Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Grains de sel
Grains de sel
Grains de sel

Blog créé par l'Association pour l'autobiographie (APA) pour accueillir les contributions au jour le jour de vos vécus, de vos expériences et de vos découvertes culturelles.
Voir le profil de apagds sur le portail Canalblog

Newsletter
Commentaires récents
1 septembre 2026

Guère épais ou Guerre et paix

Kata

 

Vendredi dernier j’avais rendez-vous avec une maman russe et sa fille, qui m’avaient demandé de les rencontrer pour parler de quelques problèmes auxquels elles devaient faire face. Je les connais depuis plusieurs années. Toute la famille, les parents et quatre enfants grands, deux garçons et deux filles étaient venus en France en 2017 demander l’asile. Ils avaient été envoyés à Grenoble dans un hébergement. Il aurait fallu qu’ils se défassent de leur chien, qui ne pouvait être accepté… Ils avaient entendu parler de moi qui connais un peu de russe et avaient voulu me rencontrer. L’asile s’annonçait très difficile à obtenir. Ayant été refusée par l’OFPRA (office français de protection des réfugiés et apatrides) en 2018, toute la famille est repartie en Russie, avec le chien, sans demander de faire appel du jugement auprès de la CNDA (Cours nationale du droit d’asile). Elle n’habitait pas Moscou et pensait être tranquille. Or, Poutine a commencé la guerre en Ukraine en 2022. L’armée s’est mise à faire la chasse aux jeunes pour les incorporer et les envoyer au front. Hors de question que les garçons fassent la guerre. En 2023 ils préfèrent partir tous les deux avec la femme de l’aîné, qui s’était marié, leur enfant et un deuxième en gestation. Ils connaissaient déjà Grenoble et ont décidé d’y revenir. Il fallait vraiment qu’ils aient un très grand désir de fuir pour surmonter tout ce qui leur est arrivé et qu’ils m’ont raconté !

L’aîné et sa femme ont eu un titre de réfugié quasiment tout de suite. Impossible de savoir pourquoi ça coinçait pour le second, alors qu’il montrait les appels de l’armée. Il ne voulait pas aller faire la guerre. Heureusement nous lui avions fait demander en concomitance un titre de séjour « Vie privée et familiale », puisqu’il était avec son frère et sa famille. C’est ce qui a marché à la préfecture, lui évitant une OQTF (obligation de quitter le territoire français).

Pendant ce temps, les parents, restés en Russie, étaient harcelés par l’armée et la police pour qu’ils disent où étaient leurs garçons. Ils ne supportaient plus les pressions, les filles non plus, la situation commençait aussi à devenir dangereuse pour eux. Ils ont donc quitté la Russie en 2024, sans le chien, pour venir se réfugier à Grenoble et retrouver les garçons, leur belle-fille et les petits enfants.

La situation est difficile, ça fait plus d’un an que la demande de révision d’asile est déposée pour les parents, suite à la précédente demande de 2018, au vu des éléments nouveaux que sont la guerre en Ukraine et les tracasseries de la police. Une demande de titre de séjour est en attente à la préfecture. Aucune nouvelle. Ils doivent attendre la décision concernant l’asile avant que la préfecture ne prenne une décision pour leur demande de titre.

Bref, la maman et une des filles voulaient donc me parler et demander conseil, si je pouvais les aider. Bien sûr, j’ai accepté de les rencontrer, d’une part je suis contente de les revoir, d’autre part, je peux me rendre compte que je n’ai pas trop oublié le russe, je comprends mieux que je ne parle, et ça me fait un peu d’entraînement. La fille parle maintenant parfaitement le français. Nous avons discuté pendant plus d’une heure, moitié russe, moitié français. Je vais aller moi-même prendre conseil auprès de leur avocate. Leur affaire est extrêmement délicate, vu qu’elle touche à des problèmes familiaux. Il faudra un jugement du tribunal aux affaires familiales. Combien de temps va se passer avant le jugement ? Et en attendant… que faire ?

En rentrant chez moi, avant de m’affaler dans mon fauteuil favori, je prends un livre dans la bibliothèque, bien décidée à me faire de la lecture. J’opte pour un policier de Fred Vargas, que je veux bien relire, « Quand sort la recluse ». La recluse est une araignée extrêmement dangereuse. Le commissaire Adamsberg mène l’enquête. En saisissant le livre, maladroite comme je suis, j’en fais tomber un autre, un petit, mal rangé. Comme par hasard, c’est un livre de Léon Tolstoï, traduit en français, des récits pour enfants et non Guerre et Paix. C’est un petit recueil, guère épais, regroupant quelques nouvelles. Dans plusieurs d’entre elles, il est question d’enfants, généralement un frère et sa sœur, et d’animaux. Bon, pas terrible, mais je trouve qu’il n’est pas super bien traduit. La traduction et l’impression datent encore de l’URSS, le livre a été acheté dans le magasin spécialisé dans la vente aux étrangers « Beriozka » (petit bouleau), où on ne pouvait acheter qu’en devises étrangères.

C’est étonnant, quand même, que je sois tombée sur ce livre, ou que ce livre soit tombé dans mes bras, justement quand je recommence à m’occuper d’une famille russe. Loin de moi l’idée de regretter l’URSS. Peut être me rappeler qu’il y a des Russes en France venus demander l’asile, que le gouvernement ne me semble pas pro-Poutine, mais il est prêt à expulser des Russes, malgré ce qui peut les attendre en arrivant dans leur pays d’origine. La politique anti-migrants est à la mode. Peut-être me rappeler aussi que les problèmes politiques ne doivent pas faire oublier les grands hommes et les grandes femmes, qui ont fait la réputation de la culture russe, écrivains, musiciens, réalisateurs, acteurs, danseurs etc., et les opposants, comme Soljenitsyne et autres. Les sportifs internationaux participent aux épreuves diverses et variées sous bannière neutre. Le drapeau russe ne sort plus que pour les démonstrations militaires poutiniennes sur la Place Rouge.

Pourquoi je raconte tout ça ? Je vais continuer à voir les membres de la famille russe. Je vais parler avec l’avocate pour étudier leur situation administrative avec elle. J’ai pu me replonger dans l’esprit, qui anime ces réfugié.es reconnu.es ou, j’espère, futur.es réfugié.es reconnu.es. Je dois me remettre dans la culture russe pour les aider, ne pas juger, mais essayer d’expliquer les éventuelles différences dans nos manières de vivre pour une meilleure compréhension des us et coutumes du pays dans lequel ils veulent s’intégrer et ont déjà bien commencé.


 

Commentaires
M
Bravo Kata. Juste te faire savoir à quel point j'admire et soutiens ton combat. Et aussi que j'adore ces curieux et présumés "hasards" (?), tels que ceux qui font chuter au bon moment un livre d'une bibliothèque (en s'ouvrant parfois opportunément à une page et même sur une phrase données...). Quid du pauvre chien ?
Répondre
C
Merci pour cette histoire. Une de plus à ajouter au palmarès de toutes les horreurs humaines, de toutes ces guerres pour du pillage de ressources ou la protection contre le pillage des ressources... que de morts, que de malheureux juste pour remplir le portefeuille de tous les mafieux du monde ! Et dans mon pays ce n'est, évidemment pas mieux !
Répondre
A
Sur les situations compliquées des migrants... une amie m'a recommandé une série sur FranceTV "The best immigrant"... Quand la fiction fait réfléchir aux risques de nos votes, dans le monde réel ! Bravo Kata pour ton engagement. Le monde a besoin de personnes solidaires !
Répondre
Mode d'emploi

Adresser votre texte (saisi en word, sans mise en page, en PJ à votre mail) à l'adresse :

apagds@proton.me

- Envoyez si possible une image (séparément du texte). Cliquez sur les images pour les ouvrir en grand
- Précisez sous quel nom d'auteur il doit être publié
- Merci de ne pas adresser de textes trop longs afin de laisser son dynamisme à la lecture. Des billets de 2000 à 4000 signes environ sont les plus adaptés à la lecture dans un blog.
L
es administrateurs du blog se réservent le droit de publier un texte trop long de façon fractionnée.


 

Archives