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Grains de sel
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Blog créé par l'Association pour l'autobiographie (APA) pour accueillir les contributions au jour le jour de vos vécus, de vos expériences et de vos découvertes culturelles.
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12 décembre 2020

Vivre avec des livres

Catherine Bierling

Parcourant les entrées de ce blog, me vient l’envie d’y ajouter « mon grain de sel » en ce qui concerne la lecture. (En allemand, on ajoute sa moutarde : « seinen Senf dazu geben. »)

Celle-ci suscite maints commentaires et réflexions qui s’alimentent réciproquement, car bien sûr un ensemble d’écriveurs/écriveuses présuppose une forte proportion de lecteurs/lectrices parmi eux. Imaginez-vous une entrée spécifiant : « moi, je n’aime pas tellement lire, je trouve que c’est du temps perdu, ou : les livres m’indiffèrent » ?

Et bien sûr, je me sens totalement faire partie de cette communauté qui aime les livres et l’écrit.

Ces dernières années dans ma ville allemande, j’ai constaté la multiplication de petites boites en carton, déposées sur les trottoirs, devant les maisons ou les immeubles et munies d’une affichette : « zu verschenken » ou « zum Mitnehmen », à offrir ou bien à emporter. (Il me semble qu’en France les boites à lire – qui existent aussi en Allemagne – sont moins exposées aux aléas de la météo ?)

Comme beaucoup d’autres, j’ai souvent jeté un coup d’œil ou fouillé dans ces boites, avec l’espoir d’y dénicher « le » livre dont j’aurais longtemps rêvé. Espoir presque toujours déçu.

Des tonnes de livres ne semblent être imprimées que pour être consommées rapidement, puis jetées à la poubelle. À moins que le propriétaire ne ressente une vague honte à accomplir ce geste et dépose le livre non désiré dans cette petite boite en carton afin de faire peut-être le bonheur d’un passant.

La dévaluation de l’objet livre me fait parfois de la peine.

Je me souviens des tout premiers livres achetés avec mon argent de poche, durant mes années de lycée. Plaisir de dépenser quelques sous pour acquérir « Paroles » de Prévert, « le Petit Prince » de Saint-Exupéry, « le Blé en Herbe » de Colette ou « les Chemins de Katmandou » de Barjavel…

Ce n’étaient souvent que d’humbles livres de poche, on ne les achetait cependant pas pour les remettre ensuite à la rue, mais pour les garder sur nos étagères et les retrouver au moment voulu. Pour beaucoup d’entre eux, je me souviens encore des circonstances entourant leur achat, de la librairie, de la découverte des premières pages…

Nous sommes aujourd’hui confrontés à une pléthore de livres qui fait que nous craignons parfois de voir s’écrouler nos étagères ou exploser nos maisons. D’où la nécessité parfois d’en exiler quelques-uns au grenier ou devant nos portes.

Dans ce contexte, je repense à un film, vu pour la première fois il y bien longtemps et qui m’avait fait forte impression : Fahrenheit 451 de François Truffaut, d’après le livre de Ray Bradbury. Elles sont restées longtemps dans ma mémoire, ces images de pompiers mettant le feu à des piles de livres. (Cela se fait malheureusement dans nombre de dictatures craignant le terrible pouvoir des mots.) Et surtout restaient les images de ces rebelles réfugiés dans la nature, qui tout en marchant parmi les arbres, s’appliquent à apprendre par cœur, comme les griots africains, les plus grands chefs-d’œuvre de la littérature mondiale. Quel livre choisirais-je si je devais à mon tour participer à ce sauvetage ?

Je pense que ce serait : Pride and Prejudice, Orgueil et Préjugés, de Jane Austen, dont je connais déjà, pour l’avoir relu maintes fois, quelques passages par cœur. Pour la beauté et la complexité de ses phrases, pour l’ironie discrète qui s’y glisse si souvent, pour le souvenir d’un monde où il était rare qu’une femme ose prendre la plume et ne le faisait la plupart du temps que sous pseudonyme. (« By a Lady » ; « By the author of… »)

Petites boites, livres dévalués, livres abandonnés, je suis triste pour vous, mais heureusement, je vois qu’existe encore cette confrérie d’irréductibles lecteurs qui me rassurent sur le fait que je suis loin d’être la seule à ne pouvoir me passer de livres, surtout par ces temps d’isolation forcée !

20201212gds-liv_cbierling_vivre_avec_des_livres

Commentaires
B
C'est curieux car moi aussi je me souviens particulièrement bien de ces images des buchers de livres de Farhenheit, film vu il y a plus de 40 ans et pas revu depuis. Elles devaient donc être sacrément marquantes ces images !
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A
Je ne suis pas aussi pessimiste, ces livres « abandonnés » j’en ai souvent récupérés, lus et donnés ou remis en circulation. Dans un parc près de chez moi, il y a une de ces boites à livres et tous les habitués du parc regardent et prennent ou mettent des livres et ceux que j’ai déposés sont toujours vite partis. Il y a de tout : romans « de gare », polars, livres de cuisine, mais aussi de bons romans. Cette circulation des livres me plait, j’aime bien voir quelqu’un emporter un livre que j’ai déposé. Il y a certes des livres auxquels on tient et dont ne se séparerait pour rien au monde, mais pour d’autres qui nous ont plu, mais qu’on ne pense pas relire, tous ces livres de poche qui trainent sur les rayons de notre bibliothèque, je trouve que c’est un plaisir d’en faire profiter les autres.
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