Jours tranquilles à Sainte-Marine
Bernard M.
Notre séjour breton se poursuit sous les meilleurs auspices. Le temps reste magnifique, quoiqu’un peu plus breton, enfin à peine. Les températures ont un peu régressé, exit le ciel trop blanc et trop immobile, un léger vent s’est levé, quelques nuages passent parfois dans le ciel. Pas une goutte de pluie cependant, au grand dam de mon neveu, qui est maraicher à une trentaine de kilomètres d’ici, en bordure de baie d’Audierne, et dont la production souffre de cette sécheresse après avoir souffert d’un excès d’eau au printemps.
Pour l’instant nous n’avons guère bougé, à part justement une visite et un sympathique dîner chez mon neveu. Nous restons sur place, petites courses à la supérette du coin et au marché du mercredi, rituel des marches et baignades sur la plage, deux fois chaque jour, une fois en fin de matinée, une fois en soirée, mes deux cents brasse coulées réglementaires à chaque fois, plus quelques longueurs de dos et de crawl, le reste de la journée, siestes, lectures, écritures…
Hier, tout de même, nous avons pris le temps de sortir de la cave nos vélos, de les retaper sommairement (nettoyage, regonflage, graissage). Ce sont de très vieux coucous, fort inconfortables, mais qui peuvent convenir pour les quelques kilomètres que nous leur demandons dans notre usage ultra local la boulangerie, la supérette, la voie piétonne et cycliste en arrière de la plage qui mène jusqu’à Ile Tudy ou le cheminement pour rejoindre le bourg de Combrit en suivant l’Odet. Nous avons fait le parcours jusqu’à la pointe d’Ile Tudy, une douzaine de kilomètres aller et retour et parfaitement plat. N’empêche, nous avons trouvé cela bien fatigant, d’autant qu’au retour, une malencontreuse crevaison nous a contraints à effectuer le dernier kilomètre en poussant mon vélo, le plus lourd (celui qu’on appelle « le tracteur »). Et ce matin je me suis réveillé recru de courbatures ! Effet de la vieillerie ? Fatigue accumulée à cause de la canicule ? Peut-être une conjonction des deux…
Dans cet écoulement tranquille des jours s’est glissé cependant un moment un peu particulier. Nous avons assisté à la création en direct d’une œuvre du peintre Paul Bloas. La performance a été annoncée, des gens arrivent de partout devant le fort de la Pointe, une massive construction du Second Empire qui est désormais l’été un lieu d’exposition, quelques rangées de sièges ont été installées en face d’une grande toile blanche, d’autres personnes s’assoient dans l’herbe ou restent debout dans la petite bande d’ombre offerte par le mur du fort. L’artiste s’affaire à préparer ses couleurs, ses rouleaux, ses brosses et ses pinceaux, tandis que s’installe son comparse musicien, qui rythmera sur sa guitare électrique la progression de la performance, dite « ligne de front ». C’est parti. Apparaissent d’abord des formes purement abstraites d’où surgissent ensuite deux personnages massifs dont se précisent peu à peu les visages. Grimpé sur un escabeau, l’artiste les fignole, les dote de regards. Par moments, au contraire, il se recule, s’éloigne pour apprécier de plus loin l’impression d’ensemble. Il rajoute de grands coups de rouleaux, les personnages se transforment, l’œuvre recouvre l’œuvre. Se succèdent des moments paisibles, il caresse sa toile et d’autres moments au contraire pleins d’énergie où il semble la brutaliser et sur lesquels le complice musicien balance des riffs stridents. Au bout d’une heure et demie, il semble satisfait du résultat, il vient saluer devant la toile rejoint par son comparse, renforçant l’aspect quasi théâtral de la performance.
Le lendemain nous sommes allés visiter l’exposition du fort où sont présentées de nombreuses autres œuvres de l’artiste. La technique semble à peu près la même dans presque toutes ses toiles dans lesquelles on retrouve souvent le même type de personnages puissants. De nombreuses photographies montrent également certaines de ses performances tout autour du monde, car il est peintre voyageur et aime intervenir sur des lieux à la marge ou vivant des temps difficiles, laissant sa trace, avant qu’elle ne s’efface, sur des murs du monde loin de l’atmosphère aseptisée des musées.
Internet
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Wikipédia | Paul Bloas
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Site perso Paul Bloas