En cours de lecture du livre d'Antoine Compagnon Année 1966, année mirifique
Anne-Marie Didier Kleine
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O. m’a envoyé hier un texte rédigé par l’IA, sur un texte de 2002 écrit par un ami. Le texte de l’ami est riche et drôle, « un sismographe de la pensée », dit-il, mais celui de l’IA est étonnant et brillant lui aussi ! Les écrivains et autres spécialistes et techniciens qui ont nourri le moteur de l’IA ont, eux, appris au lycée, à l’université et dans les classes préparatoires aux grandes écoles, à décortiquer un texte, à l’analyser à disserter dessus, mais qu’en sera-t-il quand nos décervelés des facultés d’aujourd’hui aurons à faire le travail, les premiers nommés n’étant plus sur terre ? L’expression « décervelés des facultés » me vient, car je lis, avec beaucoup d’intérêt, le livre d’Antoine Compagnon sur l’Année 1966, année mirifique. « Nous vivons le temps où de faux bacheliers devenus de faux étudiants suivent ( ou ne suivent pas ) les cours de faux professeurs pour passer de faux examens dans de fausses universités », cité par Jean-François Revel influencé par les recteurs Capelle et Antoine, contre la réforme Fouchet. Guy défilait-il dans les manifs de l’époque ? Je venais d’avoir mon deuxième enfant, j’avais d’autres préoccupations, mais nous étions pour les modernes. Quand même, plus tard, j’ai regretté la suppression de l’année de propédeutique. Je lis aussi ce constat de de Gaule cité par Jacques Narbonne, De Gaule et l’éducation. Une rencontre manquée : « On va dépenser une masse de crédits pour absorber une masse de crétins qui, normalement, n’auraient pas eu accès à l’enseignement supérieur ». Je ne peux m’empêcher de me dire que nous étions de ces crétins entrés en masse dans l’enseignement supérieur ! N’empêche aussi qu’il y avait du vrai dans les craintes des « réacs » de l’époque.
Ce livre me passionne, car je retrouve les faits, les atmosphères, les « mythologies » de l’époque, les parcours des jeunes gens célèbres, chanteurs, acteurs, auteurs, metteurs en scène, artistes, politiques, intellectuels, des théories, bataille d’idées et batailles politiques de ce que je vivais et éprouvais alors, immergée et concernée, mais aussi éjectée, laissée sur la berge avec le sentiment que tout passait si vite, qu’il y avait tant à faire : de jeunes enfants à élever, des vies à vivre, amoureuse, professionnelle, sociale, des parents vieillissants avec de graves problèmes personnels que je découvrais et tous les plaisirs étourdissants d’une jeunesse à rattraper, car on se sentait presque coupable de ne pas « jouir sans entrave »…
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