Ils ont brûlé ma Terre
Michel Stevaert
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Je suis un homme de plat pays. Rien ne me prend plus aux tripes que celui chanté par le grand Jacques et singulièrement les polders (*).
J’aime aussi les plateaux. Un autre horizon infini, celui des Hautes Fagnes, cette tourbière laissée là , à une latitude étonnamment méridionale, par la dernière glaciation , ils me l’ont brûlée , cet été. Comme à Fontainebleau, dans le Var, en Gironde, Resheph, le feu de Dieu, s’est abattu sur « ma » lande, que, de mon vivant, je ne reverrai jamais . Je naîtrais même aujourd’hui que je ne retrouverais jamais la Fagne d’origine.
Mais qui sont les responsables ? Même pas sûr que le départ du feu soit l’œuvre d’un pyromane, peut-être un engin agricole ? On ne saura sans doute jamais vu qu’en Belgique, il n’y a pas de brigade d’enquête sur les incendies forestiers. Mais on peut traduire sans se tromper au banc des accusés : les plantations d’épicéas (en seulement quarante ans ils « donnent » du bois, plus rapidement que les feuillus) et tant pis s’ils assèchent de plus en plus la tourbière; ensuite les touristes qui s’y ruent à la moindre neige , damant à qui mieux mieux un sol déjà fragile ou encore les villages voisins qui multiplient les permis de bâtir à l’extrême limite de la zone protégée.
Le soleil ? La sécheresse ? Ils ont bon dos. Bien sûr que l’on connaît un réchauffement climatique, mais, à part l’interdiction d’encore planter des arbres, qu’a-t-on fait pour protéger une Réserve – j’insiste – naturelle ? Rien. Fera-t-on quelque chose ? Pas sûr du tout. Voilà, ma contribution à la tristesse qui court le monde à l’issue de cet été d’enfer…
(*) Polders : terres situées sous le niveau de la mer et gagnées par drainage et pompage ,autrefois essentiellement agricoles, hélas trop souvent colonisées désormais par une urbanisation « suicidaire ».