Camping et nature : des premiers pas innocents à l’immersion profonde (souvenirs) (4/6)
Malcolm
/image%2F1169248%2F20260914%2Fob_bf762d_logo-nature-et-moi.jpg)
Aux escapades d’ordre familial ou amical viennent, pour ce qui me concerne plus personnellement, s’ajouter mes nuits en brousse à l’occasion des visites professionnelles « de terrain ». C’est d’ailleurs peut-être dans ce cadre que mon équipement de camping a évolué vers une certaine simplification. Ainsi, les classiques lits de camp pliants, dits « lits-picots », certes confortables et sécurisants, mais assez encombrants et lourds, ont été vite abandonnés au profit des banals matelas pneumatiques (alors encore gonflés au souffle…), et surtout de simples matelas de fabrication artisanale locale, en toile et coton pressé, pas trop épais et transportés roulés. Quant à la tente de camping classique à double toit (certes utile pour se protéger de la pluie, mais non indispensable dans les pays sahéliens à longue saison sèche, où il peut ne pas tomber une goutte d’eau pendant plusieurs mois), et par ailleurs assez longue à monter (on est encore loin de la tente instantanée « pop-up » d’aujourd’hui !), elle se voit souvent remplacée par une simple moustiquaire accrochée à ses quatre coins aux arbustes ou buissons environnants et aux toits de nos véhicules. Comme il est tout de même exclu de dormir à même le sol en possible compagnie indésirée de dangereux et variés invertébrés piqueurs ou mordeurs, dont certains très venimeux (scorpions et autres serpents…), nos moustiquaires ont été habilement et joliment modifiées par des couturières locales avec l’ajout d’un tapis de sol et d’une fermeture éclair verticale, en faisant ainsi des quasi-tentes individuelles, toujours efficace surtout contre l’ennemi public n°1, le moustique (porteur, en zone tropicale, de bien des maladies, à commencer par le paludisme).
Nous n’étions pas les premiers expatriés à adopter ce type d’abri nocturne, mais c’est à l’occasion d’une mission professionnelle dans l’Est tchadien que j’ai découvert et adopté le nom de ce genre d’installation sommaire sous la voûte céleste. Lors d’un sérieux incident de parcours (justement en début de saison des pluies !) où, malgré l’habileté de nos chauffeurs (parfois même trop audacieux à mon goût…), nos 4X4 ne pouvaient plus progresser sur des pistes précaires devenues invisibles et impraticables dans une immense zone totalement inondée, j’avais été accueilli chez des coopérants néerlandais, dans la petite ville d’Oum Hadjer, et nous avions longuement discuté ensemble de nos visites de terrain et de ce plaisir à nul autre égal d’échapper provisoirement « aux bruits de la “civilisation” et à la fureur du monde ». C’est chez eux que j’ai entendu pour la première fois (et immédiatement adopté !) l’expression « billion star hotel » ou « hôtel un milliard d’étoiles » pour parler de ces bivouacs qui, tant dans le travail qu’en famille et entre amis, nous auront permis tout au long de nos 18 années d’expatriation de nous immerger, à moindre coût (ces milliards d’étoiles au plafond de nos moustiquaires ne coûtaient rien), dans des dizaines de lieux à travers le continent, extrêmement variés, où évoluait (et évolue toujours, j’espère…) cette multitude de troupeaux, petits groupes ou représentants individuels d’une faune sauvage africaine absolument fabuleuse, unique encore une fois, le plus souvent indifférents (ou, plus probablement, seulement l’air indifférent !) à notre présence. Tout comme le nombre et la diversité de ces lieux où j’ai séjourné à l’hôtel « un milliard d’étoiles », il me serait impossible de dresser ici l’inventaire exhaustif de toutes les espèces rencontrées et observées, des plus grosses (et souvent emblématiques : éléphants, rhinocéros, girafes, buffles, zèbres, etc.) aux plus petites, toutes fixées sur mes pellicules, en plans parfois très rapprochés (et possiblement dangereux…) ou au téléobjectif.
Comme lieux marquants de nos aventures, je retiens aussi bien ceux de nos séjours — tant en infrastructures touristiques qu’en camping sauvage — dans les réserves naturelles et parcs nationaux (certains plus réputés que d’autres) de nos différents pays d’accueil, que nos virées plus ou moins improvisées « en brousse ». Restera en tout cas toujours gravée dans mes souvenirs (certes soutenus par les milliers de clichés dont je dispose : cf. petit échantillon joint !) l’incroyable richesse faunistique de tous ces pays, y compris (pour certaines espèces et parfois à leurs risques et péril…) au-delà des limites de leurs réserves naturelles.
M’auront ainsi particulièrement marqué les parcs et réserves d’Arly et du W au Burkina, de l’Akagera au Rwanda, de Zakouma au Tchad, de Waza et de la Boubandjida au nord Cameroun (voisin du Tchad) et, bien sûr, au Kenya, les célébrissimes Masai Mara, Amboseli, Tsavo et (à toute proximité de la capitale et facile d’accès pour nous le week-end !) le parc national de Nairobi. Et j’en passe, évidemment !
J’ai déjà évoqué le camping sauvage en brousse à l’occasion de sorties en famille et entre amis, mais c’est dans le contexte professionnel que je l’ai le plus pratiqué et c’est sans nul doute au Tchad qu’il m’a permis de m’immerger au plus profond d’une nature vivante et minérale d’une diversité extrême, à l’image de la géographie et du climat de cet immense pays d’Afrique centrale, tout comme celle des pratiques agricoles et d’élevage auxquelles j’étais confronté dans mon travail, du sud du pays au climat tropical humide (soudanien) au nord saharien et désertique avec ses dromadaires, en passant par la zone sahélienne avec ses zébus. Les splendeurs minérales du plateau de l’Ennedi dans le nord-est tchadien, la découverte sur ce même plateau de ces étonnantes et admirables peintures rupestres vieilles de plus de 7000 ans, la rencontre des éleveurs camelins aux fameuses gueltas d’Archei et Ba Shiqele (près de laquelle nous avions campé), et la traversée aventureuse d’est en ouest de l’erg (désert) du Djourab (en ligne droite, de la ville de Fada à celle de Faya, avec un guide, à titre d’assurance-vie !), figurent et resteront certainement parmi les souvenirs les plus prodigieux de ma vie.
/image%2F1169248%2F20260914%2Fob_004fe1_20260913gds-vie-msaunders-camping-et-n.jpg)