À propos du texte de Christina : « à tout cœur »
Catherine Bierling
Ce texte me touche si profondément qu’un court commentaire me semble trop peu…
Ces amours qui traversent le temps, qui se modifient sans cesse avec lui et semblent devenir plus forts, comment ne pas redouter de les perdre ? Tout en sachant pertinemment que « cela viendra » ?
Cela me rappelle un passage d’un très beau texte d’Amos Oz : « Seule la mer » (2002)
« Cela viendra comme un chat au crépuscule. Doux et preste, cela viendra. Cruel, indolent, vif et léger et rond, cela viendra, silencieusement à pattes de velours, le dos arqué, une boule de fourrure soyeuse et mauvaise qui se masse avant de bondir. Avec ses pupilles jaunes tigré, furtif, le gros dos, servile, cela viendra comme un chat sur un mur, patiemment tapi, élastique : il voit une mite. Il ne cédera pas. Des charbons ardents. Cela viendra et ne cédera pas. »
Ce texte m’avait bouleversée (pourtant j’aime bien les chats,), mais je connais leur détermination implacable lorsqu’ils ont décidé d’attraper une proie. Cela viendra… et ne cédera pas.
On pourrait dire que j’ai vécu la même angoisse, mais de manière inversée, puisque c’est moi qui ai fait le malaise en pleine nuit et c’est mon compagnon qui m’a accompagnée vers l’hôpital, et durant toute cette nuit, jusqu’au petit matin sans savoir si c’était le dernier, ou simplement une mauvaise alerte, un avertissement à prendre très au sérieux.
Je pense à une strophe d’une chanson de Jacques Brel « Les vieux » : « Ils se tiennent la main, ils ont peur de se perdre et se perdent pourtant. »
La conclusion de Christina me parle aussi bien sûr : « Un rappel du temps qui passe… de notre fragilité, de notre vulnérabilité… du sens de l’essentiel. »
Je suis aussi reconnaissante pour le temps qui nous a été accordé ; selon mes critères notre vie a été passionnante et réussie, malgré les pierres parfois posées en travers du chemin. Je ne regrette rien, mais je ne suis pas pressée ! Espérer encore quelques minutes de rab, des journées de soleil, des rencontres intéressantes, des échanges, des rires et des questions… Quand la vie nous rappelle impérativement sa brièveté, on devient plus attentif à chaque bel instant, fût-il insignifiant, comme à un cadeau inespéré…
Merci Christina, pour ce texte !
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