Souvenirs troués… et de la nécessité de tenir journal…
Bernard M.
Alors que nous nous préparons à partir en Finlande durant la première quinzaine d’aout, me voici soudain confronté à une question qui me taraude, sans que je parvienne à lui donner réponse : mais bon sang, suis-je déjà allé en Finlande ?
Ça parait incroyable de ne pas se souvenir ou du moins de ne pas être sûr…
C’était en 1969 et/ou à l’aube des années 1970… Ai-je effectué un ou deux voyages ?
C’est que se mêlent en moi diverses images de voyage que je ne parviens pas à coordonner…
Je me revois, par exemple, dormir à la belle étoile sur le port de Lübeck avec mon copain Jean-François P. L’auberge de jeunesse était fermée ou il n’y avait plus de place. Compte tenu de la modestie extrême de nos budgets, pas question d’aller à l’hôtel. Donc, nous avions dormi dans nos duvets à même le quai, non sans ressentir une certaine angoisse. Nous avions attaché nos duvets ensemble nous disant qu’ainsi nous serions tous deux réveillés si un quelconque malfrat tentait de nous dévaliser. C’est l’image de cette peur qui est restée alors que tout le reste s’est effacé. Presque. Autre image infiniment plus plaisante. À Copenhague, nous croisons une très belle femme, cela dure quoi, trente secondes le temps de nous croiser, mais l’image est toujours là en moi, une femme portant pour tout vêtement, une robe au très large maillage, laissant deviner la pointe des seins et le triangle du pubis, une vision qui, vous l’imaginez bien, a fait saliver les ados que nous étions encore… J’ai l’image. Mais est-elle complètement fidèle ? C’est la grande question avec les souvenirs : exacte image du vécu ? Image tronquée ou magnifiée ? Ou même faux souvenir ? Et donc après Copenhague, qu’avons-nous fait ? Voyage en Suède ? Voyage en Finlande ? Tout cela en stop ? Aucun souvenir. À moins que nous ayons effectué un retour en France plus rapide que prévu ? En écrivant, cela semble sortir des limbes. Oui je me demande si ce n’est pas ça, un voyage interrompu, ce qui expliquerait l’absence totale de souvenirs de la suite, voyage interrompu peut-être, mais sans que m’en revienne la raison si tel a été le cas…
Autres images. Un autre voyage dans les mêmes années ? Cette fois mon covoyageur est un grand type, certainement plus âgé que moi, un Américain ou un Canadien. Nous nous étions rencontrés à l’auberge de jeunesse de Stockholm et avions décidé de cheminer ensemble vers le nord. Image prégnante de ce bref séjour à l’auberge : nous devisions avec un groupe de voyageurs. Parmi eux, un grand noir américain qui avait amené dans le dortoir une belle jeune Suédoise. Il la pelotait goulûment et la fille se laissait faire en manifestant des signes de plaisir. L’homme l’a fait s’allonger sur un des lits et a relevé sa robe, il s’est mis à caresser ses jambes nues, remontant en haut de ses cuisses aux limites de sa culotte. Ses doigts allaient et venaient jusqu’au bord de son sexe. Vous imaginez la fascination des quelques autres garçons qui étions autour, plus jeunes pour la plupart et moins expérimentés, devant ce spectacle. La fille a soudain rabattu sa robe et s’est redressée. Elle a dit qu’elle devait partir maintenant. Elle a proposé qu’on se retrouve en ville dans l’après-midi en disant à notre intention qu’elle viendrait avec des copines à elle. Mais ni elle ni ses copines ne sont venues au rendez-vous et nous sommes restés avec notre frustration…
Avec mon comparse nous avons donc rejoint la ville minière de Kiruna, en stop, je suppose. De là nous avons fait l’ascension du point culminant de la Suède, le Kebnekaise. Notre équipement était loin d’être adapté. Ses tennis et mes pataugas, c’était un peu juste dans la neige, comme étaient un peu légers nos K-way dans le vent et les bourrasques neigeuses qui nous ont accueillis au sommet ! À la redescente arrêt dans une ferme où nous avons été accueillis comme des rois, un bon repas reconstituant, une bonne nuit et un solide petit-déjeuner et une dame qui n’a jamais voulu que nous lui laissions la moindre contribution. Puis nous sommes passés en Norvège et avons gagné les îles Lofoten. Souvenirs merveilleux de l’auberge de jeunesse au bord du fjord, le sauna et les plongeons dans l’eau fraîche, la pêche miraculeuse depuis le ponton devant l’auberge, il s’agissait juste de se poser là avec une canne à pêche des plus rudimentaires et de lever vivement celle-ci dès que ça mordait, c’est-à-dire sans arrêt ! Puis retour en bateau ou en train jusqu’à Oslo, où nous nous sommes séparés. Et aucun souvenir de mon retour jusqu’à Paris… Et en tout cas, à coup sûr, aucune traversée de la Finlande dans ce second voyage. Donc, peut-être finalement y suis-je allé au cours du premier avec mon copain JFP… Ou pas ?
Bref j’ai quelques images de ces voyages, mais que de trous… Aucune vision générale pour recoller ces images ensemble. À l’époque je ne prenais pas de photos. Et je ne tenais pas de journal. Tant pis pour le vieux monsieur qui aujourd’hui, serait heureux de reconstituer l’ensemble du périple, mais quel dommage ! De la nécessité de tenir journal !
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