Chroniq’hebdo | Des maisons, des cimetières et de la mort
Pierre Kobel
/image%2F1169248%2F20260804%2Fob_b3fa5e_logo-chroniqhebdo.jpg)
À la question : « Si votre maison brûlait, que sauveriez-vous ? », Cocteau répondit : « Le feu ! » La formule est jolie, mais je doute qu’elle plaise à ceux qui ont perdu leurs biens dans les incendies de l’été ou se sont sentis menacés. Alors que nous passons la semaine dans la maison familiale qui ne trouve pas acheteur, je mesure ce que signifierait sa destruction alors qu’elle est pour moi aussi vivante qu’une personne, que les traces de ce qui y a été vécu lui donnent une respiration dès que la porte est ouverte, les volets déployés, la lumière allumée.
Ce matin, nous sommes allés au cimetière, sur la tombe de mes parents. Je ne manque jamais de le faire, et ce n’est jamais avec tristesse. J’aime les cimetières, ils me racontent des histoires. J’y pensais la semaine dernière, à Sète, entre les visites au cimetière marin et au cimetière de Py. Le premier est le plus connu grâce aux vers de Valéry. Il a son identité, mais il est très minéral et n’a rien de très séduisant. Le deuxième ressemble à nos grands cimetières parisiens ou de banlieue. Mais il abrite celui qui fait aussi la devanture de Sète aujourd’hui, je veux dire Georges Brassens, dont le visage est partout, sur les murs, les cartes postales, à l’office de Tourisme. Amusant quand on sait comment il traîna longtemps une image de voyou local pour avoir, dans son adolescence, participé à quelques rapines qui eurent pour conséquence de le faire monter à la capitale. On sait ce qu’il pensait des bien-pensants et c’est, sans vergogne, que la ville et ses commerçants exploitent aujourd’hui sa « mauvaise réputation ». S’en serait-il amusé, lui qui repose sous une humble sépulture, sans autre signe distinctif que son nom ?
Outre ces visites des cimetières sétois, je pensais à ce que la mort des autres nous dit de nous-mêmes et en quoi elle participe de notre histoire, en lisant le récit de Malcolm, mêlé de pudeur et de confiance. Trente ans après la mort de sa maman, cela participe-t-il encore de son deuil ?
/image%2F1169248%2F20260804%2Fob_956d9d_20260804gds-mots-pkobel-chroniq-hebdo2.jpg)
Je ne le répéterai jamais assez, vos contributions au blog me réjouissent toujours, même si elles ne me sont pas adressées personnellement. Elles forment un lien de vie, elles sont la preuve tangible que nous n’existons jamais seuls et seulement pour nous-mêmes.
****
« Mais pourquoi je vous raconte tout ça ? » (ELC)