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Grains de sel
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Blog créé par l'Association pour l'autobiographie (APA) pour accueillir les contributions au jour le jour de vos vécus, de vos expériences et de vos découvertes culturelles.
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19 août 2026

État de crise sécheresse

Anne Poiré Guallino

 

Peut-être avez-vous aussi reçu un message qui ressemble à celui dont je vais vous parler ? Salutaire ? Angoissant ? Terrifiant… J’ai besoin de partager avec vous ce choc. Jamais je n’aurais imaginé qu’en France, dans notre région, dans notre verdoyant petit village des confins de la Loire, juste à quelques kilomètres à peine du Rhône, de la Saône-et-Loire, en « marge montagnarde », comme on dit, avec les importantes forêts, dans ces contreforts nord du Massif central, nous en arriverions là, à ce stade, si vite. Sentiment oppressant, face à l’outrance, la démesure des faits.

Notre fournisseur en eau s’appelle la SAUR ( je pense au « hareng » du même nom de Charles Cros. Mais en réalité, rien de drôle dans ce qui va suivre. Bien au contraire ! ) Cette « Société d’Aménagement Urbain et Rural » qui gère nos précieuses ressources nous a envoyé, en ce mardi 18 août 2026, après plusieurs avis collectifs de la part de la préfecture, de la communauté de communes et de la mairie, un SMS sur nos portables, personnels, et en même temps, pour s’assurer de la bonne réception du message d’alerte, un mail à notre adresse, dont l’objet est le suivant « ÉTAT DE CRISE SÉCHERESSE. »

En majuscules.

Le mail rappelle les bons gestes à adopter pour économiser l’eau

En raison des conditions climatiques exceptionnelles actuelles, un arrêté a été émis par la Préfecture de la Loire sur les secteurs de BELMONT DE LA LOIRE. Instaurant l’état de crise sécheresse.

Cet arrêté définit des conditions de restriction d’eau pour les usages suivants jusqu’à nouvel ordre : 

Interdiction d’irriguer les cultures

Interdiction d’arroser des pelouses, espaces verts et potagers 

Interdiction de laver des véhicules 

Interdiction de remplir et de vidanger les piscines, plans d’eau 

Interdiction de laver des voiries et trottoirs

Interdiction de nettoyer des terrasses et des façades 

Interdiction d’arroser les terrains sportifs ( foot, golf… ) 

 

Afin d’éviter le risque d’interruption temporaire de distribution d’eau potable, nous allons avoir recours au citernage.

Nous vous remercions également de ne pas hésiter à nous signaler les fuites : poteaux incendie ouverts, écoulements anormaux,… 

Pour plus d’informations concernant les restrictions et l’état de votre ressource sur Accueil – VigiEau

L’eau est un bien précieux, et rare en particulier durant la période estivale. Agissons ensemble pour diminuer nos consommations.

Jamais un tel communiqué n’est arrivé jusqu’à nous. Et nous ne sommes qu’en août. Jamais jusqu’à présent nous n’avons vécu pareil cataclysme.

Tournant historique.

L’eau si précieuse nous est donc désormais plus comptée encore, apportée par camion-citerne. Nous habitons en moyenne-montagne. Si les sapins gardent relativement la couleur de l’espérance, lorsqu’ils ont survécu, les feuillus sont terriblement jaunes, roux, bruns, piquetés de noir, de jour en jour plus malingres, voire totalement dénués de la moindre feuille, ou bien ces dernières tachetées, vérolées, recroquevillées, semblant demander de l’aide : automne déjà là, ou bien signes de leur mort… Annoncée, ou férocement présente ?

Les journaux comptabilisent les canicules. Fin de la troisième, début de la quatrième. Nième. Xième. En réalité, situation catastrophique, en continu, comme chez vous, les amis, depuis des semaines, des mois. Bientôt parlerons-nous en années ?

J’ai choisi pour illustrer ce billet des images de l’un de nos deux ruisseaux. Car nous avons la chance que le jardin soit bordé par non pas un, mais deux cours d’eau. Quel luxe ! En temps ordinaire, on entend chantonner joyeusement depuis notre chambre. Des proches, qui dorment fenêtre ouverte, nous disent parfois, lorsqu’ils sont de passage : « Il a plu toute la nuit ! » Et nous rions… D’habitude.

Le silence, depuis plusieurs jours, oppresse. Seul subsiste, à ce stade, un filet de l’Aaron, à l’extrême fond du terrain, ruisselet sans gargouillis, plus même un ru, lui qui se jette ensuite dans le plan d’eau du village, puis dans le Sornin, à Charlieu, pour atteindre si possible un jour l’océan, ce qui n’est en principe pas le bout de son voyage, mais le début d’un autre.

La rivière qui longe gaillardement notre terrain est à sec, totalement, depuis début juillet. Bêtement, je n’ai pas noté la date exacte, dans mon journal, convaincue que cet assèchement complet ne pourrait pas durer. C’était impossible. Ce phénomène non plus n’était pourtant jamais arrivé. Mais j’ai naïvement imaginé que quelques jours plus tard, un orage, à la pluie bienfaisante, rétablirait l’onde claire. Depuis, toujours pas une goutte, pour caresser les pierres.

Malgré les alertes des scientifiques, et sans tomber non plus dans le climatoscepticisme, je n’imaginais pas que nous pourrions si vite – ni même un jour, à vrai dire – connaître une situation semblable, déjà extrême.

Il paraît que menacent des inondations, dans les jours à venir : parce que la terre est trop sèche.

Plutôt que de vous montrer les cailloux du jour, sur leur lit aride, entre lézardes et crevasses, la terre craquelée, je vous propose plutôt notre superbe ruisseau, pétillant, joyeux, dans son débit normal, par exemple en septembre ou décembre. Rien que de regarder ces images, qui semblent déjà presque lointaines, je me sens rafraîchie.

Mais pas plus optimiste.

« Et, par terre, un hareng saur – sec, sec, sec. »

 

Commentaires
A
Maëlle va se moquer en me disant que j'aurais pu y penser plus tôt, j'en suis sûre... C'est mérité. Mais mieux vaut tard que jamais. Depuis une bonne semaine, nous avons enfin un arrosoir et un seau dans la douche, pour récupérer l'eau au maximum, et nous l'utilisons ensuite pour les WC, une cuvette au fond du lavabo, pour le même usage, et idem dans l'évier, afin de faire bon usage de l'eau non savonneuse, que nous versons ensuite dans des seaux, avant d'aller arroser au petit matin ce qui a survécu dans le jardin. Quand je vois la quantité d'eau ainsi économisée, ou du moins récupérée, je me dis que depuis des mois, nous aurions pu, dû y penser... C'est toute une réorganisation qui se met en place, une façon de vivre différente. J'espère que nous ne l'oublierons pas dès que les nappes phréatiques seront revenues à leur état premier, si c'est possible un jour.
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M
Mais non, je ne suis pas comme ça… En progrès, Anne !
M
Colère et lassitude. Comme d’ordinaire, on s’étonne de ce qui était prévu depuis les années 1970, et on geint. Où sont les mousseurs de robinets, les récupérateurs d’eau de pluie, l’utilisation des eaux usées, les plantations d’espèces végétales ad hoc, les composts, y compris en ville, etc, etc, bref la sobriété, l’intelligence et le partage des ressources indispensables, sur lesquels certains alertent depuis…, prêchant dans le désert. Mais on y devient sensible que lorsqu’on est personnellement concerné, n’est-ce pas ? L’empathie avec ce que vivent les habitants de la zone sahélienne (oui, nous ne sommes pas encore tout à fait au Sahara !) depuis… serait-elle enfin de saison ?<br /> Et pour une bonne régénération de la pensée, lire (ou relire), par exemple, quelqu’un comme Edgar Morin : cela ouvre (ou réouvre) des horizons, et pas de dunes !
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N
Soutien général en pensées !<br /> En Bourgogne les arbres se meurent. J'ai vu un oiseau derrière chez moi il y a quelques jours et je me suis surprise à en être surprise.
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K
Bonsoir pauvre Anne, justement cet après-midi j'ai vu un reportage sur un autre village, privé d'eau dans un autre département. On voyait des jardiniers tondre l'herbe et les petits buissons pour que l'eau, quand la pluie tombera enfin, puisse entrer directement dans le sol. Si l'herbe trop fournie l'arrête, il y aura des inondations puisque l'eau n'aura pas pu entrer.<br /> Finalement, malgré la chaleur, je me dis qu'en ville à Grenoble, je ne suis pas mal, il y a de l'eau.<br /> Profite bien de l'air plus frais qu'ici et j'espère que tes ruisseaux retrouveront de l'eau et que vous l'entendrez bientôt gouglouter.
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A
Je te parlais des risques d'incendie, Kata... à quelques kilomètres de notre village, il y a dix jours, dans une commune "tranquille", Écoche, deux incendies ont démarré à quelques minutes d'intervalle, aux extrémités opposées du village. Visiblement, ce n'est pas un hasard. Il a fallu l'intervention de plus de cent pompiers... Et ce week-end, juste à côté, comme s'ils ignoraient tout des risques, des imbéciles ont fait un feu d'artifice, dans la forêt du Cergne... juste à deux pas de maisons d'habitation ! Un appel à témoins a été lancé. Mais quand j'entends à la radio qu'un fumeur sur cinq (je crois que c'est le chiffre) considère toujours comme normal d'expédier son mégot ( bien sûr bien éteint, justifient certains !) par la fenêtre... et le fait... C'est terrifiant ! <br /> <br /> Comme vous tous, nous attendons toujours la pluie...
A
Merci Kata ! à vrai dire, avec les risques d'incendie, nous n'avons plus trop non plus le droit de tondre (certaines étincelles ont provoqué des dégâts inimaginables), et surtout... tondre quoi ? Car l'herbe est bien grillée également, alors que chez nous, en temps ordinaire, c'est vert, vert, vert... <br /> <br /> Bon, j'exagère, nous aurions de quoi ratiboiser... un peu, là où il y a de l'ombre. Mais franchement, le paysage est spectaculaire. Ceci dit, la météo annonce la pluie. Si elle mouille... tout ira bien ! (Nous avons eu il y a quelques jours des gouttes éparses qui séchaient sur pied avant d'atteindre le sol. Incroyable, je ne reconnais plus les bonnes grosses pluies d'autrefois... )
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