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Grains de sel
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Blog créé par l'Association pour l'autobiographie (APA) pour accueillir les contributions au jour le jour de vos vécus, de vos expériences et de vos découvertes culturelles.
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4 août 2026

Chroniq’hebdo | Des maisons, des cimetières et de la mort

Pierre Kobel


 

À la question : « Si votre maison brûlait, que sauveriez-vous ? », Cocteau répondit : « Le feu ! » La formule est jolie, mais je doute qu’elle plaise à ceux qui ont perdu leurs biens dans les incendies de l’été ou se sont sentis menacés. Alors que nous passons la semaine dans la maison familiale qui ne trouve pas acheteur, je mesure ce que signifierait sa destruction alors qu’elle est pour moi aussi vivante qu’une personne, que les traces de ce qui y a été vécu lui donnent une respiration dès que la porte est ouverte, les volets déployés, la lumière allumée.

Ce matin, nous sommes allés au cimetière, sur la tombe de mes parents. Je ne manque jamais de le faire, et ce n’est jamais avec tristesse. J’aime les cimetières, ils me racontent des histoires. J’y pensais la semaine dernière, à Sète, entre les visites au cimetière marin et au cimetière de Py. Le premier est le plus connu grâce aux vers de Valéry. Il a son identité, mais il est très minéral et n’a rien de très séduisant. Le deuxième ressemble à nos grands cimetières parisiens ou de banlieue. Mais il abrite celui qui fait aussi la devanture de Sète aujourd’hui, je veux dire Georges Brassens, dont le visage est partout, sur les murs, les cartes postales, à l’office de Tourisme. Amusant quand on sait comment il traîna longtemps une image de voyou local pour avoir, dans son adolescence, participé à quelques rapines qui eurent pour conséquence de le faire monter à la capitale. On sait ce qu’il pensait des bien-pensants et c’est, sans vergogne, que la ville et ses commerçants exploitent aujourd’hui sa « mauvaise réputation ». S’en serait-il amusé, lui qui repose sous une humble sépulture, sans autre signe distinctif que son nom ?

Outre ces visites des cimetières sétois, je pensais à ce que la mort des autres nous dit de nous-mêmes et en quoi elle participe de notre histoire, en lisant le récit de Malcolm, mêlé de pudeur et de confiance. Trente ans après la mort de sa maman, cela participe-t-il encore de son deuil ?

Je ne le répéterai jamais assez, vos contributions au blog me réjouissent toujours, même si elles ne me sont pas adressées personnellement. Elles forment un lien de vie, elles sont la preuve tangible que nous n’existons jamais seuls et seulement pour nous-mêmes.

 

****

« Mais pourquoi je vous raconte tout ça ? » (ELC)

Commentaires
C
Merci Cocteau, merci Pierre ! Difficile question. La maison en feu ? si nous sommes les deux sains et saufs et si j'ai encore le temps, je prendrai les sous supposés payer nos incinérations...(sic) et ma liseuse. Mais finalement, tout le reste, je m'en fiche un peu, vanita, vanitas, vanitatum (vasistas ? rires). Il n'y a rien chez moi, à part Jean-Paul auquel je tienne. En 70 ans et une quarantaine de déménagements, j'ai appris à me désencombrer de l'inutile. Et aussi à faire le deuil des endroits de deuil. J'ai un fils enterré à Saint Junien et cela fait plus de 40 ans que je n'ai pu visiter sa tombe et je ne suis même pas sûre qu'elle y soit encore... Les circonstances de la vie ne me l'ont pas permis et d'une certaine manière cela m'a un peu aidée à tourner la page (quoique). J'ai toujours aimé les cimetières et j'ai entendu dire que les cimetières japonais étaient très beaux et bien fréquentés. Mais quand mon heure sera venue je voudrai que mes cendres s'envolent librement à travers les bois et les champs...
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N
La question ? Quels biens sauver ? Heureusement beaucoup de papiers, de photos sont à présent stockés en numérique mais les photos papier, les objets de cœur, en quelques heures voire minutes, que choisir ? Les souvenirs sont tellement importants dans une vie.
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A
Comme toi, j'aime les cimetières, Pierre, même quand ils ne font pas face à "La Mer, la mer, toujours recommencée !". Avec Patrick, il arrive que lorsque nous arrivons en avance, quelque part, nous filions observer quelques tombes, y compris dans les communes où personne de proche ne repose (si ce n'est... de nombreux frères en humanité !). Avec ma maman, nous allions "faire le tour du village", comme elle le disait, et nous commentions les noms, les vies, partagions des souvenirs, après une escale de départ devant la tombe de mon papa. Depuis son départ, avec Patrick, nous continuons à peu près une fois l'an à nous offrir "le tour du village", après avoir salué mes parents désormais réunis. <br /> L'imaginaire, face à des noms, des dates, permet de rêver bien des vies. Et puis l'architecture, parfois, s'avère étonnante. Déroutante. Horrible. Ordinaire. Belle. <br /> C'est si subjectif... <br /> Encore récemment, nous étions à Tusson, en Charente, pour une exposition. Qu'avons-nous fait, au petit matin, le lendemain de la grande fête ? Main dans la main, nous avons profité de la fraîcheur toute relative d'avant le lever du soleil, pour faire le tour du village, le vrai, puis Patrick fatigué m'a attendue à l'entrée du carré fermé, pendant que je parcourais les allées du cimetière. Certains doivent être horrifiés de telle façon de frayer avec les morts. C'est sans doute une curiosité qui remonte à l'enfance. J'en ai parlé, dans une nouvelle d'un recueil désormais épuisé. <br /> <br /> L'épuisement nous guette tous, à vrai dire. <br /> <br /> Ne pas visiter les cimetières n'y changera rien, et fuir ou visiter ces lieux ne dit rien de plus, sans doute, en réalité, que notre apprivoisement très personnel de ce qui fait la vie.
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K
Chez nous c'est différent. Dans notre famille, je suis la plus âgée. En parlant avec mes enfants, petits enfants et toute la famille proche, nous nous sommes dit que les ainés passés, tout le monde étant dispersé, personne ne pourrait aller au cimetière entretenir les tombes. Une tombe pas entretenue, c'est trop triste, alors nous avons décidé d'incinérer ceux et celles qui ne l'avaient pas encore été (il y avait déjà 2 urnes) et dispenser les cendres dans un endroit que tout le monde aimait, pas loin de notre ex-maison de campagne. Ce fut une très belle cérémonie.<br /> Quant à Brassens,.. Setes peut bien se flatter, les vrais amateurs savent à quoi s'en tenir.
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M
Je crois, Pierre, qu’égoïstement je sauverais si possible la peau des proches présents et la mienne. Le reste viendrait de surcroît, si pénible que cela puisse être. Quel poète, ce Cocteau !
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