Un drôle d'état
Martine B.
Dès qu’il a été possible de faire plus de 10 km, j’ai fui dans notre petite maison du Poitou-Charentes pour aller planter mes tomates et voir mes roses fleurir. Un besoin comme jamais de nature, d’herbe, de soleil, de pluie (et j’ai été servie), d’escargots, de chants d’oiseaux, d’œufs à la coque et de tourteau fromager. Après trois semaines de calme loin de toute ville, en zone blanche déconnectée du téléphone et d’internet dans la maison je me suis retrouvée toute rassérénée…
À mon retour dans ma ville adorée, j’étais dans un drôle d’état, un peu bizarre, anesthésiée, dans une sorte de « bulle pour me tenir à distance des autres » comme Bernard le dit dans son texte Ville.
Je continuais à appréhender tout lieu de rassemblements, le métro, les grands magasins, me sentant comme menacée dans une ville de pestiférés qui en plus ne portaient pas tous des masques. Tout désir d’aller dans Paris voir des expos qui ouvraient partiellement ou des amis comme j’aimais tant le faire avant, avait comme disparu. Et pourtant j’étais vaccinée et en principe ne risquais plus rien.
Par contre je m’aventurais plus volontiers dans mon quartier, mon pré carré, pour faire les courses, aller au cinéma, à la bibliothèque et voir mes enfants et petits enfants. Samedi, notre neveu nous a invités à venir boire un verre à une terrasse dans notre quartier, un vrai plaisir retrouvé ! Et voir la joie des habitants du quartier se retrouver pour trinquer aux terrasses bondées m’a fait grand bien et redonné un peu de l’espoir.
Mais il va me falloir un certain temps et des projets pour m’extirper de mon cocon familial et numérique protecteur et renouer avec une convivialité joyeuse. Et sans doute la fin de la pandémie pour retrouver mon insouciance, le goût de la liberté et le plaisir de découvrir les richesses de notre belle ville de Paris.
