Camping et nature : des premiers pas innocents à l’immersion profonde (souvenirs) (1/6) Daktari manqué…
Malcolm
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Dans un texte déposé à l’APA en 2024 (« Quand j’serai grand, j’serai vétérinaire »), bien aimablement échoté par notre regretté Graham Woodroffe (APA 4563.40), je retrace mon parcours professionnel et évoque les sources possibles d’une « vocation ». Quand je dis que je suis (ou plutôt que j’étais…) vétérinaire, on me demande invariablement quels animaux je soigne (ou aurais soigné). Pour résumer (et aller rapidement au vif du sujet…), je réponds que je n’ai jamais exercé la médecine vétérinaire et que je ne me suis que très rarement hasardé à traiter des animaux (si ce n’est, ô les pauvres ! – et pour des pathologies bénignes – les miens propres, ceux de ma famille ou des amis). Immédiatement après l’obtention de mon diplôme, je m’étais en effet spécialisé en « économie des productions animales en régions chaudes » et orienté vers l’aide internationale (dite encore à l’époque « au développement ») et la coopération en Afrique subsaharienne, tout en assurant – sans vraiment m’en rendre compte… – mes arrières, en intégrant la fonction publique dans le corps des « Inspecteurs de santé publique vétérinaire ». Quand j’étais encore à l’école vétérinaire, j’ai eu la chance et le bonheur de pouvoir faire un séjour (à l’occasion des vacances de Pâques) au Kenya, où vivaient alors mon frère aîné et une de mes sœurs. Lors de ce voyage, j’ai été littéralement subjugué par les immenses réserves de faune sauvage et une brève rencontre avec un vétérinaire britannique qui y œuvrait (« plus en tant qu’écologue que praticien », soulignait-il) m’a conduit à rechercher un possible cursus en écologie à l’Université de Toulouse, dans le prolongement de mes études vétérinaires. Je n’ai pas souvenir d’avoir réellement approfondi cette recherche et, tout en continuant de rêver d’Afrique et de faune sauvage tropicale, je me suis rabattu sur la spécialisation évoquée, solution de facilité, car, à la condition de m’engager à le servir pendant au moins cinq années, j’obtenais une bourse du ministère de la Coopération.
J’œuvrerai donc en Afrique pendant 18 ans, mais au seul service des animaux d’élevage et de leurs éleveurs, sans approcher autrement que dans mes virées touristiques (mais parfois aussi à l’occasion de déplacements professionnels) cette majestueuse faune sauvage partout présente dans les quatre principaux pays où j’ai travaillé (Burkina Faso – « Haute-Volta » de l’époque –, Rwanda, Tchad et Kenya), voire dans certains pays voisins de ceux-ci ou bien d’autres où j’aurai eu l’occasion de faire des missions professionnelles.
Dans mon enfance et mon adolescence, pas de télé à la maison et donc pas de « Daktari » pour nourrir mes fantasmes de « docteur des lions ». Mais j’en aurai entendu parler de ce Daktari ! En Haute-Volta, je dirigeais un projet de développement de l’aviculture villageoise. Il s’agissait de former sur le tas des « vaccinateurs » dans chaque village pour en vacciner les poulets (contre une maladie dévastatrice, la pseudo-peste aviaire, qui ravageait les élevages chaque année). Je me suis vu affublé à cette occasion du titre de « Noos doktoré » (en mooré, le « docteur des poulets ») qui en jette tout de même moins, je le concède, que « Daktari » (sans parler du fait que certains expatriés ont pu croire que je m’appelais Despoulets…). Ceci dit, j’ai tout de même accepté un jour, par pure bravade, d’entrer – sensu stricto – dans « la cage aux lions ». Le propriétaire d’un restaurant à Ouagadougou (« Le Safari ») détenait en effet deux lionnes, probablement recueillies jeunes et nourries au biberon, donc « plus ou moins » apprivoisées. Un jour, l’une d’elles étant tombée malade, son « papa » m’a demandé si je pouvais venir l’examiner… Tout en lui faisant part des sérieuses limites de mes compétences en pathologie léonine (mais nullement de mes craintes…), j’ai accepté. Je n’ai plus le moindre souvenir aujourd’hui ni des troubles de cette pauvre lionne ni des modalités concrètes de mon examen clinique (à l’époque, j’avais encore un stéthoscope, mais c’était peut-être juste pour frimer…), encore moins des soins éventuels prodigués. Je ne me souviens que de mon entrée en cage (qui n’avait rien d’une piste de cirque…), accompagné du propriétaire qui, tandis que j’examinais ma (très !) « patiente » s’efforçait avec une longue hampe de bois et par force paroles apaisantes (autant pour la malade que pour moi) de maintenir sa frangine (inquiète de la scène, forcément) à bonne distance de ma pseudo « table de consultation » (un coin de cage à même le sol). Expérience unique de ma brève carrière daktarienne dont la peur et le stress du moment ont malheureusement effacé de ma mémoire toutes traces des détails de mon intervention (forcément limitée). Cela vaut peut-être mieux !
Au fond, il est clair que je préfère les lions en liberté, dans leur milieu naturel. Et il en est bien sûr de même avec toute la faune sauvage que j’ai eu le loisir et un plaisir sans pareil (en famille et entre amis) de contempler et voir évoluer dans ce milieu à de si nombreuses et inoubliables occasions (et d’immortaliser par tellement d’images, diapos, photos, films Super 8, vidéos…).
Mes enfants, les amis connus dans les différents pays, ou bien ceux venus nous y rendre visite, ont eux aussi eu la chance et le bonheur de pouvoir admirer ces splendeurs naturelles et cette richesse faunistique inouïe, dans des paysages eux-mêmes souvent époustouflants. Selon les pays où nous avons vécu, nous avons pu profiter des infrastructures touristiques existantes, parfois sobres (Burkina, Cameroun, Tchad), ou plus sophistiquées (Kenya), mais je pense que mon plaisir (comme celui de nos proches) atteignait son acmé à l’occasion de nos virées en camping dit « sauvage » (et de la véritable immersion en nature que celui-ci permettait), ce qui n’était bien sûr pas possible partout (parfois pour des raisons d’ordre sécuritaires), mais que nous avons tout de même pu pratiquer assez régulièrement. Les réveillons de Noël ou du Jour de l’An en ont été parfois une occasion singulière. Quand les enfants étaient encore en bas âge, en guise de sapin de Noël, nous décorions et illuminions à proximité de notre bivouac un arbuste quelconque (de préférence un filao s’il y en avait un, pour ses fines feuilles ressemblant vaguement à des aiguilles de pin), et une fois (au Rwanda), l’un de nos amis s’était même déguisé en Père Noël pour débarquer (non pas en traîneau, mais à pied…) avec les cadeaux et les déposer près de notre feu de camp, devant nos petits émerveillés (mais tout de même un peu étonnés en constatant que le Père Noël avait les mêmes baskets que notre ami Gérard C. ! À l’époque il en fallait plus pour imaginer le moindre complot…).
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