De Gaulle est mort
Pierre Kobel
Ce matin-là mon copain Michel est venu vers moi pour m’annoncer la nouvelle : « De Gaulle est mort. » Pour l’adolescent que j’étais, au-delà de sa simple condition humaine, le personnage avait quelque chose de formidable à la mesure de Louis XIV ou de Napoléon. Il avait comme eux une force de caractère extraordinaire, une idée supérieure de la France et un sens de l’histoire. Et depuis que j’étais en âge de comprendre quelque chose à la marche du pays, je n’avais quasiment connu que lui à sa tête.
Ses prises de position, son action politique, après la réunion de tous ou presque autour de lui pendant l’occupation, ont soulevé de très nombreuses controverses. De tels hommes en provoquent toujours.
Mon admiration et mon respect pour lui avaient évolué depuis les événements de mai 1968 et au fil d’une prise de conscience politique plus indépendante de l’opinion familiale.
Plus tard, c’est en lisant le Aimer de Gaulle de Claude Mauriac que j’ai plus mesuré la grandeur et les petitesses de l’homme quand, imbu de ses ambitions, il se voulait au-dessus d’une gent politique dont il ne comprenait pas la pâte autrement qu’avec une distance ironique et méprisante.
C’était le 9 novembre le cinquantième anniversaire de la mort du vieux général. C’est l’occasion pour les médias de diffuser à longueur d’ondes des films, des documentaires et de gloser sur le parcours et l’action du bonhomme. « Françaises, Français, le général de Gaulle est mort. La France est veuve. » C’est ainsi que Pompidou s’adressait au pays à sa disparition. Il y a de quoi sourire un demi-siècle plus tard, mais mesure-t-on aujourd’hui quelle empreinte il a laissée à l’histoire du début de son action en 1940 jusqu’à 1969 et son départ sans rémission lorsqu’il fut désavoué par un vote référendaire ?
Il y avait une rouerie très politicienne lorsqu’il usait des ressources de l’image télévisuelle pour mettre l’opinion dans sa poche avec une formule choc — et souvent drôle ! — savamment préparée. Il se voulait au-dessus du lot, il l’était par la taille, il le fut plusieurs fois quand les circonstances ont servi sa volonté et ses convictions. Pour le reste, au fil du temps, il deviendra un personnage dont il faudra mesurer l’importance sans excès d’admiration et sans oublier les travers autoritaires et méprisants que sa réussite occulte trop souvent.
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