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Grains de sel
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Blog créé par l'Association pour l'autobiographie (APA) pour accueillir les contributions au jour le jour de vos vécus, de vos expériences et de vos découvertes culturelles.
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15 septembre 2026

Chroniq’hebdo 252 | De qui se moque-t-on ?

Pierre Kobel

 

Il y a peu j’entendais je ne sais plus qui prôner l’apprentissage de la lecture en grande section de maternelle. Il y a toujours de grands esprits pour inventer l’eau chaude… Déjà, il y a plus de soixante ans, le dinosaure que je suis a appris à lire dès la GS. Et durant mes quarante ans d’enseignement, je n’ai pas attendu les cogitations intellectuelles d’un pédago ou d’une psy pour rendre la littérature, les mots, le plaisir de lire familiers à mes élèves et leur permettre ainsi d’en avoir le désir de se les approprier.

Depuis une semaine, on nous rebat les oreilles avec les résultats de l’enquête PISA, qui pointent une baisse significative des apprentissages en France. Et hop ! Montée au créneau du ministre pour relativiser ces résultats, diatribes des politiques qui trouvent là du grain à moudre pour nourrir leur discours électoral. Et, incontournables, les spécialistes de l’école : psy, pédago encore, journalistes, chroniqueurs et autres penseurs médiatiques qui se répandent sur les plateaux et dans les tribunes pour donner leur avis, leurs solutions à coups de « yaquà » et de « fautquon ». Car, en France, chacun a son idée de l’école. L’école, creuset de toutes les cuisines internes, entre politiques à courte vue et pré carré des crânes d’œuf du ministère, entre un corps d’inspecteurs imbus de leur pouvoir et les enseignants eux-mêmes qui, au-delà de leur conscience professionnelle et de leurs compétences pédagogiques, n’ont aucune projection de l’homme de demain à la construction duquel leur métier est censé contribuer. Ça me rappelle la chanson de Maurice Chevalier : « Quand un enseignant rencontre un autre enseignant, qu’est qu’ils se racontent ? Des histoires d’enseignant. »

Depuis des années, voire des décennies, la société, la culture se modifient à toute allure et l’Éducation nationale ainsi que ses acteurs, pour des raisons diverses, ne cessent d’être en retard sur elles, de ne pas investir en matière de moyens financiers, matériels, humains, se tenant à leurs prérogatives et à leur univers fermé. Quant aux élites responsables et donneuses de leçons, elles confient leur progéniture à l’enseignement privé, à l’écart des vicissitudes communes.

Je sais que mes propos peuvent heurter et pas question pour moi d’oublier celles et ceux que j’ai fréquentés durant ma carrière. Les collègues qui, pour certaines et certains, sont toujours des amies et amis, telle inspectrice pleine d’humanité et de respect pour ses instits, tel conseiller pédagogique qui ne se prenait pas pour un puits de savoir et ne venait pas nous voir avec des recettes toutes faites. Pas question d’ajouter MA solution à celles des autres, ne serait-ce que parce que mon souci d’indépendance n’a jamais fait de moi un enseignant exemplaire. Mais ma réaction est dans le droit fil de ce que je pense depuis que j’ai commencé à fréquenter l’école en tant que telle. Car, je ne peux que l’écrire, j’ai toujours été un élève heureux, avide d’apprendre et mon tort aura été sans doute de croire qu’il en serait de même en devenant instituteur. Mes élèves m’ont laissé plein de souvenirs joyeux et enrichissants. L’institution scolaire, sa hiérarchie, ses rigidités et sa fermeture d’esprit m’ont d’autant plus déçu. Ce que j’ai su le mieux transmettre, c’est ce qui débordait cela.

****

« Mais pourquoi je vous raconte tout ça ? » (ELC)

 

Commentaires
G
Je ne suis pas moi-même prof, mais j'ai des profs partout autour de moi : je crois qu'ils approuveraient ton texte sans réserve.<br /> <br /> Je me demande simplement si le métier de prof est voué à construire l'homme de demain, du moins dans cette Éducation Nationale. Pierre Bergounioux a plusieurs fois dit et écrit que son travail d'enseignant consistait à ratifier au stylo rouge les inégalités sociales. Ce constat très désabusé n'est certes pas une vérité absolue, mais il ne date pas de l'an dernier ou d'il y a dix ans : plutôt trente ou quarante.<br /> <br /> La question que je me pose (sans être encore bien fixé) : quels sont les buts de ce système scolaire ? Emanciper intellectuellement ? Former de la ressource humaine pour le marché de l'emploi ?<br /> <br /> Et si c'est la deuxième option, les profs peuvent-ils lutter individuellement contre un tel rouleau compresseur institutionnel ?<br /> <br /> Je répète : mon opinion n'est pas formée, ce ne sont encore que des soupçons que je voudrais éclaircir.
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M
Nous autres dinosaures sommes en réalité des êtres fascinants, au comportement social complexe, qui nourrissent l’imaginaire et la science depuis bien longtemps. Nous sommes capables de résilience, liés - pas seulement sur le plan symbolique - à l’énergie vitale et créatrice, et porteurs d’une postérité diversifiée.<br /> Bien sûr, les découvertes récentes montrant que la Terre est plate, que l’homme n’a jamais marché sur la Lune ou que les vaccins inoculent des puces, remettent peut-être tout cela en question. Mais gardons espoir : pendant un certain temps encore, c’est dans nos vieilles marmites que l’on continuera à mitonner les meilleures soupes… Et certains s’en apercevront.
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K
Comme je serai peut être très occupée toute l'après-midi, je mets mon grain de sel maintenant. Je n'ai jamais moi-même fait partie de l'éducation nationale, mais mon maris était prof et j'ai toujours suivi la scolarité de mes enfants. Je suis donc un peu au courant, je lis aussi des articles, malheureusement beaucoup de faits divers en ce moment, et je suis aussi le Réseau Education Sans Frontières.<br /> Je voulais parler de quelque chose qui me turlupine depuis un moment. Le métier d’enseignant a été complètement démoli, dévamorisé ! N'importe qui, même analphabète, peut cracher sur les enseignant.es. J'en veux énormément à tous ces politiques qui se sont permis de "désacraliser" (même si ce mot est un peu fort) la fonction d'enseignant. Le respect du savoir n'existe plus. C'est grave. La perte de place dans PISA n'est pas étonnante, on a de plus en plus de mal à recruter vu la faiblesse de la rémunération, entre autres, trop d'élèves par classe, impossibilité d'un vrai suivi, même si l'enseignant.e le voudrait.<br /> Il faudra encore combien de morts,de coups ou d'insultes pour que le ministère prenne des vraies mesures pour revaloriser le métier ?<br /> Une petite histoire pour terminer : mon mari prof de français pour des 6e faisait étudier "le journal d'Anne Franck". Il a été interpelé par une maman qui lui a dit qu'à son avis ce livre n'était pas pour des jeunes. Mon mari lui a posé une seule question: l" est-ce que je vous demande combien de poireaux vous mettez dans votre soupe ?"<br /> Ca c'est arrêté là. Aujourd'hui, le père ou autre serait peut être intervenu brutalement, certainement.<br /> Je ne m'habitue pas à la violence actuelle.
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K
Réponse à Gavril. Mon mari aurait été entièrement d’accord avec votre réflexion sur le livre « Jourbal d’Anne Frank » La mere de l’élève avait peur certainement de ce que découvrait Anne et que sa fille devait donc aussi découvrir par la lecture. À l’époque de mon mari il était très mal vu que les parents se mêlent du contenu des cours des enseignants, alors que maintenant …
G
Je me permets un petit aparté, car je suis en train de terminer le journal d'Anne Frank. J'ai toujours imaginé que ce texte n'avait d'intérêt qu'historique et que sa célébrité était due au destin tragique de son autrice. Une pièce de musée, en somme, destinée à être regardée de loin et avec recueillement.<br /> <br /> Quelle erreur. C'est un texte plein de vie et d'une remarquable intelligence. Je serais tentée de voir en elle un personnage de Colette.<br /> <br /> "Pas pour les jeunes" ? Quelle drôle d'idée (même si je soupçonne qu'on ne peut en mesurer la beauté qu'un peu plus tard).
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