Chroniq’hebdo | De la nature, d’une BD, du passé et de mon clocher
Pierre Kobel
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De la même façon que certains sportifs parviennent à ralentir leur rythme cardiaque pour pouvoir soutenir un long effort, quand je suis à la campagne, je ressens un ralentissement de mon esprit qui se met à un diapason plus calme que durant la vie citadine. Cela me permet d’occuper paisiblement mes journées et de lire et d’écrire sans le stress des tâches autres qui m’empêchent de me concentrer autant que je le voudrais.
Cette semaine, dans le village qui accueille ma famille depuis cinquante ans, me ramène aux réflexions qu’imposent les incendies de l’été. Ici, pas de catastrophe de cet ordre, mais une nature et une agriculture profondément impactées par les canicules. Le tilleul emblématique de la propriété allonge ses ramures très bas à la recherche d’une eau qui ne vient pas et se débarrasse de nombre de feuilles sans attendre l’automne.
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Le tilleul
L’arbre ne cache pas la maison
Il la protège et
Il l’annonce
Les murs se font légers
Fenêtres de sucre
Murs de farine
Et lui veilleur
Marqueur de l’histoire
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Durant ces journées, j’ai lu un album d’un auteur que j’aime particulièrement : Danser avec le vent d’Emmanuel Lepage dans lequel l’auteur dessine et raconte un voyage dans les îles Kerguelen. Un carnet de voyage pour dire ces espaces du bout du monde où l’homme tente de vivre afin d’étudier faune et flore, pour les protéger quand sa seule présence amorça d’emblée une prédation. Des dessins, des aquarelles qui subliment des pages gorgées d’humanité et une leçon de vie pour dire la vie collective, ses richesses et ses contraintes.
Existe-t-il encore des terres vierges, de vraies forêts primaires ou l’homme a-t-il définitivement imprimé sa marque dans les plus petits recoins de la planète ? Quelle vanité il y a à vouloir ainsi s’approprier tout l’espace, toutes les ressources ! Ma réaction paraîtra évidente à ceux qui la partagent, mais ce qui me sidère, c’est qu’elle n’effleure pas l’ensemble des esprits. On est loin de la dignité de l’homme prônée par Montaigne : « Puisqu’il a plu à Dieu nous doter de quelque capacité de discours, afin que comme les bêtes nous ne fussions pas servilement assujettis aux lois communes, mais que nous nous y appliquassions par jugement et liberté volontaire, nous devons bien prêter un peu à la simple autorité de nature, mais non pas nous laisser tyranniquement emporter à elle : la seule raison doit avoir la conduite de nos inclinations. » Et c’est Boccace qui écrivit : « Et il comprit incontinent que la nature avait plus de force que tout son esprit. »
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J’ai profité de ce séjour campagnard pour retourner faire des photos sur les lieux de mon enfance avec mon ami B. que je connais depuis 1960, là où mes grands-parents avaient une petite résidence secondaire. Une rencontre avec l’actuelle propriétaire des lieux m’a permis de les revoir cinquante ans après ma dernière visite. Plus de curiosité que d’émotion, comme si le temps avait fait son œuvre.
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Je termine cette chronique deux jours après l’avoir commencée. J’ai retrouvé mon clocher, mes désordres de livres et de cahiers, mes chantiers d’écriture, mes piles à lire. Toute cette architecture matérielle et intellectuelle qui me fait avancer malgré l’âge et l’environnement inquiétant. Je ne sais ce que je laisserai, mais au moins, quand je partirai, j’aurai vécu !
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« Mais pourquoi je vous raconte tout ça ? » (ELC)