son peuple, et de celles, si courageuses, empêchées de porter ce qu’elles veulent, de vivre, cette délivrance comptait, pour elle.
Je le leur souhaite, tellement.
Dans sa chair, par expérience, elle savait mieux que moi ce que signifie cet audacieux mouvement, qui ne doit pas en rester à un slogan : Femme Vie Liberté.
En mon cœur, elle restera à jamais ce visage, cette figure engagée. Dévoilée.
Internet
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Wikipédia | Marjane Satrapi
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Allociné | Persépolis