Oserais-je encore acheter des romans ?
Michel Stevaert
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Je suis un pithécanthrope. Bien que de formation scientifique, mon goût de la technologie s’est arrêté au sextant comme moyen de repérage et au théodolite quant à la triangulation. Dès l’arrivée de l’informatique, ce fut le rejet. Depuis les cartes perforées et les listings jusqu’aux récents « progrès » en ce domaine, je n’ai jamais adhéré, pire : je ne connecte pas. Sans l’aide de ma compagne, je demeurerais en permanence planté. J’ai la nostalgie de mes vieilles machines à écrire électrique, voire mécanique, mais dont on ne trouve plus ni cassettes ni rubans et qui vous permettaient d’écrire sans être sans cesse interrompu par une mise à jour, un encart, un rappel de bloqueur de publicités et autres délires ludiques.
Enfin, il me restait un refuge : le livre et puis, patatras : comme si les plagiats et autres scandales émaillant ce monde ne s
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uffisaient pas, voilà que cette maudite informatique vient installer le doute : ce ne serait plus l’âme d’un(e) écrivain(e) qui serait derrière des lignes, mais un cœur en silicium ! L’affaire dont tout le monde parle en cette rentrée m’a d’autant affectée que j’achevais un ouvrage déniché dans une boîte à livres de mon quartier, « Galindez » de Montalban. L’histoire d’une chercheuse américaine sur les traces d’un nationaliste basque émigré aux Amériques, possible espion, liquidé par les tortionnaires du dictateur Trujillo et qui finira aussi mal, à Saint-Domingue aussi, que le sujet de sa quête. Du grand Montalban. Et, désormais, je m’interroge : vais-je devoir renoncer à toute nouveauté littéraire ? Et me plonger, pour les années qu’il me reste, en particulier d’aptitude à la lecture, dans les œuvres d’auteurs rédigées in illo tempore non suspecto ?