Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Grains de sel
Grains de sel
Grains de sel

Blog créé par l'Association pour l'autobiographie (APA) pour accueillir les contributions au jour le jour de vos vécus, de vos expériences et de vos découvertes culturelles.
Voir le profil de apagds sur le portail Canalblog

Newsletter
Commentaires récents
7 juillet 2026

Chroniq’hebdo | De l’humain

Pierre Kobel


 

Les spécialistes l’avaient annoncé, les effets de la canicule seront plus ressentis après l’événement. On le mesure au nombre important de décès. Et quand j’ai résisté au moment le plus fort, je sens aujourd’hui ses conséquences sur mon corps. Ce n’est pas tant la fatigue physique qui me gêne que ce qu’elle entraîne dans mon esprit. Les lourdeurs du corps ont pour corollaires une baisse de dynamisme intellectuel. J’essaie de maintenir mon niveau d’activités, de poursuivre mes chantiers, je lis toujours plusieurs livres à la fois, j’écris un peu chaque jour, mais je manque de ressort.

Et puis il y a vos envois ! À recevoir ces textes qui disent tant le souci du monde, de l’autre, qui célèbrent la vie et la nature, je me relance et je me redresse. Qu’est-ce que mes fatigues ont d’important au regard de cela ? J’écris après avoir mis en ligne le dernier article de l’amie Anne. Ses propos, les commentaires qu’ils suscitent, je les partage. Sans vouloir m’appesantir et revenir forcément à ce que j’écrivais la semaine dernière, j’y trouve des échos fraternels. Dans ma jeunesse lointaine, j’étais d’une famille croyante, catholique et pratiquante et, à ce titre, je fréquentais l’aumônerie du lycée – public ! – de banlieue qui était le mien. J’ai fait, dans ce cadre, partie de groupes de rencontres œcuméniques. Nous nous rencontrions avec des camarades juifs, musulmans, pour échanger à propos de nos pratiques et de nos croyances et cela nous paraissait normal, allant de soi, tenant à la foi qui était la nôtre. Jamais une moquerie, jamais une dispute ! Plus tard, je suis allé à quelques reprises sur le site de Taizé, en Haute-Loire, où une communauté de moines protestants, catholiques et orthodoxes rassemblait, et je crois que c’est toujours le cas, des milliers de jeunes qui venaient chercher là une communion des esprits pleine d’espoir. C’est là que j’ai compris à la fois, ce qu’était la force de la foi individuelle pour celle ou celui qui en a besoin et les aveuglements dangereux où elle peut conduire. Plus tard encore, à l’âge de 19 ans, j’ai réalisé qu’on pouvait croire en l’homme sans avoir besoin de croire en quelque dieu que ce soit. Athé, j’étais devenu et je le suis resté depuis sans aucun regret. Et pour ce qui est de croire en l’homme, mon pessimisme ne s’est jamais démarqué d’une contrepartie optimiste qui tient à mon intime conviction pour une utopie dont la meilleure expression est pour moi la poésie. Tant que je croirai à cela, je garderai un espoir, malgré tous les travers du monde.

Je suis comme Anne et Patrick et les contributeurs de ces pages, j’appartiens à la communauté des humains et les objurgations politiques, idéologiques, religieuses, guerrières, masculinistes, féministes parfois, les procès d’idées, d’intentions, d’Histoire n’y changeront rien. Eh non, nous ne sommes pas de doux rêveurs, des soixante-huitards attardés, des imbéciles heureux ! Nous ne sommes que de simples personnes qui acceptent que le monde soit complexe, qui savons que la violence ne résout rien, qui avançons à tâtons et croyons au pouvoir des mots.

 

Délibérations du vivant

 

© P.Kobel | Monumenta Anselm Kiefer, 2007

Ah mes amis !
À quel jeu de la vie
Rendrons-nous les jours à venir ?
Quelle plaie nous gagnera
Qui dit la souffrance et l’inconnu ?
Quels discours tiendrons-nous
Qui revient à lui-même ?

Tu dors à côté de moi
Tu respires, tu vis
Je suis dans l’ombre de la nuit
Et des plaines guerrières
Un long cri silencieux me
Traverse et me tient à la gorge

Quelque part un enfant pleure
Ailleurs un vieillard se souvient
Un tyran a peur de la liberté
La foule ne pense pas
À la télé les
Discours sont en boucle

Délibérations du vivant
Dans ce temps glacé

 

****

« Mais pourquoi je vous raconte tout ça ? » (ELC)


 

Commentaires
C
Merci !
Répondre
A
Merci.
Répondre
K
Effectivement, Pierre, moi aussi je crois au pouvoir des mots. Je les utilise comme thérapie, pour moi perso, mais aussi pour les lecteurs en espérant qu'ils les feront réfléchir, pourquoi pas, vers un monde plus humain que celui, dans lequel nous vivons actuellement, fait de respect des uns envers les autres, sans vouloir à toute force détruire ce qui n'est pas ou ne pense pas comme nous. Je n'ai pas la poésie comme ressource ... devrais-je m'y mettre ?
Répondre
M
Pourquoi pas, qu’est-ce que tu risques à essayer ?
C
Je viens juste de finir de visionner les dernières images du César de Pagnol (1936). J'en pleure encore... Fanny qui s'éloigne au bras de Marius et ce couple qui accepte enfin d'être heureux (peut-être). A regarder ces images et à voir le monde dans lequel nous évoluons presque un siècle plus tard, je constate les ravages du temps, des moeurs, de la société, mais, après t'avoir lu, Pierre, je me dis que cette résilience que ces deux ont vécue, elle est en chacun de nous et que chaque jour la beauté refleurit pour qui sait la voir. Merci frères et sœurs humains.
Répondre
W
très juste Christina
Mode d'emploi

Adresser votre texte (saisi en word, sans mise en page, en PJ à votre mail) à l'adresse :

apagds@proton.me

- Envoyez si possible une image (séparément du texte). Cliquez sur les images pour les ouvrir en grand
- Précisez sous quel nom d'auteur il doit être publié
- Merci de ne pas adresser de textes trop longs afin de laisser son dynamisme à la lecture. Des billets de 2000 à 4000 signes environ sont les plus adaptés à la lecture dans un blog.
L
es administrateurs du blog se réservent le droit de publier un texte trop long de façon fractionnée.


 

Archives