Chroniq’hebdo | Du politique, de la canicule, de la « Caverne » de JR
Pierre Kobel
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Par quel bout commencer ? Qu’écrire et pourquoi ? Je ne sais plus qui à propos des écrits autobiographiques parlait de vomi. Le mot est très fort et méprisant et me rappelle la phrase de ma grand-mère à propos de la nourriture : « T’as le droit de ne pas aimer, tu n’es pas obligé d’en dégoûter les autres ! » Ce rejet d’une pratique qui ne fait de mal à personne que je sache, ce mot brutal, c’est de la condescendance de la part de quelqu’un qui ferait bien de se regarder dans un miroir. Bon, passons, inutile de s’attarder aux éructions d’un crétin, la meilleure réponse est dans les articles de Grains de sel que les uns et les autres envoient presque chaque jour et qui font tout le sel d’échanges et de réflexions heureuses.
Une de nos amies me demandait si elle n’était pas trop « politique » pour le blog. Je lui ai répondu par la phrase connue qui dit que si on ne s’intéresse pas à la politique, elle s’intéressera à nous. Et ce n’est pas parce que nombre d’entre nous n’affichent pas leur bulletin de vote et leurs engagements personnels ici que la politique en est absente. Je suis sûr qu’il y a parmi nous des personnes dont les convictions sont différentes, reposent sur des morales et des croyances diverses, qui ont des parcours traversés de cultures personnelles, familiales, d’expériences peut-être opposées. Je ne suis pas toujours le dernier à exprimer ce qui me met en colère ou me scandalise. Alors, certes, nous ne sommes pas une tribune partisane, pas plus que l’APA est une officine idéologique, mais cela doit-il nous empêcher d’exprimer nos élans, nos enthousiasmes, nos contradictions, voire nos erreurs, enfin, je veux dire toute la complexité des idées, des opinions qui sont bien préférables que les craintes et autres frilosités au nom du respect d’autrui qui conduisent au silence et à la soumission ?
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La canicule est-elle politique ? Quand on mesure les commentaires, les débats, les polémiques qu’elle provoque, on ne peut que le penser. Ce qu’il y a de naturel dans ses manifestations n’y peut rien, ce qu’il y a d’humain dans leur anticipation et leur gestion contribue à faire grandir la méfiance à l’encontre de nos élus qui semblent n’avoir pour gouverne que la courte vue des prochaines échéances électorales.
Je pense à ce poème écrit il y a une dizaine d’années lors d’un séjour dans le Queyras :
Vallée des pierres
Ciel pérenne de l’été
L’homme s’y accorde
Que sait l’arbre de l’homme
Que sait l’homme de l’oiseau
Que sait l’oiseau de sa liberté
Nous marchons dans l’espace
Constellation fugace
Gravitation fragile
Nous dressons des murs au temps
Aveugles au présent du monde
Quand l’univers est à nos pieds
Il nous faudra revenir aux pierres lentes
Aux saisons compatissantes
À la mesure infinie de nos pas
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Malgré la chaleur, je suis allé à deux reprises au Pont-Neuf. C’est là que l’artiste photographe JR a installé durant deux semaines sa « Caverne » de tissu imprimé, structure gonflable qui transforme le vieux pont en un nouveau monument. C’est déjà là que Christo avait, en 1985, procédé à un de ses fameux emballages. L’installation de JR se veut un clin d’œil à la première.
La chose est unique et originale. À la première approche, j’avais été plus impressionné par l’extérieur que l’intérieur. La structure surprend par sa hauteur, ses décrochages tendus vers le ciel, par l’enveloppement de la pierre. La deuxième fois, tôt le matin dans un Paris qui ne faisait que s’éveiller, j’ai mieux perçu ce qu’il y avait d’organique à l’intérieur, même s’il est moins spectaculaire. J’aime ce genre de manifestation artistique, le décalage avec le réel, l’environnement, l’éphémère de la chose.
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« Mais pourquoi je vous raconte tout ça ? » (ELC)