Rivière d’Ain
Maëlle
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En écho au texte de Nadpic du 30 juin 2026, « Frissons ». Tout va si vite…
Frissonner, c’est ce que vous fait l’eau de cette rivière toujours connue froide, qui court depuis le Haut-Jura où elle sourd, jusqu’au Rhône où elle se jette, – comme la Saône.
Un barrage érigé loin en amont, en lâchant périodiquement un peu de ses grands fonds glacés, en fait varier le niveau et fraîchir plus encore la température.
Rivière de mes étés enfantins, rythmés par les baignades le long des plages de galets blancs inconfortables aux fesses, et leur rondeur pourtant aimée. Ricochets endiablés.
Sursaut délicieux de fraîcheur aux temps actuels, où le corps épuisé de canicule retrouve soudain sa jeunesse, instant fugace.
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Tremblement, lorsque l’on apprend qu’un tel a disparu, emporté par un tourbillon, là où des grottes, creusées sous les berges par le courant, recèlent un piège mortel. Rivière traîtresse.
Quand le bruit court qu’une nouvelle fois une telle s’est jetée du pont, et que l’onde indulgente l’a enfin accueillie, tressaillement.
« Jamais on ne se baigne deux fois dans le même fleuve », disait à peu près et peut-être l’antique Héraclite d’Éphèse dans un fragment. Tout coule…
Paysages changeants des bords de l’Ain au fil des saisons, lieu chéri des promenades dominicales que l’on souhaitait interminables.
On appelle « brotteaux » cette plaine alluviale parsemée, un peu plus densément auprès des plages, d’aulnes, de hêtres, de frênes, de saules blancs, et tout en folles graminées. C’est un site préservé de Natura 2000…
Le castor y bâtit sa hutte de branches rongées, le garenne y creuse un sablonneux terrier. Le cygne près de la rive glisse, paresse à ses côtés la sarcelle. Mille oiseaux font résonner l’air en symphonie de gazouillis. Et la brise aindinoise frémit.
Une fleur à moi aussi m’a dit son nom : orchidée. Sauvage, elle trompe l’abeille et, multiplié, son sourire estival, éclatant sur sa tige brève, à fleur d’herbe, nous cligne un œil brun et mauve, qui étoile les « pelouses sableuses ».
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C’est ma campagne bien-aimée.
« Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.
Je ne parlerai pas, je ne sentirai rien :
Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, — heureux comme avec une femme. »
Arthur Rimbaud, in Sensation