Si besoin par Nicolas Demorand
Anne Poiré Guallino
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J’ai appris que le podcast Si besoin a d’emblée déjà atteint un million de téléchargements, en quelques jours à peine, et, franchement, c’est mérité.
En réalité, ce n’est pas étonnant, compte tenu du nombre de personnes concernées par la psychiatrie. Le même pourcentage, dit-on, partout dans le monde… Sans oublier tous ceux qui ignorent que leurs troubles ou ceux de leurs proches relèvent de la pathologie, préfèrent penser qu’ils sont paresseux, méchants, ou souffrent d’addiction(s), sans savoir le moins du monde, comme ce fut mon cas durant des années, pendant si longtemps, à quoi ressemble réellement un malade.
Parfois, d’ailleurs, à certains moments, rien ne ressemble plus à un malade que quelqu’un de tout à fait « normal », ordinaire, en bonne santé. Rien à voir avec le type qui se prend pour Napoléon… La preuve ? Qui pouvait se douter au départ que le journaliste de Radio France souffre lui-même de troubles bipolaires ?
Personne ne s’étonnera sur ce blog de mon intérêt pour ce sujet. Dois-je avouer que c’est la première fois que j’écoute un contenu audio numérique en ligne, sous cette forme ? Maintenant, je vais enfin pouvoir m’émerveiller d’un autre podcast, qui me fait tant envie, depuis sa sortie, Le journal de ma vie, en attente sur ma to do list à rallonge !
Je sais, j’ai du retard sur la technologie… Mais, que voulez-vous, je suis plus lectrice qu’auditrice, de manière générale. Là, pourtant, il me fallait me pencher sur la question. Je l’ai écouté, très rapidement, pratiquement dès sa sortie. J’ai écrit ici combien le livre Intérieur nuit de Nicolas Demorand, paru en mars 2025, m’avait touchée, et vous en connaissez en partie la raison. Après cet inédit coming out psychiatrique d’une personnalité médiatique de premier plan, le pauvre journaliste a dû quitter la radio pour raison de santé durant plusieurs mois, hospitalisé sous contrainte, sans son consentement. Après avoir repris des forces, il a décidé de témoigner de cette expérience. Cultivé, comme il aime les références littéraires, il a choisi de respecter les règles d’unité de temps, de lieu, d’action, propres au classicisme, et de se centrer sur l’hôpital Sainte-Anne, à Paris, pour cette émission authentique et nécessaire.
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Ce témoignage sur un lieu de soins, où il a vécu cette tranche importante de vie, est particulièrement courageux. J’espère qu’il permettra de changer le regard sur la maladie psychique. « Je suis un malade mental », a-t-il clamé pour le lancement de son livre. Ces épisodes à télécharger, et même à réécouter, puissent-ils faire évoluer le regard sur ce qu’est exactement la psychiatrie ! Tant de clichés absurdes subsistent sur ces douloureuses réalités. Tant de méconnaissance, de jugements péremptoires et erronés. J’ai mis tellement d’années moi-même avant de découvrir les arcanes et les subtilités de ces difficultés aux multiples facettes. D’ailleurs, désormais, j’ai bien du mal à trouver une seule famille qui n’est pas touchée, d’une façon ou d’une autre. Même si, je le répète, les gens ne le savent – ou ne l’admettent – pas forcément.
L’ancien présentateur de la Grande Matinale est donc finalement à nouveau audible, depuis le 15 juin dernier, véritable porte-voix sur ce sujet crucial. Il s’en fait le héros et le héraut. Il va revenir à l’antenne en automne. Mais, dès à présent, il propose ces entretiens personnels, entre récit intimiste et interview, des moments extrêmement humains, émouvants.
Connu des auditeurs de France Inter, contraint à l’éloignement en raison de sa maladie, il s’affirme, pour ce retour, avec une puissance, une intensité dont seul quelqu’un qui a connu de près ces difficultés peut témoigner, avec délicatesse, et précision. Intelligent, curieux, sensible et attachant, il veut comprendre. Dans « Six mois de ma vie », il ose évoquer sa propre hospitalisation, puis il donne la parole à plusieurs témoins, permettant de mieux tenter de faire comprendre cet univers. Notamment, par un entretien avec un autre malade, Guy Birenbaum, l’épisode « Une dépression française » témoigne de cette traversée.
Ensuite Nicolas Demorand questionne longuement une pédopsychiatre et une cheffe de service de l’hôpital Sainte-Anne, ainsi la dimension médicale n’est pas oubliée et les difficultés rencontrées par les soignants sont également explorées.
L’expérience des proches est à prendre en compte, bien sûr, puisque le retentissement de la maladie ne s’arrête pas à celui qui souffre de telle ou telle pathologie. Je le sais, par expérience, même si je ne l’ai pas tout de suite compris, dans mon histoire personnelle : le journaliste s’intéresse de ce fait au vécu encore différent d’une conjointe d’un malade bipolaire. Pas à un frère ou une sœur, malheureusement : il ne pouvait pas envisager toutes les positions familiales. La maman d’un schizophrène vient compléter le tableau.
Enfin, l’ami de Léa Salamé remercie Philippe Lançon, rescapé de l’attentat de Charlie-Hebdo, auteur du témoignage Le lambeau que certains ici ont dû lire. Il lui donne la parole, car lui qui a dû également surmonter un choc épouvantable, a su lui tendre la main, dans ce moment extrême, notamment en lui suggérant quelques conseils pour l’aider à retrouver le plaisir de la lecture, associé au bonheur de vivre. Bizarrement, pour moi qui aime tant lire, ce n’est pas l’épisode le plus fort. Parce qu’il est, peut-être, le moins « médical », le moins « psy », au sens strict ?
Ainsi, Nicolas Demorand revient, dans chaque épisode, avec sincérité et justesse — quel cran ! —, sur sa propre expérience de la maladie et du soin. Alors que la société est encore si ignorante, quant à ces difficultés existentielles, pleine de préjugés, sans doute par peur, comme si connaître la maladie, c’était prendre le risque d’être en quelque sorte contaminé, il fallait oser !
L’APA ne peut pas ne pas en rendre compte : ce podcast est autobiographique en diable.
Avec Patrick, nous avons profité d’un long déplacement en voiture pour en prendre connaissance. Avec un immense plaisir, paradoxalement, même si le sujet en est grave. Je dois dire que si j’ai pu être moins attentive parfois à la route, car très émue, le trajet nous a semblé extrêmement court, soudain.
Un vernissage pour la réouverture d’un magnifique musée dans lequel Patrick est exposé, l’oral du baccalauréat à faire passer en pleine canicule, et les obsèques d’une tante que j’aimais beaucoup, à l’autre bout de la France, m’ont empêchée de terminer ce billet, commencé il y a plusieurs jours, déjà. Mais ne s’agit-il pas de prétextes ?
Peut-être ces mots m’étaient-ils plus difficiles à écrire que d’autres. Peur du jugement, d’être cataloguée, à force de revenir sur ce thème ? En même temps, paradoxalement, je craignais que l’un d’entre vous en parle avant moi, ce qui aurait annulé ce projet. Étrange paradoxe.
Nicolas Demorand a osé témoigner. En tant que proche de malades, je trouve nécessaire de continuer à faire circuler l’information sur ces perturbations essentielles, et, finalement, assez banales. Si mal connues. Une personne sur quatre, apparemment, va souffrir d’un trouble mental à un moment de sa vie. Les proches auxquels je pense avec amour ne sont donc pas si exceptionnels que cela… D’ailleurs, chaque année, affirme un site du gouvernement, une personne sur cinq est concernée par des difficultés psychiques. Voilà qui peut faire réfléchir.
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