Invisibiliser qui ?
Anne Poiré Guallino
Le phénomène commence comme si de rien n’était par des presque rien, des détails « sans importance », et puis, un jour… la pire des dystopies devient la réalité, la norme. Notre vie.
L’impensable est déjà à l’œuvre dans tellement de pays.
Kata rend hommage aux femmes sans attendre la Journée qui leur est consacrée… et, juste au moment où je lis son billet, j’apprends l’éviction du personnel féminin de la Tour Eiffel, en France, à Paris, en 2026, lors d’une visite d’un groupe hindou. Mon cœur suspend plusieurs battements.
Une délégation officielle de je ne sais quel mouvement « spirituel » — Bochasanwasi Akshar Purushottam Swaminarayan Sanstha (BAPS), faisons-leur de la publicité ! —, ce samedi 5 septembre, association dont j’ignorais même l’existence, et dont j’apprends qu’elle est proche du Premier ministre indien, conservateur et nationaliste, a osé réclamer pareille mesure… Le pire ? Ils ont été entendus. Double cauchemar. Cet organisme inoffensif, comme on peut le comprendre, vient, au passage, d’ouvrir son premier grand temple en France, en Seine-et-Marne. Est-ce une bonne nouvelle ?
Trop d’individus tordus cherchent à détruire les femmes. Les écraser. Faut-il qu’elles soient puissantes pour qu’on les craigne, à ce point ? Faut-il être faible, et lâche, et stupide pour agir et penser comme le font ces individus que je ne sais même plus nommer ?
Pardonnez le peu de nuance dans mon propos, mais je suis fatiguée, devant pareil danger, et aussi en raison de la répétition des atteintes à ce que nous imaginons des acquis. Des évidences, qui n’en sont plus.
En plus, hélas, pas question de compter, à ce jour, sur les féministes pour batailler avec lucidité, afin de rappeler nos droits les plus élémentaires. Il va falloir redéfinir bien des notions…
Depuis quand la liberté des êtres humains, des FEMMES, par exemple, doit-elle être limitée pour des raisons « religieuses » ? Pour quelque cause que ce soit, d’ailleurs… Ah, la bonne farce (eh oui, c’est une association, paraît-il, spirituelle…)
Mon cœur se serre.
Hommes et femmes de bonne volonté, nous ne sommes pas assez solidaires des Afghanes, Iraniennes, des femmes juives et arabes, violées, des Indiennes, les pauvres, et de toutes celles qui subissent des mutilations existentielles, pas seulement génitales… Celles qui sont violentées, invisibilisées, celles que certains voudraient écraser, anéantir.
Bravo au personnel de la Tour Eiffel qui a fait connaître ce scandale en fermant le monument toute la journée de ce 7 septembre 2026. Honte planétaire : j’espère que la presse du monde entier s’en fera l’écho. C’est une grève digne.
Une grève nécessaire. Merci aux salariés des deux sexes d’avoir osé faire savoir que cette situation scandaleuse est possible, dans l’hexagone, aujourd’hui. Ce porte-voix pourra-t-il empêcher que se renouvellent de telles infamies ? J’ai bien peur que non. Nous serons confrontées, nous serons tous en butte à d’autres faits similaires, graves. Terribles. Différents, et en même temps, identiques, hélas.
Limiter au maximum les « interactions avec les femmes » ! À l’heure où certaines « influenceuses » se voilent sur les réseaux sociaux par « soutien » pour leurs sœurs que l’on voudrait priver de leur voile… les pauvrettes… je me dis que j’ai bien fait de ne pas avoir d’enfant.
Désolée, les amis, seuls les sujets polémiques, actuellement, me décident à écrire. Il faudrait que je parle de la pluie, du beau temps… (Las, c’est aussi sujet à querelles et controverses !) Je suis débordée, en cette rentrée, mais je n’ai pas pu m’empêcher de laisser jaillir ce coup de sang.
Quand le président de la Société d’exploitation de la Tour Eiffel regrette innocemment un excès de « zèle », de la part d’employés, bien sûr, je frissonne. On sait où a pu conduire dans l’histoire de l’humanité le si regrettable « zèle » de quelques-uns. Combien ces extrémistes ont-ils payé, au fait, pour obtenir à la fois la privatisation de ce lieu emblématique, et avoir la satisfaction que soit rendue possible une demande aussi inacceptable ? Quand l’élu parisien (car le président de cette société est aussi un homme politique) se défend en évoquant « un tout petit peu d’excès » dans l’interprétation des « instructions », je frémis encore. Euphémisme qui ne le fait pas rougir ! Vraiment juste un tout petit peu ! Invisibilisons-nous, Mesdames ! Disparaissons. Laissons les hommes vivre sans nous…
Vous voulez rire (jaune, bien sûr !) ? Sur le site web qui lui est consacré, le fameux et merveilleux BAPS se présente, avec sérieux, comme une « association spirituelle, animée par des bénévoles et dédiée à l’amélioration de la société ». (C’est moi qui souligne par l’italique !) L’amélioration de la société ! Sans rire… (La page Wikipédia qui lui est consacrée évoque au passage des accusations de travail forcé, d’exploitation, d’employés ayant subi des conditions abusives, et des allégations d’abus sexuels… Mais, laissons, ce ne sont que broutilles…)
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Une société sans nous, les femmes ? Une société dont on demande à 50 % de ce qui la constitue, pour ne pas dire sa meilleure part… de disparaître ?
Comment peut-on laisser les femmes afghanes seules, en effet, Kata, on peut se le demander ? Nous sommes toutes des femmes afghanes. Et vous aussi, messieurs. Et des femmes indiennes. Et des employées parisiennes.
Laïcité, égalité.
Où va le monde ? Où allons-nous ? Je suis une femme en colère. Une femme. Fière de l’être. Je me sens l’égale des hommes. Et s’ils ne peuvent nous fréquenter, eh bien qu’ils se terrent, eux. Ce n’est pas à l’ensemble des femmes de se cacher, mais aux dingues de se faire soigner.