Chroniq’hebdo 252 | De qui se moque-t-on ?
Pierre Kobel
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Il y a peu j’entendais je ne sais plus qui prôner l’apprentissage de la lecture en grande section de maternelle. Il y a toujours de grands esprits pour inventer l’eau chaude… Déjà, il y a plus de soixante ans, le dinosaure que je suis a appris à lire dès la GS. Et durant mes quarante ans d’enseignement, je n’ai pas attendu les cogitations intellectuelles d’un pédago ou d’une psy pour rendre la littérature, les mots, le plaisir de lire familiers à mes élèves et leur permettre ainsi d’en avoir le désir de se les approprier.
Depuis une semaine, on nous rebat les oreilles avec les résultats de l’enquête PISA, qui pointent une baisse significative des apprentissages en France. Et hop ! Montée au créneau du ministre pour relativiser ces résultats, diatribes des politiques qui trouvent là du grain à moudre pour nourrir leur discours électoral. Et, incontournables, les spécialistes de l’école : psy, pédago encore, journalistes, chroniqueurs et autres penseurs médiatiques qui se répandent sur les plateaux et dans les tribunes pour donner leur avis, leurs solutions à coups de « yaquà » et de « fautquon ». Car, en France, chacun a son idée de l’école. L’école, creuset de toutes les cuisines internes, entre politiques à courte vue et pré carré des crânes d’œuf du ministère, entre un corps d’inspecteurs imbus de leur pouvoir et les enseignants eux-mêmes qui, au-delà de leur conscience professionnelle et de leurs compétences pédagogiques, n’ont aucune projection de l’homme de demain à la construction duquel leur métier est censé contribuer. Ça me rappelle la chanson de Maurice Chevalier : « Quand un enseignant rencontre un autre enseignant, qu’est qu’ils se racontent ? Des histoires d’enseignant. »
Depuis des années, voire des décennies, la société, la culture se modifient à toute allure et l’Éducation nationale ainsi que ses acteurs, pour des raisons diverses, ne cessent d’être en retard sur elles, de ne pas investir en matière de moyens financiers, matériels, humains, se tenant à leurs prérogatives et à leur univers fermé. Quant aux élites responsables et donneuses de leçons, elles confient leur progéniture à l’enseignement privé, à l’écart des vicissitudes communes.
Je sais que mes propos peuvent heurter et pas question pour moi d’oublier celles et ceux que j’ai fréquentés durant ma carrière. Les collègues qui, pour certaines et certains, sont toujours des amies et amis, telle inspectrice pleine d’humanité et de respect pour ses instits, tel conseiller pédagogique qui ne se prenait pas pour un puits de savoir et ne venait pas nous voir avec des recettes toutes faites. Pas question d’ajouter MA solution à celles des autres, ne serait-ce que parce que mon souci d’indépendance n’a jamais fait de moi un enseignant exemplaire. Mais ma réaction est dans le droit fil de ce que je pense depuis que j’ai commencé à fréquenter l’école en tant que telle. Car, je ne peux que l’écrire, j’ai toujours été un élève heureux, avide d’apprendre et mon tort aura été sans doute de croire qu’il en serait de même en devenant instituteur. Mes élèves m’ont laissé plein de souvenirs joyeux et enrichissants. L’institution scolaire, sa hiérarchie, ses rigidités et sa fermeture d’esprit m’ont d’autant plus déçu. Ce que j’ai su le mieux transmettre, c’est ce qui débordait cela.
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« Mais pourquoi je vous raconte tout ça ? » (ELC)
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