Chroniq’hebdo | De la poésie, de la tristesse, de la justice
Pierre Kobel
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Semaine très occupée par la poésie. Comme d’habitude, me direz-vous ! De mercredi à dimanche se tenait le traditionnel Marché de la Poésie, place Saint-Sulpice à Paris. J’y suis allé chaque jour, tellement c’est l’occasion de retrouver des amis, de découvrir des textes d’auteurs connus ou non, de tenir une petite chronique dans mon blog de poésie La Pierre et le Sel. Cette manifestation, j’y viens depuis plus de vingt ans, alors que je sortais de la confidentialité pour participer à des communautés associatives qui partageaient ma passion. Elle est le reflet de ce qu’est la poésie en France qui va des grandes maisons d’édition installées, aux enjeux commerciaux, aux catalogues parfois plus patrimoniaux que curieux jusqu’aux structures les plus microscopiques qui tiennent à l’énergie et à l’engagement d’une poignée de passionnés soumis aux plus grandes difficultés économiques, aux aléas d’un marché qui plombe le prix du papier, des frais d’envoi. Et tous sont soumis au mépris des institutions pour la poésie, à l’impéritie des médias qui ne la diffusent que distraitement et très rarement. On parle en ce moment des difficultés grandissantes des librairies indépendantes, de la lecture en baisse. Que puis-je faire de plus pour dire la force de l’écriture de Françoise Ascal, Bernard Manciet, Isabelle Lévesque, Carl Norac, Thierry Metz, combien d’autres et des plus jeunes qui délivrent une parole propre à nous aider à vivre ?
Aider à vivre, combattre, c’est ce qu’a fait très longtemps Marjane Satrapi avant de nous quitter. Notre amie Anne lui a rendu un bel hommage dans ces pages. Et comme d’autres, je suis surpris d’apprendre qu’elle est morte de tristesse. Cela nous ramène à une profonde et grave humanité quand notre société ne cesse de mettre en avant les cellules de soutien médicales et psys en tous genres dès qu’un drame se produit quelque part. Dans l’intimité, il n’y a que la solitude et le puits sans fond de la douleur.
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Je m’étais promis de ne pas aborder cette semaine le problème des violences sexuelles comme je l’ai fait plusieurs fois de suite. Mais je suis rattrapé par l’actualité et la mort de cette jeune Lyhanna qui déclenche les foudres de l’opinion publique contre l’institution judiciaire et fait ouvrir le parapluie à tous les politiques qui craignent pour leur carrière à onze mois des Présidentielles. Qu’on les rassure ! Dans quelques semaines, tout cela sera oublié, balayé par une autre actu et les parents de la gamine n’auront que leurs larmes pour pleurer. Quant à l’affaire elle-même, elle deviendra un titre supplémentaire d’une de ces séries d’affaires judiciaires que diffusent à l’envi certaines chaînes télévisuelles. Comme si elles étaient emblématiques de quoi que ce soit ! Que cherche-t-on ainsi ? À servir la soupe d’une émotion facile, sorte de jeux du cirque d’une autre manière ? Ou à vouloir crédibiliser le travail des policiers et de la justice quand la réalité nous montre cruellement leurs dysfonctionnements et leurs manques de moyens ?
L’affaire Lyhanna ramène les spécialistes derrière les micros et sur les plateaux. Je ne doute pas de la sincérité de beaucoup de juges et autres procureurs, mais, à les entendre, là encore, je déplore la défense d’un pré carré au nom de principes immuables quand une vraie remise en cause devient nécessaire. Ne pas la faire, c’est prendre le risque de perdre totalement la confiance de l’opinion et d’encourager les fous qui prônent une justice populaire sans discernement. Quand la justice se débarrassera-t-elle de ses simagrées théâtrales pour se reconstruire à hauteur d’humanité ? Quand les juges auront-ils le courage de ne pas se croire au-dessus de la commune engeance, protégé par les textes, pour se pencher humblement sur les souffrances d’autrui ? On peut rêver…
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Plus que jamais cette semaine, je ne saurais terminer cette chronique sans quelques lignes de poésie, et je cite ce poème de cette femme de qualité qu’est Sapho, chanteuse… et poète !
Sur la tombe de nos paroles
Je vais faire un tour sur la tombe de mes paroles certaines
Je ne sais que poser des questions
Les réponses crissent toujours d’incertitude
On écrase la vie et l’amour à chaque seconde et partout
Nous sommes là à l’abri
Parler sans que sorte un son
Parler sans que ça parle
Les bombes ne parlent pas
Elles tuent des enfants des parents
De chaque côté des frontières
Récit contre récit
La faute originelle ?
Et que faire devant la machine à broyer ?
On vous renvoie des Arguments
Ces arguments tuent de quelque côté que l’on se trouve
La haine monte
La honte mène
In Traverser la nuit – © Bruno Doucey, 2026
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« Mais pourquoi je vous raconte tout ça ? » (ELC)