Mon 6 décembre 1988 (2)
Malcolm
« Vivre dans le cœur de ceux
que nous laissons derrière nous,
ce n’est pas mourir. »
(Jonathan Swift)
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Je demande à Richard s’il a déjà essayé de me joindre avant et il me répond que non, qu’il n’a pas pu le faire plus tôt. Je réalise alors que j’ai quitté cette soirée où je me trouvais, presque sans raison, et que je suis rentré de l’autre bout de la ville pour arriver pile à l’instant où il m’appelait enfin pour le faire, pile pour décrocher le téléphone qui sonnait, pour moi, derrière la porte ! Pur hasard ? Ou bien mystérieuse force attractive qui m’avait ramené à la maison ? Si ce n’est elle qui en était « l’instigatrice », Maman aurait sûrement adoré cette histoire !
La veille (ou le jour même ?) du coup de fil de Richard, j’avais joint Nicole au téléphone à Nantes, où Maman projetait de lui rendre visite dans les jours suivants.
La visite n’eut pas lieu…
À N’Djamena, après la très mauvaise nuit qui suivit l’appel de Richard, mon temps (et mon cerveau…) ont été totalement occupés par l’annonce à mon employeur, à mes collègues et amis, de mon retour précipité en France (tout le monde se montre bien sûr compréhensif) et par la recherche d’un vol et d’un billet d’avion pour Paris.
Je ne me souviens pas dans le détail des péripéties et du timing de ce voyage, mais j’ai dû quitter N’Djamena le jeudi 8 par un vol Ethiopian Airlines pour Dakar, où je me suis fait bien aimablement accueillir et héberger une nuit chez un autre collègue et ami vétérinaire (ça sert, la confraternité !), Giles G. et sa femme, Joëlle, et où j’ai pu attraper le vendredi matin une correspondance Air France pour Paris.
Mon vol Dakar – Paris fut proprement « redoutable »… La moitié de l’appareil semblait occupée par des « Club-Médistes » particulièrement excités au retour de leur bienfaisant séjour sous les tropiques, buvant et chantant à tue-tête dans la cabine ! Je garde le très pénible souvenir de tous ces « GM » et « GO » survoltés, hurlants en cœur le dernier tube de Mylène Farmer « Pourvu qu’elles soient douces » 1. Car moi, j’entends seulement « pourvu qu’elle soit douce », en pensant à… la fin de Maman.
Je m’enfonce dans mon siège et me mure dans mon chagrin. Je commande du vin et picole dans mon coin. La tristesse me submerge et je pleure une bonne partie du voyage…
James m’attend à Roissy.
Nous filons chez la tante Hélène, rue Lecourbe dans le XVe, là où Maman est partie, à l’heure du thé (ce moment qu’elle aimait tant), une tasse à la main – ai-je entendu dire – en présence de sa sœur et de son cousin François2.
Là où maintenant, je vais devoir assister à sa mise en bière…
Ma tante m’entraîne vers la pièce où Maman gît. Je l’entends encore me dire :
Regarde, tu vois comme ta Maman est belle ?...
[Plus tard, je tomberai par hasard – en feuilletant un livre – sur une horrible photo polaroïd de Maman sur son lit de mort, que cette timbrée avait osé prendre… et glisser discrètement dans le livre à notre intention ?]
Le jour des obsèques, le lundi 12, avant la fermeture du cercueil, je vois André, notre aîné, se baisser pour embrasser Maman sur le front. Moi, je n’ai pas ce « courage » d’un dernier contact, pour un adieu…
Ensuite, il y a ce « Boléro » de Ravel que Maman avait demandé pour « l’occasion » (peut-être n’avions-nous pas compris que c’était de l’humour ?!…). Il résonne toujours péniblement dans ma tête.
Au crématorium du Père-Lachaise, nous assistons à l’incinération de notre mère. Y compris à sa « mise au four », avec cette mise en scène en grand technicolor de l’entrée du cercueil dans les flammes (purificatrices ?)… Comment peut-on proposer à des êtres humains un tel spectacle ?! Comment y ai-je, psychologiquement, survécu ???
Nous nous sommes ensuite « partagés » les cendres de Maman pour les disperser dans certains des lieux qu’elle avait aimés.
André le fera en Écosse, tandis que James et moi ferons un rapide saut en Bretagne pour en répandre une poignée dans le jardin des « 4 Vents », avant d’aller déposer l’urne dans le caveau de la famille Nimier au cimetière Saint-Michel à Saint-Brieuc, où reposent également, entre autres, la mère, le père et le grand-père de Maman3.
Par-delà le décès de Maman au mois de décembre, 1988 restera une des pires années de ma vie, définitivement gravée dans mes souvenirs.
Car, six mois avant Maman, au mois de juin, c’était ma tante Jacqueline4 qui s’en était allée, sans que je puisse alors revenir du Rwanda pour assister à ses obsèques à Sommecaise ; tandis que, moins de deux semaines après celles de Maman, Nicole et moi devions encore nous rendre à Lyon aux obsèques de notre amie Cécile V., emportée par un méchant cancer du sein, dans la trentaine…
Nous avions connu Cécile en Haute-Volta et quand Maman était venue nous y rendre visite en 1983 (en utilisant Le Point-Mulhouse, une compagnie charter bon marché qui reliait Paris à Ouagadougou en deux temps, d’abord par autocar de Paris à Lyon, puis par un vol affrété de Lyon à Ouaga, et vice versa au retour !), j’avais demandé à Cécile, parce que j’avais trouvé Maman très fatiguée par son voyage aller (et peut-être aussi par la température difficile à supporter tout au long de son séjour à Ouaga !), si elle pouvait la recevoir chez elle à Lyon pour une nuit et lui faire prendre le lendemain un de ces fameux TGV qui commençaient alors à circuler entre Paris et Lyon. Quelle ne fut pas la surprise de Maman, accueillie très gentiment par Cécile à l’aéroport, de découvrir que notre amie habitait dans la rue des Remparts d’Ainay, à seulement quelques pas de son lieu de naissance ! Décidément, le hasard se montre parfois bien facétieux…
Suite à quoi, je me suis plu (en mode humoristique, bien sûr, pour l’agnostique que je reste…) à imaginer que Maman, partie neuf jours avant Cécile, avait peut-être pu l’accueillir à son tour à son arrivée « là-haut » (au cas où il y aurait un « là-haut »…) pour la remercier.
À ces trois décès de l’année 1988, se surajoutèrent l’année suivante ceux, en pleine jeunesse, de mes amis Stefan G. (guitariste dont je venais juste de faire la connaissance au Tchad) et Jean-Marc D. (ex-collègue et complice d’aventures à Kigali), le premier explosé dans le ciel du Ténéré quelques instants après le décollage de N’Djamena du DC10 d’UTA (traumatisme longtemps irrémissible pour moi…), le second explosé en moto, plus prosaïquement, sur la rocade de Toulouse…
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Oui, ce furent véritablement deux très sombres années de ma vie…
Quelques jours après le décès et les obsèques de Maman, Annick, Yvric et Loïc, Yvette, Richard et Nathalie5, vinrent partager Noël avec nous à Mortefond chez les parents de Nicole.
Dès le lendemain, le 26 décembre au soir, j’ai repris, seul, un avion pour rejoindre N’Djamena…
Le beau sapin de Nordmann, que Georges avait acheté pour ce Noël-là, a été planté dans notre jardin, et, en terminant la rédaction de ces quelques pages, ce 6 décembre 2018, je peux aujourd’hui continuer de le contempler par la fenêtre de mon bureau…
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Sorti le 12 septembre 1988 et jugé licencieux !
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François Bertein.
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Suzanne « Mamine » Ragache (1894-1978), André Nimier (1889-1921) et Henri Nimier (1857-1938).
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Jacqueline Ragache (1902-1988).
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Je crois que Carole était au Mexique.