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Grains de sel
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Blog créé par l'Association pour l'autobiographie (APA) pour accueillir les contributions au jour le jour de vos vécus, de vos expériences et de vos découvertes culturelles.
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23 septembre 2026

D’un laborieux désherbage et d’un livre fascinant

Bernard M.


 

Je me suis remis un peu au rangement et à l’indispensable désherbage de ma bibliothèque. J’avais évoqué la question dans un billet du 25 juin illustré d’une photo du manteau de la cheminée de mon bureau lourdement encombrée de piles de livres, prêtes à s’effondrer…

Je me suis occupé des livres de poche que j’ai réintégrés dans les rayonnages qui leur sont consacrés et je m’attaque maintenant aux livres grand format qui vont ailleurs. Le souci est que la place manque. Jusqu’à présent j’avais réussi à ne pas mettre de livres sur deux rangs sur mes étagères et là, ce n’est plus possible. Pour l’instant le second rang n’est que très partiellement occupé, au tiers ou au quart, ce qui permet un accès qui reste aisé.

Je range oui, mais je désherbe bien peu. Je n’ai mis de côté pour donner ou pour jeter que quelques volumes. Je n’y arrive pas. Il y a là le cocon rassurant de toutes mes lectures passées (sans parler de quelques livres non lus qui se glissent au milieu et que j’ajoute à ma pile à lire). Bien sûr je me donne un prétexte : il faut tout garder, sait-on jamais, si je voulais relire. À mesure que passent les années et que cette perspective se fait de plus en plus improbable, le ridicule du prétexte se fait plus évident. Tout ça est un peu pathologique et relève de ma vieille collectionnite. Je pensais aussi pouvoir alléger un peu certains de mes cartons d’archives. Je n’y arrive pas. Il faudrait dépouiller les cartons un à un, ne garder que les pièces essentielles, mais ce serait un travail considérable et de plus, je le crains, assez déprimant. J’ai trois ensembles principaux : l’un concerne l’écriture en ligne avec des tas de documents recueillis depuis l’aube de ces pratiques au début des années 2000 avec en particulier des tirés à part des textes de certains de celles-ceux que je suivais, un autre concerne l’APA avec tous les comptes-rendus des réunions institutionnelles, mais aussi beaucoup d’autres choses, mes notes personnelles, les échos produits par les groupes de lecture auxquels j’ai participé à Paris, à Sceaux, puis à Toulouse, enfin, le troisième concerne mes années militantes avec diverses revues des années 70, des textes organisationnels internes et là aussi beaucoup d’autres documents divers.

L’un de mes objectifs est de vider totalement tout ce qui est directement sur le sol et de faire grimper des choses sur le dessus de la bibliothèque. Me mettre au sol pour aller consulter des cartons d’archives et surtout me relever m’est devenu bien pénible. Au-dessus de la bibliothèque, ce ne sera pas directement accessible non plus, mais facile d’accès tout de même en utilisant ma chaise-escabeau, une chaise qui retournée et dépliée peut se transformer en escabeau, j’ai trouvé ça sur une brocante il y a quelques années, c’est très astucieux et pratique.

Allez, si je fais cette translation, ce sera déjà pas mal…

Dans tout ce que j’ai manipulé, j’ai tout de même sorti quelques livres, soit non lus, soit que je voudrais sinon relire, du moins reparcourir, humer à nouveau. Histoire de me dire que la conservation de tout ça n’est pas totalement absurde. Et parmi ces bouquins j’ai ressorti un livre fascinant, en tout cas, qui m’a fasciné quand je l’avais acheté, dans les années 80, je crois que c’était à la Cité des Sciences de la Villette. Cela s’appelle Les puissances de dix et cela traite de façon originale des ordres de grandeur dans l’univers. Au centre du livre, sur la page de droite, la photo d’un homme faisant une sieste, allongé sur une couverture. Dans les pages qui précédent on dézoome : on voit l’homme avec son pique-nique au milieu d’une prairie, pris d’une hauteur de 10 m (101, m), la même scène prise d’une hauteur de 100 m (102 m), la pelouse entre autoroute et port de plaisance, et ainsi de suite en élargissant chaque fois d’un facteur 10. À 105 m (100 km), on voit tout Chicago et une partie du lac Michigan, A 107m (10 000 km) on voit toute la terre, A 1013m (10 milliards de km) on voit tout le système solaire. À 1021m (100 000 années-lumière), on voit la structure de notre galaxie. Et ainsi suite jusqu’à 1025 m (1 milliard d’années-lumière) où les galaxies apparaissent comme des poussières dans un immense vide sidéral. Et dans les pages qui suivent la page centrale avec la photo de l’homme qui sieste, on zoome au contraire : sa main 10-1 m, sa peau 10 m-2, une cellule sanguine 10-5 m, l’ADN au cœur de la cellule 10-8 m, l’atome 10-13 m, neutrons et protons 10-14 m, quarks 10-16 m, le bout du voyage en l’état actuel de ce qui peut être observé et décrit… Toutes les images sont sur les pages impaires, les pages paires sont consacrées à des textes et des schémas de commentaires et d’explications assez pointus.

Tout cela est vertigineux. Cette immensité que nous sommes par rapport aux particules qui nous composent, cette infinie petitesse de ce que nous sommes par rapport au ciel lointain. Cela suscite la méditation et la rêverie, on comprend que les scientifiques qui se plongent dans l’étude de ces lointains soient aussi des poètes et l’on repense, entre autres, au merveilleux et regretté Hubert Reeves.

Quand on prend la mesure de cette immensité du ciel, on ne peut pas penser, on ne peut plus penser, qu’il n’y ait pas ici ou là des formes de vie extraterrestre, y compris « intelligentes ». Sans doute pas sous la forme de petits hommes verts, mais sous des formes que nous ne pouvons même pas imaginer.

Que des choses à découvrir ! C’est merveille de le penser. Et l’on voudrait vivre longtemps pour s’enthousiasmer de ces découvertes. On pense à nos petits-enfants qui devraient atteindre la fin du siècle. Sous réserve que les humains ne soient pas cramés d’ici là par le réchauffement climatique ou mis sur la touche par des IA dévoratrices !

 

Commentaires
P
J'ai mis un petit moment à comprendre que, dans ton texte, 101 m, 102 m... 1025 m, indiquaient les puissances de 10 : 10^1, 10^2... 10^25 (impossible d'écrire un exposant sur cet espace de commentaires...)<br /> <br /> Pour ce qui est des livres, ceux que j'ai acquis par choix tiennent encore dans ma modeste bibliothèque, dispersée thématiquement dans plusieurs pièces. En revanche ceux dont la fratrie (adelphie, puisqu'il y a des sœurs) a hérité au décès de mes parents ont été proposés à tous les descendants, selon leurs affinités. Ce qui n'a pas trouvé preneur est parti en Ressourcerie. Peut-être certains ouvrages auront-ils trouvé un nouveau public ?
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M
Grand merci Bernard pour tes commentaires si aimables sur mes billets et mon écriture. Sache que je ne rate aucun des tiens et qu'ils me marquent d'autant plus que je retrouve dans presque tous mes propres questionnements (et désarrois, croissants avec le temps qui défile...). En ce qui concerne mes bibliothèques également surpeuplées (mais, à l'exception d'une "zone" d'ouvrages professionnels, j'ai la chance - grâce aux dimensions fort excessives de ma maison - de ne pas avoir recours aux doubles rangées !), j'aurais aimé dresser l'inventaire de tous les ouvrages, avec leur localisation, dans un fichier... oui, Excel, bien sûr ! Pour pouvoir retrouver chaque livre instantanément. En ce qui me concerne, et à ce stade de l'espace encore disponible, je serais bien incapable de "désherber" (contrairement à ce que je fais au jardin tout au long de l'année... quoiqu'un peu moins en ces temps de sécheresse !). Les livres, même ceux que je n'ai pas (encore) lus, font partie de ma vie et sont les témoins assez fiables des fondements (et aussi de son évolution, avec l'âge) de ma pensée Je n'imagine pas pouvoir m'en séparer sans une certaine souffrance... Pourtant (rarement certes, mais quand même à quelques exemples), j'en ai parfois en double ! Dernier exemple en date : Rimbaud "Poésies - Une saison en enfer - Illuminations", rassemblés en poche chez NRF. Je savais que je l'avais déjà dans ma bibliothèque, mais je n'ai pas pu résister à la tentation d'en reprendre un exemplaire dans une boîte à livres rencontrée lors d'une des dernières étapes de ma "rando mémorielle". Mais qu'est-ce qui m'a pris de rajouter du poids de papier dans mon sac-à-dos ? Une illumination sans doute ? En tout cas, celui-ci, je n'oublierai jamais son origine !
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K
holalala, Bernard, j'ai les mêmes problèmes de rangement. Des livres, en veux-tu en voilà partout. finalement, comme j'ai une très grosse flemme, sans parler des problèmes de dos, je me dis "après moi le déluge". Je ne veux pas jeter de livres, il faudrait que j'en mette à la boite à livres pas loin, je devrais en donner à "Bouquin sans frontières" etc. et puis, je me dis que mes fils feront tout très bien sans moi :-)) Il n'y a que mes notes et surtout les dossiers des personnes dont je m'occupais qui m'ennuient. Je n'ai pas trouvé de machine à détruire. Faudra-t-il que je me mette à tout déchirer moi-même ?<br /> Quant à "Les puissances 10", il y aurait eu des "PISA" de mon temps, j'aurais fait dégringoler vers 0 tous les résultats :-))<br /> Bon courage.
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C
Ah là là toutes ces prises de tête de rangements... j'avoue qu'après une bonne quarantaine de déménagements nationaux et internationaux j'ai appris à me "séparer" de mes biens sans état d'âme. J'ai aussi vu tant d'enfants d'amis disparus, aux prises avec des appartements pleins d'objets indispensables à débarrasser (souvent dans des délais assez courts si la personne était en location) et j'ai compatis à leur souffrance au point de ne pas avoir envie du tout de faire subir cela à mes propres enfants. Aussi je passe mon temps à débarrasser et limiter les possessions. J'avoue que ma liseuse, déjà riche de quelques milliers de livres, est une sorte de coffre-fort sécuritaire. Je peux donc me débarrasser de pas mal de livres papiers (mais j'en garde tout de même une bonne centaine pour le cas où... plus de courant, plus de papier, restrictions etc.... <br /> Quant aux ordres de grandeur dans l'univers, nous avons eu la chance de tomber sur une vidéo incroyablement bien faite qui montre très exactement ce dont vous parlez dans ce livre. J'en suis encore bluffée ! merci Bernard pour votre texte !
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