🎞️Bulle télévisuelle
Bernard M.
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Nous entrons dans le temps des longues soirées. Comme, en outre, il n’y a pas de sorties possibles en raison du confinement nous voici dans le temps des bulles télévisuelles. Une fois le dîner terminé, toutes autres affaires sont mises de côté, je m’interdis de travailler pour moi-même ou pour l’APA, l’ordinateur est fermé et même, sauf exception, on ne répond pas au téléphone. On s’évade dans les films ou les séries. Films découverts ou films revus. Ainsi, entre autres, ces jours derniers, découverte du beau Poirier sauvage de Nuri Bilge Ceylan, vu à nouveau l’intéressant et original Ava de Léa Miysuis, revu aussi, mais avec un peu de déception, 8 Femmes d’Ozon : je m’étais régalé de ce film au cinéma, plaisir d’actrices, plaisir du kitch et de la sophistication, là ça a moins fonctionné, j’ai ressenti plus fort l’artificialité de la chose et trouvé les intermèdes musicaux franchement faibles. Grosse déception aussi avec High Life de Claire Denis que je n’avais pas vu au cinéma. N’est pas Spielberg qui veut et cette histoire d’errance dans l’espace passe mal, lestée d’une série de scènes violemment sexualisées et qui me paraissent gratuites, le personnage joué par Binoche confinant au grand ridicule comme la plupart des seconds rôles, seul Pattinson a une belle épaisseur humaine qui sauve un peu le film. Ça a été un régal par contre de revoir Cold War de Pawel Pawlikowski : beauté de l’image d’un superbe noir et blanc, tellement bien adapté au sujet et au climat du film, personnages émouvants, histoire d’amour belle et triste, récit profondément ancré dans l’histoire des années 1950/1960 et qui fait particulièrement bien revivre l’ambiance des temps du rideau de fer.
Vu aussi en replay un documentaire vraiment excellent : « 1984 » ou « Le meilleur des mondes ». C’est à la fois un portrait croisé de George Orwell et d’Aldous Huxley, une présentation de leur livre phare respectif avec lecture de quelques extraits et une réflexion sur ce que notre monde contemporain a validé de leurs sombres dystopies. Force est de constater le caractère prémonitoire de nombre de leurs intuitions. Les fake news, la post-vérité à la Trump, nos données happées par les Big Brother numériques, l’abêtissement dans la surconsommation et j’en passe… Mais sommes-nous plus près des développements d’Orwell inspirés du totalitarisme de l’est, ou de ceux, inspirés par l’occident, de la lénifiante acceptation consumériste d’Huxley ? Le documentaire se conclut en montrant que la synthèse est déjà en construction, culte de la consommation et surveillance de tous à tous les instants, dans le système terrifiant que teste dès aujourd’hui la Chine de Xi-Jinping, le contrôle tout puissant, le système du « crédit social » avec attribution de notes aux entreprises comme aux individus en fonction de leur plus ou moins grand respect des normes sociales, pouvant donner lieu à des rétributions ou à des amendes, symboliques, voire matérielles. En tout cas ce documentaire m’a donné envie de remettre le nez dans ces deux bouquins, lus il y a bien, bien longtemps. J’ai parcouru ma bibliothèque. Je ne les ai plus, ni l’un ni l’autre. Ils n’ont pas suivi mes déménagements. À moins même que je ne les aie lus du temps où je vivais encore chez mes parents !
Une fois la télé éteinte bref passage par la case lecture dans mon lit. Mais l’endormissement vient vite. Le temps de la lecture, c’est plutôt lors de mes réveils intempestifs au cœur de la nuit ou à divers moments de la journée, Comédies françaises d’Éric Reinhardt en ce moment, le démarrage est curieux, moyennement convaincant, mais je viens seulement de commencer…
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