D’un laborieux désherbage et d’un livre fascinant
Bernard M.
Je me suis remis un peu au rangement et à l’indispensable désherbage de ma bibliothèque. J’avais évoqué la question dans un billet du 25 juin illustré d’une photo du manteau de la cheminée de mon bureau lourdement encombrée de piles de livres, prêtes à s’effondrer…
Je me suis occupé des livres de poche que j’ai réintégrés dans les rayonnages qui leur sont consacrés et je m’attaque maintenant aux livres grand format qui vont ailleurs. Le souci est que la place manque. Jusqu’à présent j’avais réussi à ne pas mettre de livres sur deux rangs sur mes étagères et là, ce n’est plus possible. Pour l’instant le second rang n’est que très partiellement occupé, au tiers ou au quart, ce qui permet un accès qui reste aisé.
Je range oui, mais je désherbe bien peu. Je n’ai mis de côté pour donner ou pour jeter que quelques volumes. Je n’y arrive pas. Il y a là le cocon rassurant de toutes mes lectures passées (sans parler de quelques livres non lus qui se glissent au milieu et que j’ajoute à ma pile à lire). Bien sûr je me donne un prétexte : il faut tout garder, sait-on jamais, si je voulais relire. À mesure que passent les années et que cette perspective se fait de plus en plus improbable, le ridicule du prétexte se fait plus évident. Tout ça est un peu pathologique et relève de ma vieille collectionnite. Je pensais aussi pouvoir alléger un peu certains de mes cartons d’archives. Je n’y arrive pas. Il faudrait dépouiller les cartons un à un, ne garder que les pièces essentielles, mais ce serait un travail considérable et de plus, je le crains, assez déprimant. J’ai trois ensembles principaux : l’un concerne l’écriture en ligne avec des tas de documents recueillis depuis l’aube de ces pratiques au début des années 2000 avec en particulier des tirés à part des textes de certains de celles-ceux que je suivais, un autre concerne l’APA avec tous les comptes-rendus des réunions institutionnelles, mais aussi beaucoup d’autres choses, mes notes personnelles, les échos produits par les groupes de lecture auxquels j’ai participé à Paris, à Sceaux, puis à Toulouse, enfin, le troisième concerne mes années militantes avec diverses revues des années 70, des textes organisationnels internes et là aussi beaucoup d’autres documents divers.
L’un de mes objectifs est de vider totalement tout ce qui est directement sur le sol et de faire grimper des choses sur le dessus de la bibliothèque. Me mettre au sol pour aller consulter des cartons d’archives et surtout me relever m’est devenu bien pénible. Au-dessus de la bibliothèque, ce ne sera pas directement accessible non plus, mais facile d’accès tout de même en utilisant ma chaise-escabeau, une chaise qui retournée et dépliée peut se transformer en escabeau, j’ai trouvé ça sur une brocante il y a quelques années, c’est très astucieux et pratique.
Allez, si je fais cette translation, ce sera déjà pas mal…
Dans tout ce que j’ai manipulé, j’ai tout de même sorti quelques livres, soit non lus, soit que je voudrais sinon relire, du moins reparcourir, humer à nouveau. Histoire de me dire que la conservation de tout ça n’est pas totalement absurde. Et parmi ces bouquins j’ai ressorti un livre fascinant, en tout cas, qui m’a fasciné quand je l’avais acheté, dans les années 80, je crois que c’était à la Cité des Sciences de la Villette. Cela s’appelle Les puissances de dix et cela traite de façon originale des ordres de grandeur dans l’univers. Au centre du livre, sur la page de droite, la photo d’un homme faisant une sieste, allongé sur une couverture. Dans les pages qui précédent on dézoome : on voit l’homme avec son pique-nique au milieu d’une prairie, pris d’une hauteur de 10 m (101, m), la même scène prise d’une hauteur de 100 m (102 m), la pelouse entre autoroute et port de plaisance, et ainsi de suite en élargissant chaque fois d’un facteur 10. À 105 m (100 km), on voit tout Chicago et une partie du lac Michigan, A 107m (10 000 km) on voit toute la terre, A 1013m (10 milliards de km) on voit tout le système solaire. À 1021m (100 000 années-lumière), on voit la structure de notre galaxie. Et ainsi suite jusqu’à 1025 m (1 milliard d’années-lumière) où les galaxies apparaissent comme des poussières dans un immense vide sidéral. Et dans les pages qui suivent la page centrale avec la photo de l’homme qui sieste, on zoome au contraire : sa main 10-1 m, sa peau 10 m-2, une cellule sanguine 10-5 m, l’ADN au cœur de la cellule 10-8 m, l’atome 10-13 m, neutrons et protons 10-14 m, quarks 10-16 m, le bout du voyage en l’état actuel de ce qui peut être observé et décrit… Toutes les images sont sur les pages impaires, les pages paires sont consacrées à des textes et des schémas de commentaires et d’explications assez pointus.
Tout cela est vertigineux. Cette immensité que nous sommes par rapport aux particules qui nous composent, cette infinie petitesse de ce que nous sommes par rapport au ciel lointain. Cela suscite la méditation et la rêverie, on comprend que les scientifiques qui se plongent dans l’étude de ces lointains soient aussi des poètes et l’on repense, entre autres, au merveilleux et regretté Hubert Reeves.
Quand on prend la mesure de cette immensité du ciel, on ne peut pas penser, on ne peut plus penser, qu’il n’y ait pas ici ou là des formes de vie extraterrestre, y compris « intelligentes ». Sans doute pas sous la forme de petits hommes verts, mais sous des formes que nous ne pouvons même pas imaginer.
Que des choses à découvrir ! C’est merveille de le penser. Et l’on voudrait vivre longtemps pour s’enthousiasmer de ces découvertes. On pense à nos petits-enfants qui devraient atteindre la fin du siècle. Sous réserve que les humains ne soient pas cramés d’ici là par le réchauffement climatique ou mis sur la touche par des IA dévoratrices !
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