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Grains de sel
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Blog créé par l'Association pour l'autobiographie (APA) pour accueillir les contributions au jour le jour de vos vécus, de vos expériences et de vos découvertes culturelles.
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1 août 2026

Le souffle de la forêt

Anne-Marie Krebs

 

C’est le titre d’un petit livre que je viens de terminer, récemment publié chez Arthaud et conseillé sur son blog par Élisabeth Quin, qui anime 28 minutes sur Arte.

Ce curieux ouvrage relate l’histoire de Simona Kossack, une zoopsychologue, qui a passé 30 ans de sa vie dans une forêt primaire de Pologne, Bialowieza, entourée d’animaux dans une grande maison forestière abandonnée et délabrée, sans eau courante ni électricité, qu’elle partage avec un photographe de Varsovie, Lech Wilczek, qui deviendra son compagnon. La vie de cette chercheuse en biologie, morte d’un cancer à 64 ans en 2007, a été largement documentée, elle-même a fait de nombreuses publications sur ses recherches.

Ce qui m’a intéressée dans cet ouvrage de Simonetta Greggio, romancière italienne, c’est la passion avec laquelle l’auteure explore l’existence hors du commun de son « héroïne », dont elle fait un personnage de roman.

Simona, en effet, n’est pas une femme ordinaire, elle partage, au sens propre, la vie de la forêt, des arbres et surtout des animaux qui la peuplent. Au point qu’elle héberge sous son toit et même dans son lit une truie de sanglier, une petite femelle lynx qu’elle a sauvée et dont la mort accidentelle la rend inconsolable. Elle recueille ainsi un grand nombre d’animaux perdus dans la forêt, affolés, affamés, assoiffés : deux petits élans « rongés par les larves », une cigogne dont une patte était brisée, une biche craintive qu’elle apprivoise, des souris, un rat, un corbeau, une chouette… Cette maison, Dziedzinka, loin de l’image qu’on peut avoir d’un refuge SPA est vraiment la maison des bêtes, elles y sont chez elles sans contraintes, maternées par Simona et Lech. Ceux-ci essaient de protéger tous les habitants de cette forêt, les cerfs, en particulier contre les chasseurs, leurs pires ennemis, mais aussi les gestionnaires du parc qui capturent les animaux pour les marquer. Voici ce que Simona dit, à propos des cerfs : « On ne devrait jamais leur faire de mal. Pourtant, on les chasse, on les décompte, on les parque. On les réduit à des unités de gestion forestière… Moi, je vis avec eux. Pas au-dessus, pas à côté. Quand je marche dans Bialowieza, je les salue sans faire de bruit. Je regarde où je pose mes pieds. Je respecte leur tanière, leurs nids. Leur pâturage, leur territoire. Je fais partie du paysage. C’est ça, pour moi, faire mon métier. C’est écouter. Se taire. Et aimer assez pour ne pas posséder. » La photo de couverture la montre se promenant dans la forêt enneigée avec une harde de biches et de faons.

De son travail et ses recherches, il est très peu question, même si on sait qu’elle se rend souvent à l’université où elle donne des cours et au centre de recherche où ses collègues ne l’apprécient pas tous, ils la pensent un peu dérangée.

Et de fait, sur les photos qui illustrent le texte, on la voit couchée par terre alors que la truie dort sur son lit, sa mère qui partage cet amour des animaux brode côté… Ailleurs elle est assise à table et semble partager son repas avec la truie. Sur un autre cliché, elle dort avec le lynx dans les bras.

Je ne saurais trop conseiller cet ouvrage à ceux qui aiment la forêt, la nature, les animaux, les arbres. Je ne connais pas la Pologne, mais si j’y vais un jour, j’irai voir cette forêt de Bialowieza, en espérant qu’elle est restée encore un peu sauvage.

 

Internet

Commentaires
P
La forêt de Bialowieza (ou Bjelowies) me renvoie vers l'histoire singulière de mon grand-père, interné dans le camp du même nom en 1916, après avoir été blessé durant la Grande Guerre en Alsace. Il a rapporté de ce camp quelques dessins, que nous conservons précieusement au sein de la famille.<br /> <br /> Pour ce qui est de la forêt elle-même, je ne la connais que de nom mais elle est identifiée comme étant la dernière grande forêt primaire d'Europe.
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E
Balayant toute modestie, je me permets de te signaler mon essai : "Dans la forêt des livres"<br /> https://librairie.bod.fr/dans-la-foret-des-livres-elizabeth-legros-chapuis-9782810600229
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A
Je ne sais plus qui je dois remercier pour la découverte du roman de Richard POWERS "L'arbre monde", mais franchement, désormais, je ne regarde plus ni les forêts ni les troncs et les branches de la même façon... Un livre que je n'oublierai pas de sitôt... Informatif, poétique, intense. Et encore bien davantage !
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M
Réelle, la forêt est un biotope particulièrement riche. Celle de Bialowieza, l’une des dernières grandes forêts primaires d’Europe, est à ce titre classée et protégée, et l’histoire magnifique de Simona Kossack montre à quel point nous sommes reliés au vivant, végétal, animal, … <br /> Symbolique, la forêt est une représentation de l’inconscient, et sa signification est d’une grande richesse aussi, mais je me tairai sur ce point. <br /> Elle est encore l’un des motifs essentiels des contes de fée, un espace de magie et de mystère, peuplé de créatures de natures diverses, et un lieu d’épreuves, comme de révélation des héros à eux-mêmes. Psychanalyse et contes de fée peuvent d’ailleurs être reliés, mais ne lassons pas le lecteur…<br /> En France aussi nous avons des forêts, par exemple celle de Paimpont en Bretagne (une des traces de la Brocéliande des légendes arthuriennes, peut-être ?), lambeau de l’immense forêt celtique. Et il faut les protéger, entre autres des feux…<br /> Je rappelle enfin le beau film documentaire “Le Chant des forêts” de Vincent Munier, en partie tourné dans la forêt vosgienne, sorti au printemps.<br /> Merci, Anne-Marie, pour votre texte, le livre conseillé, et l’occasion que vous me donnez d’évoquer brièvement tout cela.
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M
Tout à fait d’accord, Malcolm. <br /> J’aimerais aussi évoquer le récit d’Henry David Thoreau : “Walden ou la vie dans les bois”, écrivain américain qui vécut un temps dans les forêts du Massachusetts au milieu du XIXème siècle. Deux traductions assez récentes (2017) en français, celle de Brice Matthieussent (éd. Le Mot et le Reste) et celle de Jacques Mailhos (éd. Gallmeister). Thoreau fut un précurseur : sa pensée est, pour ceux que cela intéresse, à la source de la réflexion écologiste.
M
Juste histoire de lui faire la pub qu'il mérite, dans le prolongement des mots de Maëlle, et parce que j'y ai pensé aussi en lisant le billet d'Anne-Marie, je dirais que le documentaire de Vincent Mugnier est une pure merveille, visuelle ET sonore, et que mêlant trois générations partageant le même vécu (le tournage de ce film), c'est un éblouissant modèle de transmission.
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