Le souffle de la forêt
Anne-Marie Krebs
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C’est le titre d’un petit livre que je viens de terminer, récemment publié chez Arthaud et conseillé sur son blog par Élisabeth Quin, qui anime 28 minutes sur Arte.
Ce curieux ouvrage relate l’histoire de Simona Kossack, une zoopsychologue, qui a passé 30 ans de sa vie dans une forêt primaire de Pologne, Bialowieza, entourée d’animaux dans une grande maison forestière abandonnée et délabrée, sans eau courante ni électricité, qu’elle partage avec un photographe de Varsovie, Lech Wilczek, qui deviendra son compagnon. La vie de cette chercheuse en biologie, morte d’un cancer à 64 ans en 2007, a été largement documentée, elle-même a fait de nombreuses publications sur ses recherches.
Ce qui m’a intéressée dans cet ouvrage de Simonetta Greggio, romancière italienne, c’est la passion avec laquelle l’auteure explore l’existence hors du commun de son « héroïne », dont elle fait un personnage de roman.
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Simona, en effet, n’est pas une femme ordinaire, elle partage, au sens propre, la vie de la forêt, des arbres et surtout des animaux qui la peuplent. Au point qu’elle héberge sous son toit et même dans son lit une truie de sanglier, une petite femelle lynx qu’elle a sauvée et dont la mort accidentelle la rend inconsolable. Elle recueille ainsi un grand nombre d’animaux perdus dans la forêt, affolés, affamés, assoiffés : deux petits élans « rongés par les larves », une cigogne dont une patte était brisée, une biche craintive qu’elle apprivoise, des souris, un rat, un corbeau, une chouette… Cette maison, Dziedzinka, loin de l’image qu’on peut avoir d’un refuge SPA est vraiment la maison des bêtes, elles y sont chez elles sans contraintes, maternées par Simona et Lech. Ceux-ci essaient de protéger tous les habitants de cette forêt, les cerfs, en particulier contre les chasseurs, leurs pires ennemis, mais aussi les gestionnaires du parc qui capturent les animaux pour les marquer. Voici ce que Simona dit, à propos des cerfs : « On ne devrait jamais leur faire de mal. Pourtant, on les chasse, on les décompte, on les parque. On les réduit à des unités de gestion forestière… Moi, je vis avec eux. Pas au-dessus, pas à côté. Quand je marche dans Bialowieza, je les salue sans faire de bruit. Je regarde où je pose mes pieds. Je respecte leur tanière, leurs nids. Leur pâturage, leur territoire. Je fais partie du paysage. C’est ça, pour moi, faire mon métier. C’est écouter. Se taire. Et aimer assez pour ne pas posséder. » La photo de couverture la montre se promenant dans la forêt enneigée avec une harde de biches et de faons.
De son travail et ses recherches, il est très peu question, même si on sait qu’elle se rend souvent à l’université où elle donne des cours et au centre de recherche où ses collègues ne l’apprécient pas tous, ils la pensent un peu dérangée.
Et de fait, sur les photos qui illustrent le texte, on la voit couchée par terre alors que la truie dort sur son lit, sa mère qui partage cet amour des animaux brode côté… Ailleurs elle est assise à table et semble partager son repas avec la truie. Sur un autre cliché, elle dort avec le lynx dans les bras.
Je ne saurais trop conseiller cet ouvrage à ceux qui aiment la forêt, la nature, les animaux, les arbres. Je ne connais pas la Pologne, mais si j’y vais un jour, j’irai voir cette forêt de Bialowieza, en espérant qu’elle est restée encore un peu sauvage.
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