La nature à Paris
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Bernard M.
Ah que la nature est loin lorsqu’on est en plein Paris, comme moi ces jours-ci…
Et pourtant, pourtant, elle est là cependant dans la petite cour de mon immeuble.
Il faut dire que j’habite dans un quartier qui, à deux pas de la place d’Italie et de ses tours, garde un petit côté villageois, avec des ruelles, de petits immeubles et même des maisons individuelles avec des cours parfois arborées. Comme c’est le cas pour celle sur laquelle donne mon deux-pièces en rez-de-chaussée.
Les quelques arbustes et les trois grands arbres qui la dominent sont une bénédiction par cette canicule. On sent qu’ils apportent un peu de frais. Ils évitent que notre petite bâtisse reste trop longuement exposée au soleil direct. Malgré cela l’endroit où nous couchons qui est sur une mezzanine juste sous le toit de tuile affiche en fin d’après-midi un bon 29 degrés et cela monte de jour en jour. Nous faisons des courants d’air et aérons toute la nuit et avons heureusement un petit ventilateur.
Le matin nous sommes réveillés vers six heures par le jacassement des pies et le chant des merles. C’est agréable ce réveil, avec l’air frais venu du velux largement ouvert au-dessus de nos têtes, avec la lumière qui monte doucement. Dans la journée nous observons les abeilles qui viennent butiner dans l’abelia encore en fleurs, oui, ce sont bien des abeilles et pas des guêpes, je les ai observées de près. Il y a de-ci de-là de toutes petites araignées avec leurs toiles délicates, une ici, entre la commode et le mur, là, une autre qui pendouille au-dessus de mon bureau, et puis celle-ci encore, suspendue dans le forsythia de la terrasse…
Et puis, et ça, c’est un peu moins marrant, il y a les fourmis… Nous avons repéré les points d’entrées. Il y en a deux apparemment. L’un est un minuscule trou au sol à la lisière du carrelage de la terrasse et du crépi du mur. Le second est en hauteur, au niveau des tuiles les plus basses de la toiture. Elles se baladent partout et aboutissent en particulier dans notre panier de fruits que l’on a dû mettre au frigidaire. Certaines ont même abouti jusque dans notre lit sur la mezzanine, petits chatouillis sur notre corps lorsque l’une des promeneuses égarées nous passe sur le corps…
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On a cherché la fourmilière d’où elles pourraient provenir, mais sans rien trouver. Vraisemblablement ce doit être chez nos voisins immédiats, dans leur partie de cour privatisée. Mais ils sont absents ces jours-ci et on ne peut y aller voir. Nous avons mis du poison sur les lieux d’entrée, puis nous avons appliqué un de peu de Rubson sur les fissures, j’espère que cela va suffire. Me sont revenues des images des luttes sisyphéennes que nous menions quand j’étais gamin dans la villa de mes grands-parents sur la Costa Brava en Espagne. C’était plus costaud ! Il y en avait beaucoup plus, elles étaient plus grosses et il y avait également des fourmis rouges qui, elles, piquaient désagréablement. En tout cas c’est la première année que nous avons des fourmis ici. Leur prolifération serait-elle aussi un effet du réchauffement ?
J’ai quelque réticence cependant à procéder à cet holocauste fourmilier. Sans doute le faut-il. En même temps, leur présence, c’est la vie, c’est une manifestation de la nature. Elles ne nous font rien de vraiment grave, ces petites bestioles. Bien différentes à cet égard des moustiques que l’on n’a aucun scrupule à écrabouiller sans merci. Et puis il y a leur organisation, leur vie sociale. Je me souviens de ma fascination lors de ma lecture à l’adolescence du livre Gérard et les fourmis de Paul Reboux. Tiens, j’y remettrais bien le nez. À vérifier si je l’ai encore dans les profondeurs de ma bibliothèque. En tout cas ce ne sera pas un livre à dégager lors de mon hypothétique désherbage, celui-ci, au contraire, je le garderai précieusement et suis sûr qu’il pourra bientôt faire le bonheur de mes petits-enfants.