Le quotidien à Appaja et de quelques excursions
Bernard M.
Le matin, lorsque nous nous levons, entre huit heures et huit heures et demie, la bouillie de flocons d’avoine brûlante et le café nous attendent. Tullia et Reino ont déjà effectué leur nage matinale. Nous agrémentons la bouillie d’une bonne quantité de baies, d’un peu de lait d’avoine et la sucrons avec du miel. Nous complétons le petit déjeuner de tartines de divers pains noirs avec du fromage ou de la confiture.
Nous allons alors nous baigner à notre tour. Les premiers jours il a fait un temps magnifique. Température de l’air à 23-24 degré, température de l’eau à 21. Parfait pour nager même longuement. Depuis deux jours le temps a changé. Il y a eu vendredi un gros orage suivi d’une bonne pluie presque toute la journée. Aujourd’hui le temps est mitigé, nuageux avec des averses intermittentes et quelques rayons de soleil. Surtout il y a un vent frisquet qui rafraîchit fortement l’atmosphère. Il fait 16 et la température de l’eau est tombée à 18. On s’est baigné quand même dans l’après-midi, mais on a mis du temps à se réchauffer.
Les repas comportent toujours des pommes de terre omniprésentes et d’autres légumes du potager. On mange beaucoup de poissons, du saumon acheté au super marché et que Reino a fait fumer, des poissons frais pêchés dans le lac, des brochets et des carpes principalement, et aussi des harengs en bocal dans diverses saumures. On a dégusté des saucisses, grillées dans le foyer entouré d’un cercle de pierre au bord du lac, un soir de beau temps. Après la pluie nous avons fait la cueillette des champignons dont de grandes platées sont venues agrémenter nos menus. Mais chacun a aussi mis la main à la pâte : Paul a fait des morceaux de poulet à l’africaine, lentement cuit dans une purée d’oignons, les filles ont fait une caponata, une ratatouille sicilienne avec beaucoup d’aubergines et de pois chiche et j’ai fait moi mon célèbre plat de pâtes au thon, aux câpres et aux anchois qui a toujours pas mal de succès. Le dessert consiste invariablement en de grands saladiers de fruits rouges fraichement cueillis accompagnés de fromage blanc et/ou de crème vanille. Et un jour, à la demande expresse de sa nièce, Tullia a réalisé le gâteau traditionnel de Pâques, le Mammi, une sorte de pudding brun foncé à base de farine de seigle que l’on arrose de crème. Les repas sont accompagnés d’eau plate ou de jus de cassis, parfois de thé. Pas une goutte d’alcool. J’ai cru comprendre que c’était un interdit que le couple s’était imposé en réaction à d’importants problèmes d’alcoolisme dans la nombreuse famille de Reino (neuf frères et sœurs).
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Et bien sûr il y a l’incontournable sauna. On y va en fin d’après-midi. Habituellement on file plonger dans le lac et faire quelques brasses en en sortant. Mais ce soir, on a fait l’inverse. On a passé une bonne demi-heure dans le sauna en remontant du bain pour nous réchauffer.
Nous avons effectué plusieurs randonnées dans la région. Un après-midi nous sommes allés sur la petite colline de Jauhovara, 250 mètres d’altitude seulement, mais c’est suffisant pour embrasser du regard toute la région. Un autre jour nous avons fait une randonnée à la journée sur le site de Sininen Polku, un circuit qui permet de cheminer entre deux lacs. Deux cabanes avec des foyers ponctuent le parcours. À la première d’entre elles, nous grillons nos saucisses de pique-nique, à la seconde nous prendrons café et de pâtisseries. Les cheminements se font sur des sentiers très étroits et souvent malaisés, surtout dans les zones de traversées de marais. Des planches sont posées au sol pour permettre de les franchir, mais celles-ci sont souvent en mauvais état, vermoulues et parfois cassées. La progression demande une grande attention et un certain sens de l’équilibre, il vaut mieux regarder ses pieds que le paysage !
Nous avons également fait plusieurs balades plus courtes à proximité immédiate de la maison, notamment le long de la rivière qui alimente le lac. En fait de rivière il s’agit plutôt du déversoir du lac situé en amont, sans doute moins d’une dizaine de mètres plus hauts. La distance entre les deux lacs ne doit guère excéder un kilomètre.
Nous avons été à deux reprises à Kuhmo, la ville la plus proche située à une vingtaine de kilomètres. C’est là que se trouvent les divers services et les supermarchés. C’est une ville quasiment sans immeuble, faite de maisons individuelles largement dispersées dans un vaste espace. Elle compte 8000 habitants et dispose pourtant d’équipements imposants et qui paraissent surdimensionnés, une magnifique bibliothèque et une imposante salle de concert. Il faut dire que Kuhmo est notamment connu pour son festival de musique de chambre très prisé qui se tient tous les ans en juillet. La ville a connu une décrue démographique très importante. Elle a compté jusqu’à 14 000 habitants il y a une vingtaine d’années. Cette prospérité était liée aux relations avec la proche Russie dans les années où les relations étaient intenses entre la fin de l’URSS et la glaciation poutinienne. Les Finlandais ont complètement construit la ville de Kostamus de l’autre côté de la frontière et d’importants échanges commerciaux avaient lieu, assurant le dynamisme et la prospérité de la ville. C’est dans ce contexte d’optimisme qu’ont été pensés et construits les magnifiques équipements dont elle bénéficie encore. Tout reste excellemment entretenu en raison, j’imagine, de politiques publiques ambitieuses. Rien ne laisse deviner à qui s’y promène que la ville ait pu connaître un tel déclin. Elle vit aujourd’hui essentiellement de l’industrie forestière qui reste très dynamique. Outre une promenade le long du lac qui la baigne, nous avons visité la bibliothèque et la salle de concert ainsi qu’un petit musée consacré au Kalevala, la mythologie finlandaise.
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Nous avons quitté Appaja ce matin après des adieux émus à Tullia et Reino. Celui-ci nous a conduits au bord de la grand-route où nous avons attendu le bus qui nous a menés à Kajaani en une heure et demie. De là le train vers Helsinki dans lequel je termine ce billet. Ce n’est pas franchement un TGV ! Six heures et demie pour 550 km. C’est une ligne à voie unique et il faut parfois rester arrêté assez longuement dans des gares pour permettre le croisement avec d’autres convois. D’où une régularité très aléatoire : nous avons déjà une bonne heure de retard.
Nous garderons un souvenir formidable de ce séjour finlandais. Preuve s’il en était besoin de la supériorité d’un voyage où l’on baigne dans la vie réelle d’un pays par rapport à des voyages touristiques traditionnels, fussent-ils ceux d’organismes qui essaient de nous faire un peu rencontrer la population locale, comme Terre d’aventures par exemple, avec lequel nous avons fait quelques superbes voyages.
Écrit dimanche 9 aout et terminé lundi 10 dans le train vers Helsinki…
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