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Grains de sel
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Blog créé par l'Association pour l'autobiographie (APA) pour accueillir les contributions au jour le jour de vos vécus, de vos expériences et de vos découvertes culturelles.
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27 septembre 2026

Scènes de vie

Nadpic


 

Des stars : Céline Dion, payée pour l'être, le pape, omniprésent dans un pays dit laïc, Mbappé, et tant d’autres. Les incendies déjà loin, le meurtre d'une enfant, mais c'était quand ? Ah ! Puis il n'y a pas eu un tsunami quelque part ? Des femmes violées sans limites géographiques ni de temps, des politiques totalement hors-sol, des aides aux logements grignotées mais pas de taxes sur les grands profits, etc.

STOP ! STOP ! Envie de sortir de ce long couloir sombre.

Une information en chasse une autre. Une semaine, un jour passent, et paf ! Tout s'efface, se construit de la même manière mais avec un thème central différent. Allécher l'auditeur, vendre du contenu. Sorte de principe Alzeimer de l'information : on oublie pour remplacer, trop à suivre. Je sature.

Alors je me penche sur mes "Scènes de vie", ou d'autres informations courtes qui m'interpellent. Je les note parfois sur mon téléphone en direct, sur mes carnets, ou sur les multiples papiers qui sont sur ma table de cuisine, mon bureau, le guéridon près de mon fauteuil, bref, un peu partout !

Famille : Je suis sur la plage. Je vois. La mère voilée est sous le parasol. Le père, torse nu, le très gros bidon à l'air, il fait très chaud. Les enfants se baignent, les filles ont encore le droit d'être en maillot de bain même si elles sont déjà bien couvertes d'un tee-shirt côté ventre. L'homme offre du pain aux mouettes. Là, il s'offusque et repousse les mâles qui tentent de prendre tous les morceaux, n'en laissant pas à la femelle.

Je n'arrive pas à détacher mes yeux de cette scène. Je regarde sa compagne, je regarde cette mouette comprise et défendue. Paradoxe ? Peut-être pas mais il me saute aux yeux.

Tri d'informations, tri quand même : Des jeunes filles font en Angleterre, des dons d'ovocytes pour payer leurs études. Pas n'importe quels dons, pas n'importe quelle personne ! Il faut que le don vienne d'une étudiante de très grandes écoles et autres détails pour être accepté. Couleur de peau, origine ? L'article ne le dit pas mais ça semble une telle évidence.

Qu'est-ce que ça me rappelle ?

Même jour, l'AFD gagne une première élection en Allemagne, un enregistrement d'employés municipaux banalise racisme et autres horreurs.

Mais qu'est-ce qui m'arrive, je vois le mal partout ?

Rencontre : Je suis dans une salle d'exposition. Je lis un cartel, je ne connais pas le sens d'un mot. D'autres que moi l'ignoreraient pour ne pas paraître ignorants(e)s ou sortiraient leur téléphone. Mon réflexe ? Je me tourne vers un visiteur à mes côtés et je lui demande. Sourire, il se faisait la même réflexion, me dit-il. Même franchise, j'apprécie. Il cherche lui, sur Internet ; nous avons notre information, on se salue aimablement et il s'éloigne. Il a un air, un visage connu. Je suis au bout de la France, je ne connais donc personne ici. Eh bien si ! J'ai demandé à Abd al Malik* de m'éclairer sur un mot, c'est mieux qu'un autographe.

Dans d'autres moments doux de vie arrivent les billets radio de Mosiman, de François Morel, le tutoiement inattendu et complice d'une jeune employée d'un salon, la patronne du cinéma qui m'offre une place car je me suis trompée de séance, version française à la place de la version originale à laquelle je voulais assister, je n'ai donc pas tout entendu ! On va dire "incident technique" me dit-elle en riant pour justifier son geste sympathique.

Je crois dans ces instants bienveillants que c'est possible de vivre dans ce monde, ensemble. Que dans ces crayons de couleurs qu'est la vie, une harmonie se crée malgré les différences de tons. C'est là, au plus profond de moi, même si certaines couches plus sombres viennent régulièrement gâcher cette croyance et la fête.

Internet

Commentaires
M
Devant “le mal partout”, pour vous citer, Nadpic. Oui, on peut encore refuser le fracas et la fureur du monde, écarter la brutalité et la grossièreté, laver le sombre et l’ignoble, d’où qu’ils surgissent ou creusent. Et aussi éclaircir l’opacité intérieure, ouvrir un espace et offrir le don de la bienveillance à la fleur, à l’arbre, à l’animal, à la terre, à l’humain, en un mot à l’autre. Et à la parole poétique : <br /> “Le pouvoir d’un peu de bonté n’est pas perdu<br /> On peut encore à tout moment modifier la vie<br /> Avec beaucoup d’attention et de douceur.<br /> (Infléchissement perpétuel du cours des choses<br /> Au moins pendant qu’il en est temps.)”<br /> Philippe Jaccottet, La Semaison (p.105-106 dans l’édition Gallimard, la blanche).<br /> Il y aurait là “comme une tendre accalmie”. Avant de devoir se battre, parce qu’il va bien falloir résister, activement et avant longtemps, pour rester libres.
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C
Yin Yang, positif négatif, blanc noir... l'harmonie éternelle n'existe pas on dirait, comme si chez nous le diablotin était toujours en mouvement... merci pour ce beau texte !
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K
Nadpic, j'applaudis des deux mains votre texte "Scènes de vie". Il correspond à tout ce que je ressens actuellement.. Je ne supporte plus les em...deuses et em... deurs. Je viens de parcourir un article du Dauphiné qui narre la volonté des LFI dont un élu à la mairie grâce à la maire écolo qui l'avait mis sur sa liste, d'entrer au conseil municipal avec des pancartes contre le jumelage avec une ville israélienne, alors qu'elle est en sommeil depuis une quinzaine d'années.Bagarre avec la police municipale... Mais samedi dernier, j'ai assisté avec plaisir à une conférence de Pap Ndiaye sur les migrants noirs. Il a parlé de la monté du racisme et à la fin il a aussi parlé de la montée de l'antisémitisme. Je suis allée le remercier. De temps en temps il y a des moments qui nous font dire que tout n'est pas pourri.
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