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Grains de sel
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Blog créé par l'Association pour l'autobiographie (APA) pour accueillir les contributions au jour le jour de vos vécus, de vos expériences et de vos découvertes culturelles.
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14 septembre 2026

Son Jour

Nadpic


 

Il ne les voit pas, ne les entendra pas, car je raccroche. Les larmes me viennent quand, tendrement, je souhaite à mon fils son anniversaire. Nous habitons la même ville sans du tout nous envahir l’un l’autre et pourtant, comme j’aurais aimé le prendre dans mes bras aujourd’hui pour lui dire mon amour, mon soutien, ma compréhension, aussi.

Depuis des années il est embourbé dans une dépression chronique importante. Il dort, il regarde son ordi, n’a même plus le goût de jouer dessus, il est là, sur son canapé, il grossit, grossit, a du mal de plus en plus à marcher longuement et il n’a que 32 ans.

J’ai un peu la vue brouillée quand j’écris ça.

Il a arrêté de fumer, de boire comme il y a des années c’était le cas, je devrais m’en réjouir, mais il se nourrit très mal et les médicaments s’empilent au fil du temps, suivi par les médecins qui tentent de le sortir de ce marasme.

Il y a 32 ans, je vivais un des plus beaux jours de ma vie, je le répète chaque année en tête. Lui, cette fois, la première, il ne veut pas sortir ni voir personne pour l’occasion.

Contrairement aux autres années où on allait parfois seulement boire un verre en ville, ou suivant le jour de la semaine, on partageait avec son frère un repas maison. Avec ses yeux doux, il m’a dit son envie « de rien », s’en est presque excusé !

Ne pouvoir rien faire pour son enfant, savoir reconnaître qu’on n’est plus la personne qui l’aidera au mieux, c’est une blessure immense. Être là, c’est tout ce qui compte, mais parfois, c’est (trop) peu.


 

Commentaires
M
Vous souvenez-vous, Nadpic, quand et comment a commencé l’état dépressif de votre fils ? Consécutif à un événement précis ou installé progressivement sans cause apparente ? Car on peut peut-être, avec de l’aide, pour lui comme pour vous, découvrir et comprendre ce qui s’est passé pour que le monde devienne ainsi à ses yeux vide et déshabité de désir. C’est souvent le tout premier pas dans la démarche et le travail que votre fils et vous-même pouvez faire pour qu’il sorte de l’impuissance et vive à nouveau. Ne perdez pas espoir : la dépression chronique, même enkystée depuis longtemps, peut se guérir.
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A
Chère Nadpic, je suis touchée par ce témoignage, cette difficulté, cette souffrance, si intense. Lorsque l'Autre, celui que l'on aime, est malade, souffre, s'enferme, c'est si douloureux. Peut-être réussir à vous dire qu'il n'a envie de rien, c'est déjà communiquer avec une maman aimante. Votre fils a déjà pu partager avec vous ces mots, cette réalité. C'est le cadeau qu'il vous offre pour cet anniversaire, et, comme vous l'écrivez, comme s'il s'en excusait, ses "yeux doux" vous ont suggéré sa lassitude, mais il a pu vous en parler par l'attachement qu'il ressent pour vous. <br /> <br /> Connaissez-vous l'UNAFAM ? C'est une association nationale, présente dans tous les départements de France, qui vise à aider les proches de malades psychiques. Peut-être trouverez-vous dans votre coin une oreille qui vous aide à moins souffrir, car, pour l'entourage aussi, le quotidien est effroyable. <br /> <br /> Vous pouvez également téléphoner à Paris : l'Unafam, qui m'a beaucoup aidée, à un moment de ma vie, propose un numéro d'écoute. Voilà qui peut permettre de se sentir moins seul face aux difficultés ressenties. Souvent, les amis, la famille, les "autres", ne comprennent pas le vécu de l'entourage d'un malade psychique. À l'Unafam, vous vous sentirez moins seule. <br /> <br /> Pour information, et voilà qui peut éventuellement servir à d'autres, le numéro d'écoute national de l'Unafam, «Écoute-famille » est le 01 42 63 03 03. C'est un service anonyme et gratuit, assuré par des psychologues cliniciens. Des professionnels, qui sauront vous écouter, et vous orienter, si nécessaire, voire vous proposer des pistes. Vous n'avez pas besoin, je pense, de faire partie de l'association. Vous pouvez les appeler du lundi au vendredi de 9h à 13h et de 14h à 18h (jusqu'à 17h le vendredi).<br /> <br /> Pour en savoir plus sur l'unafam : https://www.unafam.org/paris/des-informations-pour-nous<br /> Merci pour votre message. Et toute mon amitié ! <br /> <br /> PS : Cette photographie, aussi, est particulièrement bien choisie. <br /> <br /> RePS : Je suis émue de votre prise de conscience, qu'à un moment donné, on n'est plus "la personne qui l'aidera au mieux". Mais peut-être pouvez-vous vous faire aider, vous, car vous en avez aussi besoin, pour tenir. <br /> <br /> Et puis, encore une remarque : les troubles psychiques, les dépressions, sont une maladie. Face à quelqu'un qui souffre d'un cancer, c'est douloureux, on sait qu'on ne peut pas faire plus, à part être là. Pour la maladie psychique, hélas, c'est souvent aussi le cas. On ne peut pas lutter (seul) contre la maladie. Elle est malheureusement en général puissante... Et nous, tellement impuissants. Courage !
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N
Merci beaucoup
D
Dans ces circonstances ,il faut faire confiance à la médecine, et prendre patience. Du bon vous arrivera !
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N
"Du bon arrivera", j'aime ! Et c'est toujours ce qui est inqcrit en moi. Merci
K
Nadpic On n'en sait pas assez, à mon avis, pour "jouer" les "conseillers" et puis, ce n'est pas notre rôle. Vous avez beaucoup de courage et d'amour à transmettre à votre fils. J'admire votre constance et souhaite qu'un jour l'esprit de votre fils votre fils s'ouvre et trouve ou retrouve le chemin vers celui de sa maman
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C
C'est une souffrance épouvantable que de voir son enfant perdre pied, quel que soit son âge. Je me dis, tant qu'il est en vie, il y a de l'espoir, mais on aimerait faire tellement plus, tellement tout, n'importe quoi pourvu que ça évolue et si possible vers le mieux. Mon fils aura 31 ans cette fin d'année. Il y croit encore un peu à ce monde, à l'avenir... mais pour combien de temps ? Comme toi, mon coeur saigne de voir tous ces jeunes et moins jeunes souffrir dans ce monde de fous. Dieu sait que je n'aimerais pas être à leur place. Que faire ? reste l'éternelle question. Juste être présents et les aimer quoi qu'il arrive, c'est la seule réponse que j'ai trouvée pour moi. Je suis de tout coeur avec toi.
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N
Je n'ai lu ton très beau billet "Testament" que ce matin et donc après avoir posté celui-ci. "Juste être présents " tu l'écris là, oui, oui. Merci.
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