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Grains de sel
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Blog créé par l'Association pour l'autobiographie (APA) pour accueillir les contributions au jour le jour de vos vécus, de vos expériences et de vos découvertes culturelles.
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9 septembre 2026

Camping et nature : des premiers pas innocents à l’immersion profonde (souvenirs) (2/6)

Malcolm

 

Des Vosges à la Yougoslavie, en passant par la Forêt Noire : initiation

 

J’ai fait ma première expérience de camping « en autonomie » à l’âge de seize ans, en fin de première, avec un camarade de classe (Jean-Noël G.) qui en avait deux de plus que moi. À l’été 67, nous avions réalisé (en combien de jours ?) un tour des Vosges et de l’Alsace et, dès l’année suivante (après notre bac du fameux millésime), une présomptueuse tentative d’exploration du Massif central. Je débutais alors ma « carrière » de campeur et ne disposais que d’une petite tente « Canadienne deux places » (couchées, bien sûr) qui pesait déjà son bon poids de plusieurs kilos et que nous ne transportions (chacun à tour de rôle) qu’un jour sur trois ou quatre. On se/la plantait en un lieu donné et on randonnait (ou, plus souvent, on faisait du stop !) aux environs. Nous nous étions préalablement « entraînés » à camper le temps d’un unique week-end en forêt de Rambouillet (ville où j’habitais alors) et, au-delà de l’attrait propre, visuel, auditif et olfactif, de ce superbe massif forestier, nous y avions aussi découvert le supplice infligé par notre principal et irréductible ennemi (à vie !) : le moustique (pas encore « tigré » à l’époque) ! En juillet 68, nous avions installé tente et « camp de base » à La Tour d’Auvergne, d’où nous comptions « rayonner » à la découverte des monts Dore et de leurs larges environs, à pied, en stop, voire en bus. Mais ce fut sans compter la météo totalement pourrie de ce juillet-là ! Un mois de pluie quasi incessante (les temps ont bien changé…), passé en grande partie sous la toile (ou, plus rarement, faute de moyens, au troquet), ne m’aura toutefois pas découragé et m’aura même permis d’atteindre deux objectifs d’intérêt « majeur » (quoiqu’inégal, je l’avoue…) : d’abord, celui d’apprendre par cœur la liste des départements français et leurs numéros minéralogiques (il faut bien s’occuper… et je reste incollable !), ensuite et surtout (à mes yeux, mais pas forcément à ceux de tout le monde…) celui de lire, de la première à la dernière page, « Le Capital » de ce cher Karl, ce qui – dans le prolongement des événements du mois de mai précédent – a incontestablement (adverbe curieux pour un contestataire !), et définitivement je pense, fait de moi l’être « révolté » que je suis et tiens à rester, non seulement au plan politique (si j’en crois tout ce que je lis – avec délectation – sur ce blog, ce ne sont pas les sujets de révolte qui manquent), mais aussi peut-être tout simplement au plan humain…

Je n’en dirai pas plus sur ce point pour me garder un peu de place ici et pouvoir retourner à mon histoire de camping. Il me faut cependant raconter mon expérience particulière de l’été 72. Expérience de « routard », pas encore de randonneur (que je ne suis devenu, modestement, que sur le tard) ! À la fin de ma première année à l’École vétérinaire de Toulouse, au lieu d’aller comme la plupart de mes camarades de promotion commencer à me « faire la main » (comprendre me faire mordre, griffer ou prendre des coups de cornes ou de sabots… non, je rigole !) chez un vétérinaire (un vrai !), je me suis fait appuyer (il paraît qu’on dit « pistonner » ?) par la mère de ma copine du moment (elle travaillait à l’OMS) pour être embauché pendant un mois comme « planton » lors d’une Assemblée générale des Nations-Unies à Genève (non, ne pas y voir de « quête du père »…). Ma généreuse rémunération en poche, l’envie m’a pris de partir à la découverte de la Yougoslavie du camarade Tito, paradis méditerranéen communiste dont les portes (et l’économie…) s’ouvraient alors au tourisme occidental. En août 1972, plus innocent (ou mal ?) que jamais (un an auparavant – à quelques mois du concours vétérinaire… – en plein mois de février, j’avais déjà entrepris – et, heureusement, complètement foiré – de « tout lâcher » et de rejoindre… oui, carrément, Katmandou !), je pars donc la fleur non pas au fusil, mais juste en déco sur mes chemises indiennes de l’époque, en harmonie (plus ou moins…) avec mes « pattes d’èph », mes cheveux (longs) au vent, sac au dos et, en caisse à la main, mon inséparable (et néanmoins très encombrante) guitare Hagström 12 cordes (la même, au passage, que celle de Polnareff… sans interférer ici – ou si peu – avec la collecte de Pierre en cours, je vous renvoie à « L’amour avec toi », « L’oiseau de nuit », tout ça… j’y reviendrai, j’espère, dans un billet ad hoc). Cette fois, pas de tente ! Je vais donc devoir dormir (ou plutôt, seulement coucher) pour la première fois « à la belle étoile ». Ce sera dans un parc public à Rijeka. Je crains trop de me faire piquer ma belle compagne pour pouvoir fermer l’œil et mon anxiété ne me permet donc pas encore de jouir de cette voûte céleste qui, un jour pourtant, plus tard… m’envoûtera. Dès le lendemain, je gagne en autocar Titograd (aujourd’hui Podgorica, capitale du Monténégro), avec l’idée lumineuse (et toujours aussi innocente) d’essayer d’entrer… en Albanie. Oui, un « vrai » pays communiste, lui, totalement fermé au reste de ce monde capitaliste détesté (dans lequel je baigne quand même, assez à l’aise…) ! Qui ne tente rien n’a rien… Passeport british, coupe Beatles et guitare ne plaident évidemment pas en ma faveur à la frontière, et je suis bien évidemment refoulé… sans comprendre les insultes proférées à mon égard par les camarades gardes-frontières. Bon, ils ne m’ont quand même pas tiré dessus. Mais je peux me mettre à la place des migrants d’aujourd’hui…

Le choix de Titograd, quant à lui, n’était pas tout à fait innocent au plan, disons, « sentimental », puisque j’avais l’intention d’y retrouver deux (autres) copines. Elles m’accueillent bienveillamment sous leur tente. Encore une Canadienne « trois places » (tant mieux, il y en a une pour moi !). Je sais que ce n’est pas bien de le dire de façon aussi abrupte, mais bon, faute de confessionnal (et de place ici pour les détails), je dirai juste que copines entre elles à mon arrivée, elles ne l’étaient plus vraiment au petit matin suivant… J’avais en effet dormi (hum…) entre elles deux et m’étais sans doute comporté avec – disons… – une certaine maladresse. Et avec pour conséquence directe une fin de vacances et un retour en France (avec seulement l’une des deux copines…) un peu précipité.



 

Commentaires
C
Nul doute que vous connaissez Franck Lepage... https://www.youtube.com/watch?v=ixSI7qD-Z1s vous vous seriez bien entendus... J'aime lire vos aventures... en août 72 (16 ans), je "foutait l'boxon" sur les berges de l'Ardèche et j'étais initiée au diabolo menthe... et aux gauloises sans filtres.
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C
Cher Malcolm, mettons que c'est un cours de rattrapage sur énormément de sujets que nous avons dégusté avec JP (en 2016, ça date) en plusieurs fois. Nous ne nous sommes pas lassés.
M
Aïe aïe aïe Christina, où m'entraînes-tu ? Franck Lepage était sorti de mon esprit depuis bien des années (peut-être que ce que j'en redécouvre sur Wikipédia m'a profondément dégoûté de certaines choses...), mais en cliquant sur ton lien je me suis mis à rigoler, sans doute très bêtement (mais les "conférences gesticulées" me parlent, pour plein de raisons...), jusqu'à ce que je réalise que le spectacle auquel tu me renvoies dure plus de 5 heures et demi... Après 20mn de visionnage (à rire sans me forcer), j'ai enregistré ton lien, en me promettant d'aller au bout. Mais 5h30 de "cours" pour comprendre ce qu'est la culture, n'est-ce pas un peu trop long (ou bien c'est trop court ?). .
K
Bonjour Malcolm. J'ai bien aimé votre récit, surtout que vous avez laissé libre court à votre esprit rigolard, comme la description de votre refus de "vous faire la main". Pas de regret que vous ne soyez pas entré en Albanie, vu comment sont revenus deux amis qui, eux, sont entrés ... infréquentables. Eh bien voilà, vous êtes revenu en France et vous avez continué vos récits. Nous les attendons.
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M
Chère Kata, comme vos mots me touchent, comme tous ceux que vous nous livrez sur ce blog, au regard en particulier de vos actions en faveur des é(im)migrés. Nous en sommes tous les deux, n'est-ce pas ? Mais sûrement pas dans les mêmes registres. Il faudra bien un jour que je me livre aussi sur ce sujet... mais je suis tellement peu sûr de moi dans la façon que j'ai de restituer ce que j'ai le désir (devoir ?) d'écrire et de laisser une trace... Même de mes pires comportements (à l'occasion de ce billet en particulier). J'ose croire que les épisodes suivants seront plus en adéquation avec le thème.
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