Un FAR dans la nuit
Christina Schwab
Juillet 2026 – En lisant les textes sur la nuit dans l’avant-dernier Faute à Rousseau, me sont venues, évidemment, bien des idées. Après sondage introspectif, il m’a semblé que du plus loin qu’il m’en souvienne, pour plagier cet auteur dont j’ai oublié le nom, j’ai aimé la nuit. Ou plutôt l’idée de la nuit. J’en ai fait mon alliée plutôt que mon ennemie. L’important étant parfois moins ce que l’on vit que la manière dont on le vit.
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Une seule fois dans ma vie, elle s’est montrée réellement hostile et effrayante (je ne parle pas des nuits de chagrin ou d’angoisse, comme tout le monde, je parle de la nuit physique, du noir). Cette nuit-là était d’encre, sans lune et les volets presque fermés. Je ne le saurais jamais, mais on m’a dit plus tard qu’il était possible qu’un chat soit entré dans la chambre que je partageais avec mon petit frère, au travers de la fente entre les deux volets. Il a dû sauter sur mon lit, car j’ai été réveillée en sursaut. J’avais autour des six ans, maman m’avait dit que c’était presque l’âge de raison. Malgré cette conviction, qui ne m’a pas protégée du tout, j’ai eu très peur et j’ai décidé de chercher de l’aide auprès de mes parents dans la chambre adjacente. Sans crier, afin de ne pas réveiller mon petit frère. Me levant dans la nuit noire, je me suis soudain retrouvée au milieu de nulle part dans notre chambre de 25 m 20. Prise de vertige et abandonnant l’idée de rejoindre la porte, j’ai tenté au moins de retourner au lit. Longtemps j’ai erré, tourné en rond, n’osant pas faire de grands pas, de crainte de me cogner. Tout était devenu hostile, dangereux, inconnu. J’ai persisté, n’osant risquer une engueulade, voire pire, mais il m’a semblé qu’une éternité s’était écoulée avant qu’enfin je touche un mur et puisse le longer jusqu’à ma couche.
L’événement ne s’est jamais reproduit. Sans doute ma myopie y est-elle pour quelque chose, puisque, en compensation, je suis devenue nyctalope. Rien que le mot interpelle et me fait rire. J’ai aussi constaté que la nuit est complice et qu’on peut s’en servir pour se protéger. Après tout, si je ne vois pas clair dans le noir, l’autre ne me voit pas forcément non plus. L’ombre salvatrice a fait ses preuves à moult reprises.
La nuit est mon amie aussi en ce sens que je n’ai pas, à de rares exceptions près, de peine à m’endormir. Si cela devait être le cas, un quart de médicament antihistaminique me suffit largement, toujours le même, et cela depuis de trente ans bientôt. Morphée m’accueille dans ses bras sans effort et me nourrit de rêves plus ou moins prégnants. Rêves que j’aime à prolonger au petit matin avant de sortir des limbes.
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Lorsque j’ai commencé à écrire et que je cherchais mots et idées, souvent, si je n’avais de préoccupations dominantes, il suffisait que je sème un sujet dans le terreau de mon cerveau pour qu’au matin — de préférence autour des cinq heures — une idée ou un début d’histoire jaillisse. Le seul moment où j’ai connu des insomnies, c’est au moment de ma ménopause. Pendant de longs mois, je me réveillais en pleine forme autour des cinq heures du matin, justement, avec une belle idée dans la tête. Je filais au bureau avec un bon café et me mettais à l’écriture. C’est ainsi que j’ai écrit mon premier livre… J’ai adoré cette période pendant laquelle j’avais l’impression qu’on guidait mon bras (j’écrivais à la main), comme si je me dédoublais. La maison était silencieuse, tout le monde dormait encore et moi, je veillais sur tous. Le seul bémol était que j’avais tellement eu l’impression d’être accompagnée pendant cette période, cet « état de grâce », qu’il me semblait devenu impossible de réussir le même exploit à l’avenir. La suite me prouvera le contraire.
Maintenant que je suis beaucoup plus âgée, je me réveille de nouveau très tôt et c’est une bénédiction de pouvoir commencer à profiter de ma journée de bonne heure — il reste encore des croissants chez Véronique —, quitte à faire une petite sieste dans l’après-midi.