Sing sing sing
Christina Schwab
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La pluie fait des claquettes, sur le trottoir à minuit, elle mouille impitoyablement le déserteur couché dans son fossé, effaçant la tache rouge sur son uniforme. Sur le mur y’avait des glycines, et juste derrière, les portes du pénitencier se sont refermées sur toi. Je crois entendre encore cette femme dont tu parles avec tant de tendresse est-ce la Brinvillier ? Quand je pesais cent-vingt kilogrammes, Cecilia fredonnait Lascia ch’io pianga… mia cruda sorte… et che soooospiri… la liberta à… moi, comblée et nue dans le soleil d’après-midi… mordant sans vergogne dans un gâteau à la crème. J’avais quoi, quarante-cinq ans ? Duke me susurre : non, plus que ça, ma chérie. C’est encore meilleur l’amour à cinquante ans. Entends-tu le chien qui aboie, la Caravan qui passe ? C’est bien joli que je lui réponds, mais laisse la poursuivre sa route… moi, j’ai mon ménage à faire et, pour m’encourager, rien de tel que Fly me to the moon à défaut de Zombi Dupont. Je dois bien ça à ce bougre de Sinatra. Après tout c’est lui qui m’a appris l’anglais avec ses chansons et sa diction parfaite. J’avais été à bonne école, remarque, parce que déjà ma mère fredonnait Strangers in the night sa chanson fétiche, celle qu’elle a voulue à son enterrement, quelle sauce quand j’y pense.
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Mais quatre-vingt-quinze pour cent, elle a quand même pas osé, alors que c’était l’histoire de sa vie.
Bref, ça et Only you on a écouté religieusement dans la petite chapelle. Plus tard, c’est tous les moulins de mon cœur qui tournent sans fin… rien que d’entendre les premières mesures de « comme… une pierre que l’on jette » les papillons s’agitent dans mon estomac… les poils se dressent sur mes bras. Alors, venez donc chez moi et je vous donnerai des perles de pluie venues de pays où il ne pleut pas, je vous chanterai Lili Marleen en boucle comme je le faisais autrefois au chevet de mon petit à l’hôpital pour essayer de l’endormir, ça le faisait rire. Il est parti quand même et moi, ô solitude, j’aurais tellement voulu être vieille, à ce moment-là, pour n’avoir pas à lui survivre… Plume d’ange, dis, quand reviendras-tu ? Je ramasse les feuilles mortes à la pelle et je pleure en écoutant quand Isabelle chante au berceau de sa joie… Non, je n’ai rien oublié de toutes ces années-là. Pas plus que mon petit Thomas qui, dans un murmure… un petit poisson un petit oiseau s’aimaient d’amour tendre, mais comment s’y prendre quand on est dans l’eau… Comme je l’ai aimé, cet enfant que j’ai pris par la main. Allons, assez de nostalgie, je rentre à la maison – coming home… voilà qui déménage, et la vie continue, tu verras !