Goooal ! (6)
Malcolm
Vendredi 1er mai. Fête du Travail. Je me lève bien courbaturé, mais en fait à peine plus que d’habitude ( depuis cette foutue hernie discale de 2022 )… Allez, les 17 km du jour, de Sainte-Soline à Melle, ce sera de la rigolade ! À 8 h le matin, retour donc en voiture à Sainte-Soline ; par acquit de conscience, nous poussons quand même jusqu’au panneau d’entrée nord et… oh ! mais ouiiiii, ils sont là !!! Mes petits fanions chéris ! Personne ne les a vus ou, plus probablement, n’aura osé les prendre.
Ils reprennent place sur mon sac à dos ( vraiment léger désormais ) devant l’église, où Nicole me redépose. « À tout à l’heure, pour l’apéro ! ». Oui, pour l’apéro, car ce jour-là, je peux et compte bien arriver à Melle à l’heure du déjeuner. Aujourd’hui, c’est grand beau temps ( mais je m’inquiète pour demain… ). Encore 3-4 km rectilignes sur l’ancienne voie romaine au début et, à peine 700 m après mon départ, je franchis le… 1400e kilomètre de ma rando. Aux alentours de 9 h, je traverse un petit hameau du nom de Crolour, où je franchis dans le même élan le méridien « 0 » ( oui, celui de Greenwich ), ce qui me positionne donc désormais en « longitude est » sur ma carte ( et aussi « Googlemaps » ! Tiens, mon humour revient, c’est bon signe… ). En revoyant la curieuse petite sphère métallique érigée à cet endroit ( dont j’ignorais auparavant la signification ), je me suis en fait souvenu d’y être déjà passé, trois ans auparavant, à l’occasion d’une autre marche de « convalescence », juste après ma hernie, en compagnie de mon neveu Yvric, également randonneur, marche qui nous avait alors conduits, déjà par la même voie romaine ( mais cette fois-là en sens inverse, du sud vers le nord ), du village de Brioux-sur-Boutonne à celui de… oui, vous avez deviné, Sainte-Soline ! Obsédé, moi ?
Avant d’arriver à Melle, alors que je faisais, assis dans l’herbe, une petite pause énergisante, j’ai été rattrapé par un randonneur qui me suivait à courte distance, mais que je n’avais pas remarqué dans mon dos ! Lui avait en revanche bien remarqué, dans ce même dos, mes petits fanions, dont le bleu à croix de Saint-André blanche, l’écossais ! Échange rapide et amical, en anglais, sur nos aventures respectives. Nous ne jouons pas du tout dans la même catégorie… Lui est dans la quarantaine et randonne, en autonomie totale, depuis des semaines. J’ai ( honteusement ) oublié sa nationalité.
Slovaque, je crois, car je me souviens lui avoir dit être déjà allé, pour le boulot, à Bratislava. Pour des raisons que je n’ai pas non plus retenues, il m’apprend qu’il s’est mis en disponibilité de son travail et a décidé de parcourir l’Europe à pied : dans son cas, des milliers de km ! Et, parce que sa belle-famille est… oui, écossaise, incroyable ! il s’est mis pour la première fois en chemin de tout là-haut dans le nord des îles britanniques et, en traversant toute la Grande-Bretagne et la France, il est allé jusqu’en Espagne, en Galice ( jusqu’à Compostelle, j’imagine ). Et là, maintenant, il « remonte », vers je ne sais plus quel pays d’Europe occidentale, peut-être le sien ? En tout cas, j’hallucine devant sa performance.
Mais surtout, j’ai honte de ne pas avoir pris de notes sur ce qu’il m’a raconté. Pas même retenu son prénom… Nos chemins se seront juste étrangement croisés un court instant, peu de temps avant que ma propre aventure s’achève. On s’est quand même « selfiés », on a marché 1 ou 2 km ensemble, puis nos chemins ont bifurqué, moi vers Melle lui vers Lusignan et Poitiers ( sur la « Via Turonensis » de Compostelle, mais en sens inverse cette fois pour lui ). Merci, cher et brave inconnu, pour ces quelques minutes d’impressions partagées !
J’arrive à Melle. C’est jour de marché, il fait beau et chaud et, comme toujours, il y a du monde. Ma solitude, si affectionnée, touche à sa fin… J’y croise et papote brièvement ( difficile ! ) avec quelques connaissances. Pour la fin de cette avant-dernière étape, je pointe donc à midi vingt au « Pont aux Roses », dont je repartirai, accompagné cette fois, demain matin. Pour l’heure, j’ai donné rendez-vous à Nicole chez sa cousine melloise, Geneviève, pour la saluer ( elle marche aussi beaucoup ) et y étancher ma soif de la bonne bière bien fraîche qu’elle m’avait promise pour mon arrivée ! Ceci avant de rentrer déjeuner… oui, cette fois, à la maison ! On ne se mettra pas à table de bonne heure, car mon neveu Yvric et son épouse Delphine, qui sont venus de Chartres pour être de la partie demain, ont été un peu retardés sur les routes de ce long week-end. Ma fille Lauren arrive elle aussi à son tour, de Toulouse, dans l’après-midi. Avec mon fils Ewan, sa compagne Anaïs, et deux de mes petits-enfants, Liam et Eline, nous sommes neuf ce soir-là autour de la table pour dîner, en cette soirée-veillée de fin d’aventure. J’ai fait une petite flambée dans la cheminée… preuve que la canicule n’a pas encore pointé son nez. [ À suivre ]
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