Chroniq’hebdo | De l’humain
Pierre Kobel
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Les spécialistes l’avaient annoncé, les effets de la canicule seront plus ressentis après l’événement. On le mesure au nombre important de décès. Et quand j’ai résisté au moment le plus fort, je sens aujourd’hui ses conséquences sur mon corps. Ce n’est pas tant la fatigue physique qui me gêne que ce qu’elle entraîne dans mon esprit. Les lourdeurs du corps ont pour corollaires une baisse de dynamisme intellectuel. J’essaie de maintenir mon niveau d’activités, de poursuivre mes chantiers, je lis toujours plusieurs livres à la fois, j’écris un peu chaque jour, mais je manque de ressort.
Et puis il y a vos envois ! À recevoir ces textes qui disent tant le souci du monde, de l’autre, qui célèbrent la vie et la nature, je me relance et je me redresse. Qu’est-ce que mes fatigues ont d’important au regard de cela ? J’écris après avoir mis en ligne le dernier article de l’amie Anne. Ses propos, les commentaires qu’ils suscitent, je les partage. Sans vouloir m’appesantir et revenir forcément à ce que j’écrivais la semaine dernière, j’y trouve des échos fraternels. Dans ma jeunesse lointaine, j’étais d’une famille croyante, catholique et pratiquante et, à ce titre, je fréquentais l’aumônerie du lycée – public ! – de banlieue qui était le mien. J’ai fait, dans ce cadre, partie de groupes de rencontres œcuméniques. Nous nous rencontrions avec des camarades juifs, musulmans, pour échanger à propos de nos pratiques et de nos croyances et cela nous paraissait normal, allant de soi, tenant à la foi qui était la nôtre. Jamais une moquerie, jamais une dispute ! Plus tard, je suis allé à quelques reprises sur le site de Taizé, en Haute-Loire, où une communauté de moines protestants, catholiques et orthodoxes rassemblait, et je crois que c’est toujours le cas, des milliers de jeunes qui venaient chercher là une communion des esprits pleine d’espoir. C’est là que j’ai compris à la fois, ce qu’était la force de la foi individuelle pour celle ou celui qui en a besoin et les aveuglements dangereux où elle peut conduire. Plus tard encore, à l’âge de 19 ans, j’ai réalisé qu’on pouvait croire en l’homme sans avoir besoin de croire en quelque dieu que ce soit. Athé, j’étais devenu et je le suis resté depuis sans aucun regret. Et pour ce qui est de croire en l’homme, mon pessimisme ne s’est jamais démarqué d’une contrepartie optimiste qui tient à mon intime conviction pour une utopie dont la meilleure expression est pour moi la poésie. Tant que je croirai à cela, je garderai un espoir, malgré tous les travers du monde.
Je suis comme Anne et Patrick et les contributeurs de ces pages, j’appartiens à la communauté des humains et les objurgations politiques, idéologiques, religieuses, guerrières, masculinistes, féministes parfois, les procès d’idées, d’intentions, d’Histoire n’y changeront rien. Eh non, nous ne sommes pas de doux rêveurs, des soixante-huitards attardés, des imbéciles heureux ! Nous ne sommes que de simples personnes qui acceptent que le monde soit complexe, qui savons que la violence ne résout rien, qui avançons à tâtons et croyons au pouvoir des mots.
Délibérations du vivant
Ah mes amis !
À quel jeu de la vie
Rendrons-nous les jours à venir ?
Quelle plaie nous gagnera
Qui dit la souffrance et l’inconnu ?
Quels discours tiendrons-nous
Qui revient à lui-même ?
Tu dors à côté de moi
Tu respires, tu vis
Je suis dans l’ombre de la nuit
Et des plaines guerrières
Un long cri silencieux me
Traverse et me tient à la gorge
Quelque part un enfant pleure
Ailleurs un vieillard se souvient
Un tyran a peur de la liberté
La foule ne pense pas
À la télé les
Discours sont en boucle
Délibérations du vivant
Dans ce temps glacé
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« Mais pourquoi je vous raconte tout ça ? » (ELC)