Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Grains de sel
Grains de sel
Grains de sel

Blog créé par l'Association pour l'autobiographie (APA) pour accueillir les contributions au jour le jour de vos vécus, de vos expériences et de vos découvertes culturelles.
Voir le profil de apagds sur le portail Canalblog

Newsletter
Commentaires récents
13 septembre 2026

Camping et nature : des premiers pas innocents à l’immersion profonde (souvenirs) (4/6)

Malcolm

 

Hôtel « un milliard d’étoiles »

 

Aux escapades d’ordre familial ou amical viennent, pour ce qui me concerne plus personnellement, s’ajouter mes nuits en brousse à l’occasion des visites professionnelles « de terrain ». C’est d’ailleurs peut-être dans ce cadre que mon équipement de camping a évolué vers une certaine simplification. Ainsi, les classiques lits de camp pliants, dits « lits-picots », certes confortables et sécurisants, mais assez encombrants et lourds, ont été vite abandonnés au profit des banals matelas pneumatiques (alors encore gonflés au souffle…), et surtout de simples matelas de fabrication artisanale locale, en toile et coton pressé, pas trop épais et transportés roulés. Quant à la tente de camping classique à double toit (certes utile pour se protéger de la pluie, mais non indispensable dans les pays sahéliens à longue saison sèche, où il peut ne pas tomber une goutte d’eau pendant plusieurs mois), et par ailleurs assez longue à monter (on est encore loin de la tente instantanée « pop-up » d’aujourd’hui !), elle se voit souvent remplacée par une simple moustiquaire accrochée à ses quatre coins aux arbustes ou buissons environnants et aux toits de nos véhicules. Comme il est tout de même exclu de dormir à même le sol en possible compagnie indésirée de dangereux et variés invertébrés piqueurs ou mordeurs, dont certains très venimeux (scorpions et autres serpents…), nos moustiquaires ont été habilement et joliment modifiées par des couturières locales avec l’ajout d’un tapis de sol et d’une fermeture éclair verticale, en faisant ainsi des quasi-tentes individuelles, toujours efficace surtout contre l’ennemi public n°1, le moustique (porteur, en zone tropicale, de bien des maladies, à commencer par le paludisme).

Nous n’étions pas les premiers expatriés à adopter ce type d’abri nocturne, mais c’est à l’occasion d’une mission professionnelle dans l’Est tchadien que j’ai découvert et adopté le nom de ce genre d’installation sommaire sous la voûte céleste. Lors d’un sérieux incident de parcours (justement en début de saison des pluies !) où, malgré l’habileté de nos chauffeurs (parfois même trop audacieux à mon goût…), nos 4X4 ne pouvaient plus progresser sur des pistes précaires devenues invisibles et impraticables dans une immense zone totalement inondée, j’avais été accueilli chez des coopérants néerlandais, dans la petite ville d’Oum Hadjer, et nous avions longuement discuté ensemble de nos visites de terrain et de ce plaisir à nul autre égal d’échapper provisoirement « aux bruits de la “civilisation” et à la fureur du monde ». C’est chez eux que j’ai entendu pour la première fois (et immédiatement adopté !) l’expression « billion star hotel » ou « hôtel un milliard d’étoiles » pour parler de ces bivouacs qui, tant dans le travail qu’en famille et entre amis, nous auront permis tout au long de nos 18 années d’expatriation de nous immerger, à moindre coût (ces milliards d’étoiles au plafond de nos moustiquaires ne coûtaient rien), dans des dizaines de lieux à travers le continent, extrêmement variés, où évoluait (et évolue toujours, j’espère…) cette multitude de troupeaux, petits groupes ou représentants individuels d’une faune sauvage africaine absolument fabuleuse, unique encore une fois, le plus souvent indifférents (ou, plus probablement, seulement l’air indifférent !) à notre présence. Tout comme le nombre et la diversité de ces lieux où j’ai séjourné à l’hôtel « un milliard d’étoiles », il me serait impossible de dresser ici l’inventaire exhaustif de toutes les espèces rencontrées et observées, des plus grosses (et souvent emblématiques : éléphants, rhinocéros, girafes, buffles, zèbres, etc.) aux plus petites, toutes fixées sur mes pellicules, en plans parfois très rapprochés (et possiblement dangereux…) ou au téléobjectif.

Comme lieux marquants de nos aventures, je retiens aussi bien ceux de nos séjours — tant en infrastructures touristiques qu’en camping sauvage — dans les réserves naturelles et parcs nationaux (certains plus réputés que d’autres) de nos différents pays d’accueil, que nos virées plus ou moins improvisées « en brousse ». Restera en tout cas toujours gravée dans mes souvenirs (certes soutenus par les milliers de clichés dont je dispose : cf. petit échantillon joint !) l’incroyable richesse faunistique de tous ces pays, y compris (pour certaines espèces et parfois à leurs risques et péril…) au-delà des limites de leurs réserves naturelles.

M’auront ainsi particulièrement marqué les parcs et réserves d’Arly et du W au Burkina, de l’Akagera au Rwanda, de Zakouma au Tchad, de Waza et de la Boubandjida au nord Cameroun (voisin du Tchad) et, bien sûr, au Kenya, les célébrissimes Masai Mara, Amboseli, Tsavo et (à toute proximité de la capitale et facile d’accès pour nous le week-end !) le parc national de Nairobi. Et j’en passe, évidemment !

J’ai déjà évoqué le camping sauvage en brousse à l’occasion de sorties en famille et entre amis, mais c’est dans le contexte professionnel que je l’ai le plus pratiqué et c’est sans nul doute au Tchad qu’il m’a permis de m’immerger au plus profond d’une nature vivante et minérale d’une diversité extrême, à l’image de la géographie et du climat de cet immense pays d’Afrique centrale, tout comme celle des pratiques agricoles et d’élevage auxquelles j’étais confronté dans mon travail, du sud du pays au climat tropical humide (soudanien) au nord saharien et désertique avec ses dromadaires, en passant par la zone sahélienne avec ses zébus. Les splendeurs minérales du plateau de l’Ennedi dans le nord-est tchadien, la découverte sur ce même plateau de ces étonnantes et admirables peintures rupestres vieilles de plus de 7000 ans, la rencontre des éleveurs camelins aux fameuses gueltas d’Archei et Ba Shiqele (près de laquelle nous avions campé), et la traversée aventureuse d’est en ouest de l’erg (désert) du Djourab (en ligne droite, de la ville de Fada à celle de Faya, avec un guide, à titre d’assurance-vie !), figurent et resteront certainement parmi les souvenirs les plus prodigieux de ma vie.

 

Commentaires
M
Ah Christina, tu as mis le doigt sur l'inimaginable difficulté que j'ai eu à ne parler, dans ce billet bien particulier, de ma si chère Afrique que sous l'angle de ces merveilleux moments passés presque hors du temps (sinon de l'espace dit "civilisé" - je déteste ce mot qui laisse trop souvent entendre que le monde qui nous entourait ne l'était pas...). Malheureusement, la réalité de notre vie de tous les jours fut toute autre, même si elle pouvait être considérée comme plutôt "confortable" au plan matériel. Pour en avoir quelque idée, je ne peux que renvoyer à mon texte évoqué et déposé à l'APA "Quand j'serai grand, j'serai vétérinaire"... Rien qu'en Haute-Volta, en 6 ans nous avons vécu 4 coups d’État , avec chaque fois plus de morts, le dernier de es "coups" étant celui de la prise de pouvoir de l'illustre Thomas Sankara (qui attribuera, quelques semaines après notre départ le nom de Burkina Faso, "Le Pays des hommes intègres" à ce pays et... sera lui-même assassiné moins de 10 ans plus tard...). Dans notre pays suivant, le Rwanda, l'ambiance était déjà nauséabonde (ça ne se ressentait pas, évidemment, dans le paradisiaque Parc de l'Akagera !) : nous l'avons quitté six ans avant le génocide, mais je ne me suis JAMAIS remis de l'assassinat dès le 6 avril 1994 de mes deux ex-adjoints, Raymond Kamayiré et Télesphore Rwabukera. Je leur rends un hommage ici : https://www.youtube.com/watch?v=RR5YVlH9pRg. Au Tchad, nous avons connu le renversement de Hissein Habré par Idriss Déby et à cette tumultueuse et très angoissante occasion, nous avons fait l'objet ma famille et moi d'une évacuation sur la France et avons perdu toutes nous affaires personnelles dans les pillages à N'Djamena... Je pourrais prolonger cette triste liste par de nombreux autres faits dramatiques qui continuent de me hanter et me faire gravement douter d'une possible "bonne" nature humaine. Pardon de m'être lâché ici, sans doute le fallait-il...
Répondre
W
ta vidéo témoignage est horriblement triste mais importante. merci pour nous avoir aiguillés vers cet "in memoriam" raconté et illustré
C
je n'arrive pas à trouver de commentaire intelligent à faire (aussi bien me taire alors) sinon WOW ! que de beauté, j'en reste bouche bée et MERCI de me faire accéder à tout ça. Il faut croire qu'il n'y avait pas de conflits armés pendant toutes les années où tu as travaillé là-bas et que tu n'as pas côtoyé la misère de trop près. Cela donne une toute autre dimension aux images de l'Afrique je m'étais forgées.
Répondre
Mode d'emploi

Adresser votre texte (saisi en word, sans mise en page, en PJ à votre mail) à l'adresse :

apagds@proton.me

- Envoyez si possible une image (séparément du texte). Cliquez sur les images pour les ouvrir en grand
- Précisez sous quel nom d'auteur il doit être publié
- Merci de ne pas adresser de textes trop longs afin de laisser son dynamisme à la lecture. Des billets de 2000 à 4000 signes environ sont les plus adaptés à la lecture dans un blog.
L
es administrateurs du blog se réservent le droit de publier un texte trop long de façon fractionnée.


 

Archives