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Grains de sel
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Blog créé par l'Association pour l'autobiographie (APA) pour accueillir les contributions au jour le jour de vos vécus, de vos expériences et de vos découvertes culturelles.
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8 septembre 2026

Chroniq’hebdo | De l’APA, des écrits de nature

Pierre Kobel


 

Le croirez-vous ? La rentrée de l’APA a eu lieu aussi et ça se bouscule au portillon entre les réunions multiples, les échéances à tenir pour les publications, les échanges de courriels et au téléphone chaque jour, et la dernière ligne droite des préparatifs de nos journées de fin septembre.

C’est le propre de la vie associative quand on s’y implique pleinement, mais quand s’y ajoute la configuration d’un nouvel ordinateur et la quête de toutes les données envolées qu’il faut retrouver, le chantier semble sans fin.

Dans la perspective des journées de fin septembre, je viens de relire le En nature composé par Emmanuelle Tabet. J’y découvre des pages magnifiques quant à l’écriture, qui me ramènent à tous les lieux que j’ai fréquentés durant mon existence, depuis les jardins communaux de mes grands-parents aux divers paysages des séjours de vacances jusqu’à la campagne où mes parents finirent leur existence et les bords de Marne tout proches de mon domicile banlieusard.

Puis-je l’écrire ? Ce qui me chagrine un peu dans ces descriptifs de promenades et autres notules qui en découlent, c’est une grande absence de l’humain. Qu’on recherche de l’apaisement dans la fréquentation de la nature, en herborisant et en se liant à la magie des arbres, je l’entends sans mal, mais les meilleurs de mes souvenirs qui s’y rapportent sont ceux que j’ai partagés avec des ami(e)s, des amours, des compagnes et compagnons de rencontre. À trop se retirer du monde et d’autrui, le promeneur solitaire prend le risque d’une misanthropie, qu’elle soit délibérée ou pas.

L’ami Malcolm nous envoie une nouvelle série de textes pour nous raconter avec la faconde pleine de vie et d’humour qui est la sienne, son parcours professionnel de vétérinaire. C’est une approche chargée d’aventures entre pittoresque et dangers, d’anecdotes dans un ailleurs lointain et étranger. Je vous laisse découvrir par quelles rencontres animale et humaine exceptionnelles, il conclut son récit. Encore une leçon de vie, telle que nous avons besoin chaque jour.

Et pour finir sur une note d’humour qui en dit plus qu’il n’y paraît, ce poème du merveilleux Jean Tardieu, poème que j’aimais apprendre à mes petits élèves d’année en année.

Conversation

Comment ça va sur la terre ?

− Ça va, ça va, ça va bien.
Les petits chiens sont-ils prospères ?
− Mon dieu oui, merci bien.
Et les nuages ?
− Ça flotte.
Et les volcans ?
− Ça mijote.
Et les fleuves ?
− Ça s’écoule.
Et le temps ?
− Ça se déroule.
Et votre âme ?
− Elle est malade
Le printemps était trop vert
Elle a mangé trop de salade.

In Monsieur Monsieur, © Gallimard, 1951
 

****

« Mais pourquoi je vous raconte tout ça ? » (ELC)

Commentaires
G
Ah, ce merveilleux poème : ma mère me le disait souvent dans l'enfance. <br /> <br /> Bon courage à toi en cette rentrée effervescente !
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M
Ami Pierre, en plus tu me fais de la pub dans ta chronique ! Avec une telle bienveillance ! Je ne vais plus savoir où me mettre, et vraiment finir par croire que je sais "écrire" ! Enfin, n'exagérons rien... au moins me faire comprendre, c'est déjà pas mal et, apparemment aussi, apprécier dans le petit monde très amical de ce blog, moi qui - malgré les compliments - doute toujours de mes capacités d'écriture, tant celle-ci est laborieuse et peut-être un peu trop "invasive" ici. Je ne sais quels mots utiliser pour te remercier, et aussi toutes celles et tous ceux qui prennent le temps d'un amical commentaire. Alors, juste merci...
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M
Dans le genre autobiographique revisité, Tardieu est merveilleux aussi. L’autoportrait qu’il fait de son double (!) dans “La Première Personne du singulier” (1952, je crois) est un chef-d’œuvre d’humour et de fausse distanciation.
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N
Quelles douces réactions et nombreux commentaires au poème que tu offres à notre mémoire. Certaines poésies sont indélébiles. <br /> Comme Kata, jaimerais bien mettre visages et voix sur les participant(e)s à Grain de Seil et membres autres de l'APA, hélas les Journees de l'APA sont bien trop honéreuses pour ma bourse.
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C
Comme il va bien avec les couleurs du temps ce poème ! Ah là là, que de travail avec tous ces projets que nous menons tous de front. Il est loin le temps où les retraités passaient leurs journées sur le banc devant la maison. paradoxalement, je me plains de ma fatigue mais je ne voudrais en aucun cas qu'il en soit autrement. Plus ça va, plus j'ai envie de tout lire, tout voir, tout bouffer... merci Pierre pour ces nourritures..
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K
Dommage, je ne pourrai me rendre aux journées fin septembre pour des raisons familiales. J'aurais aimé mettre des visages sur les noms des participants à Grains de Sel. J'aurais beaucoup écouté, n'étant vraiment pas une grande lectrice ni amatrice de poèmes, même si je me suis souvenus, en le lisant, de "Comment ça va sur la terre ?" . J'avais dû l'apprendre quand j'étais toute petite et il avait dû trouver refuge dans un coin de mon cerveau attendant le bon moment pour ressortir.<br /> En ce moment j'ai aussi pas mal de problèmes mais je ne peux chercher une consolation auprès de la nature, fille de la ville que je suis. Les sorties en montagne ont existé, mais sont loin. Dans les parcs bien entretenus, on peut aussi se recueillir et trouver un peu de paix, assise sur un banc sous un de ces énormes arbres dont les jardiniers de Grenoble ont le secret.
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E
Le poème de Tardieu me rappelle mon temps d'instit en maternelle, comme toi, cher collègue. Une fourmi de 18 mètres, de Robert Desnos...idem.<br /> J'ai de jeunes petits voisins qui profitent de ma mémoire.<br /> Je me réjouis de te voir aux Journées.
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M
… en regardant le paysage…
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M
Pourquoi l’amour de la nature et celui de l’humain devraient-ils s’exclure ? Nous faisons partie du vivant, mais nous sommes nature ET culture : il existe d’apparents contraires qu’il faut savoir faire dialoguer… L’indifférence à la nature ou sa destruction conduisent à l’anéantissement de l’humain ; l’indifférence à l’humain ou sa destruction produisent des gens morts à l’intérieur qui s’acheminent vers leur propre disparition.<br /> On peut aussi se promener à deux, en groupe, partager ce que l’on ressent, accueillir les rencontres et, humainement, porter secours à l’imprudent qui attrape des ampoules aux pieds, ou au malchanceux qui se fait mordre par un serpent, au lieu de le laisser crever…
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W
Jean Tardieu ! magnifique !
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A
Mon très cher maître, Monsieur Stammbach, au CM1-CM2 a dû lui aussi nous faire apprécier ce drôle de texte, à la fois léger, déroutant, rieur, primesautier, étrange et fascinant. Ou bien l'ai-je trouvé toute seule dans les merveilleux livres de poésie qui étaient mis à notre disposition, écoliers curieux et fouineurs ? Ma maman a dû elle aussi par la suite le faire étudier à ses petits CP ou CE1, selon les années, lorsqu'elle a repris l'enseignement, après la mort de papa. <br /> <br /> Merci Pierre pour ce retour vers Jean Tardieu, que je croyais d'ailleurs avoir découvert beaucoup plus tard, par le biais du théâtre : ainsi, dès l'enfance, il était déjà à mes côtés. Ou plutôt moi, aux côtés de ses mots ! J'avais toujours la question liminaire, et sa réponse, "Ça va, ça va bien !" puis, "Les petits chiens sont-ils prospère..", parfaitement en tête, je m'en aperçois en le relisant. Mais le nom de l'auteur ? Peut-être même ne l'ai-je jamais connu, à l'époque. Comme les enfants sont ingrats avec les écrivains ! Ou bien avons-nous, petits, le sens de l'essentiel : le texte, seul, comptait à nos yeux. J'avais également effacé le titre... mais pas les "volcans" qui "mijotent". <br /> <br /> "Ça flotte ça s'écoule ça se déroule" : j'a-do-re !
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