Goooal ! (5)
Malcolm
Jeudi 30 avril. Je me mets en chemin vers 8 h 30. Temps légèrement pluvieux, K-way et surpantalon imperméable de mise, mais température douce ( trop, car je finis par avoir chaud ).
J’emprunte la fameuse ancienne « voie romaine » ( qui reliait Poitiers à Saintes ), à travers une morne plaine peu boisée et passablement monotone : 18 km de parfaite ligne droite ( sans doute la plus longue de tout mon parcours, sinon de toute ma vie ! ). Au km 13, ça y est je pénètre en Deux-Sèvres et même en « Pays mellois ». J’arrive à Rom vers 13 h 30, ancienne cité romaine ( Rauranum ) en territoire picton, riche en vestiges gallo-romains ( avec un très beau musée ), mais aussi marquée par un événement dramatique à la fin de la Seconde Guerre mondiale : en 1944, un commando britannique parachuté à proximité est capturé et fusillé non loin, en forêt de Saint-Sauvant, ce que j’apprends de la bouche d’un employé municipal en l’interrogeant sur un balisage particulier que j’avais remarqué sur mon chemin ; je passerai même voir leurs tombes au cimetière avant de repartir. Car, oui, j’ai décidé de repartir !
Pourtant, j’en ai déjà plein les pattes depuis quelques kilomètres ( en général, ça se manifeste à partir du 15e… ). Mais j’ai pris cette décision, sereinement, après ma pause casse-croûte sur un banc devant la belle église ( et après le petit verre de « sang du Christ » que je me suis octroyé pour l’occasion, il le fallait bien… ), complétée par deux expressos serrés au bistrot « Chiquito » ( juste à côté de l’église, forcément… ).
J’ai donc prévenu Nicole. Je sais que ce sera difficile pour moi. Certes, je peux me permettre de renoncer à tout moment et me faire récupérer par elle n’importe où dans la campagne en lui donnant ma position. Mais pour aller au bout de mon entreprise ce jour-là, je vais me mettre littéralement « en mode robot ». Oublier mes jambes ( de plomb ! ) et juste avancer, sans trop réfléchir, ni même simplement penser. C’est ainsi qu’au rythme de mes pas me sont ( très bêtement, j’avoue… ) revenues les paroles de cette chanson ( de scouts ou militaires ? ) : « Dans la troupe, y a pas d’jambe de bois / Y’a qu’des nouilles, mais ça n’se voit pas / La meilleure façon de marcher, c’est encore la nôtre / C’est de mettre un pied d’vant l’autre, et d’recommencer ! ». Eh oui, j’en suis là ! Mais… Sainte-Soline, au plan symbolique, vaut bien l’épreuve. Ceux / celles qui ont suivi l’actualité brûlante de la question de l’eau ( qualifiée plus gravement ici de « guerre de l’eau » ) ces dernières années dans les Deux-Sèvres savent de quoi je parle ( 1 ). Et malheureusement, à l’heure où j’écris ces lignes, la redoutable sécheresse qui sévit à nouveau chez nous depuis de longues semaines ne conduira sûrement pas à apaiser les esprits…
La mégabassine concernée ( dite « réserve ou retenue de substitution » ) est à environ 3 km du centre de Sainte-Soline. Je l’atteins, épuisé, mais hypermotivé, aux alentours de 16 h 15. Je me « selfie » devant l’entrée, absolument seul ( pas rencontré âme qui vive ! ), et suis alors certainement repéré et capté par la multitude de caméras de vidéosurveillance visibles ( je m’amuse à imaginer les analystes des images : « C’est qui ce mec ? Bizarre, ses petits drapeaux… Étranger ? Encore un de ces c… de militants ! Pas jeune, dis donc, l’écoterroriste ! Arf, arf !... ».
Je reprends mon chemin. Ah ! ces trois derniers kilomètres… Terriblement longs. Je flageole, chancèle, titube, mais je tiens le coup, encore, trois bons quarts d’heure… jusqu’à l’extrême limite de mes forces, je l’avoue. Pas raisonnable ? Panneau d’entrée de Sainte-Soline, enfin ! Je le photographie, décoré de mes petits fanions, que… zut ! j’oublie en repartant ( c’est dire l’état de mes connexions cérébrales à ce moment-là… ) ! Je me traîne encore jusqu’à l’église, où Nicole m’attend. Ouf ! C’est fini pour aujourd’hui.
Au bout du compte, j’ai quand même très exactement 28,8 km dans mes guiboles. Frôlé les 30 ( que je n’ai atteints qu’une seule fois, dans l’Yonne, lors de ma section « de convalescence », il y a… eh oui, bientôt sept ans ; objectivement je n’ai plus l’âge pour ça ! ). Oui, cette étape a été vraiment rude. Et puis, dommage quand même aussi pour mes beaux petits drapeaux. Snif ! [ À suivre ]
( 1 ) https://www.youtube.com/watch?v=iyDliyQ5leg
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