Océan
Bernard M.
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La nature, je l’ai dit dans un billet il y a quelque temps, pour moi, s’exprime avant tout par l’arbre et par la forêt. C’est en me promenant en son sein que je me sens en nature, même si je sais très bien que la forêt que nous parcourons est une forêt bien éloignée de la forêt originelle, qu’elle est largement modelée par l’homme (sans parler même de ces forêts de pins landaises, totalement artificielles et qui aujourd’hui brûlent comme des torches).
Mais un autre espace me fait me sentir en nature, c’est le bord de mer. Bien sûr, là aussi, la trace des activités humaines est bien présente. Les ports et bien des littoraux largement et parfois outrageusement construits sont modelés par l’homme. Toutes les côtes cependant, ne sont pas trop envahies, par exemple, dans le secteur où nous sommes où de larges portions du territoire appartiennent au Conservatoire du littoral qui empêche l’urbanisation à tout crin. Et puis même là où ce n’est pas le cas, il suffit de se tourner vers le large et là, l’immensité est en elle-même une réponse. Bien petits, les hommes et les navires, ou même les paquebots, ou même les gros tankers, qui s’y déplacent au long des routes maritimes, de minuscules coques de noix. Je sais bien sûr que, même dans cette immensité, une influence humaine délétère peut être présente. Bien des milieux marins sont affectés, les rejets de déchets plastiques étant la cause de pollution la plus massive et durable, donnant lieu en certains endroits à des accumulations gigantesques au point que l’on a pu parler de la création d’un « septième continent ». Il n’empêche, on a beau savoir tout cela et s’en désoler, lorsqu’on est devant l’océan, fort heureusement, on ne le ressent pas, on sait que l’on est devant la nature et face à sa puissance de toujours.
C’est vrai lorsque je regarde la mer et m’y baigne depuis la plage toute proche de chez nous. Mais c’est encore plus vrai lorsque nous allons à une trentaine de kilomètres d’ici, comme nous le faisons au moins une fois chaque année, sur l’immense plage qui court tout au long de la baie, de Penmach à Audierne. Là je me sens à l’Océan. Plein ouest, sans le moindre obstacle jusqu’à la lointaine Amérique, nous recevons de plein fouet l’air chargé d’embruns et les grandes houles d’ouest. Le rocher de la Torche qui s’enfonce dans l’océan et fait face à ses assauts est un lieu privilégié pour voir descendre le soleil sur la mer, la saluer, tandis qu’il s’en va éclairer un nouveau jour en Amérique (enfin l’astre ne bouge guère, c’est le mouvement de notre petite terre qui nous fait plonger dans la nuit). J’aime me baigner là aussi. Habituellement on ne nage pas vraiment ici on se contente plutôt de se faire rouler par les vagues déferlantes ou de se laisser glisser, allongé sur une planche (le lieu est aussi très fréquenté par les surfeurs). Cela dit, là aussi, cette fois-ci, c’était atypique, exceptionnellement calme, pas de houle et nage tout à fait possible. Bon j’en ai profité, mais il manquait tout de même quelque chose de ce qui fait le piquant habituel du lieu.
Cela dit le coucher de soleil fut particulièrement somptueux. Le plus souvent, même par beau temps, on ne voit pas le soleil plonger vraiment dans la mer, il disparait plutôt juste au-dessus d’elle, dans une bande de brume ou de nuages bas sur l’horizon. Cette fois-ci, pas le moindre écran, un pur soleil directement dans un pur océan… Quelle beauté ! Qui devait aussi subjuguer nos lointains ancêtres lorsqu’ils le contemplaient ou l’adoraient depuis le petit tumulus construit au sommet du rocher…
Par opposition à ce lieu si ouvert vers le grand large et ses tumultes, nous ne qualifierons pas d’océan le lieu où nous descendons quotidiennement pour nous baigner. C’est à la mer que nous allons faire nos longueurs, puis nous poser sur le sable. Quoique, en vérité, ce soit bien le même océan… sans majuscule cette fois !
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