Retour d’Irlande
Anne-Marie Krebs
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Sans partir aussi loin que Bernard, j'ai fui la canicule pour aller chercher la fraîcheur à l'extrême ouest de l'Europe.
Partis de Roscoff où il faisait encore bien chaud dans la soirée, nous avons trouvé un temps beaucoup plus frais le lendemain matin à Cork, joli port aux maisons colorées, au sud de l’Irlande.
Il nous faut presque une journée de voiture - la conduite à gauche n'est pas évidente au début - pour gagner Clifden à l'ouest du Connemara, à quelques 300km. Ici pas de forets mais une lande verte et fleurie, des tourbières, des lacs innombrables et des moutons. Ils sont ici partout chez eux et il faut faire attention sur les routes, souvent étroites, car ils peuvent brouter sur les bas cotés sans se soucier des voitures ! Pas de chiens, pas de bergers, les moutons sont libres dans des champs immenses où les jolis murets ancestraux ont malheureusement souvent été remplacés par du grillage.
Ici, la nature est domestiquée certes, mais, dès que l'on s'éloigne des zones habitées on a vraiment l'impression d'être dans un monde sauvage. La mer et le ciel se confondent dans un dégradé de gris et de bleus, les longues plages de sable blanc succèdent aux falaises sombres. Le soleil perce à travers la brume, puis arrive un petit crachin, parfois une bonne averse et le soleil revient, nous sommes loin de la canicule, on respire des parfums d’herbe fraîche, de marée, de feu de tourbe.
Quelques sentiers sont tracés et balisés dans le Parc National du Connemara, un ensemble de collines, de landes, de tourbières et de lacs très propice à de superbes randonnées. Nous avons aussi suivi des chemins plus incertains qui traversaient des tourbières, il fallait alors sauter de motte en motte ou se tremper les pieds, ce qui arrivait souvent… et toujours les moutons qui nous observaient goguenards.
Après une semaine dans la Connemara, nous sommes allés explorer la péninsule de Dingle dans le Kerry. Pour y entrer, on suit une route parfois très étroite, où il est difficile de se croiser, pour passer Conor Pass un col à 450m d’altitude où l’on se croirait en haute montagne ! au pied, une vallée pratiquement inhabitée, toujours des tourbières, des lacs et aucun arbre, tout ça à 8 km de la Dingle, la seule ville de la péninsule.
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Plus bas on retrouve la superbe lande fleurie : fushias, glaïeuls sauvages, bruyère, entre autres, toutes une palette de couleurs allant de l’orange au mauve en passant par le rouge, une splendeur ! On retrouve aussi les moutons à tête et pattes noires, qui paraissent bien gras, comparés de nos moutons provençaux, ici ils ont de l’herbe à profusion.
Et, bien sûr, toujours la brume, le crachin et un soleil intermittent. On comprend l’abord un peu abrupt des habitants de la région : peu de sourires ou de signes amicaux lorsqu’on se range pour laisser passer une voiture que l’on croise. Dans le petit village où nous passions la semaine, nous avons vu des piliers de pubs, sirotant leur bière côte à côte au comptoir, rester là durant des heures sans échanger un mot. C’est aussi un peuple qui a souffert dans l’histoire. Par contre, les soirées musicales sont animées, tout le monde reprend les airs accompagnés par la cornemuse, l’accordéon et la guitare. Là-bas aussi la musique rapproche !